Étienne-Alexis Boucher, président de la Société nationale de l'Estrie (SNE), Andréanne Larouche, membre du conseil d'administration de la SNE, Michel Breton, réalisateur, Pierre Curzi, comédien et ex-député à l'Assemblée nationale du Québec, et Jean-Pierre Roy, réalisateur, se sont arrêtés à La Capsule dimanche après-midi pour la projection du documentaire La langue à terre.

La langue, « le sujet le plus tabou au Québec »

« Depuis le dernier référendum, plus personne ne parle de la langue. C'est devenu le sujet le plus tabou au Québec. »
Dans le cadre de la Journée internationale de la francophonie, la Société nationale de l'Estrie proposait dimanche, au bistro-cinéma La Capsule, la projection du film La langue à terre. Même si sa sortie remonte à 2013, le documentaire qui s'attaque à l'épineuse question de l'influence de l'anglais à Montréal et au Québec est toujours autant d'actualité et continue de soulever les passions.
Les réalisateurs du film, Jean-Pierre Roy et Michel Breton, et l'ex-député à l'Assemblée nationale du Québec Pierre Curzi étaient d'ailleurs sur place pour répondre aux questions de public et discuter de l'anglicisation du paysage québécois et français.
« Le bilinguisme individuel, il est souhaité pour tous. On devrait tous parler quatre, cinq ou six langues. Mais là, on parle du français comme langue commune, dans l'espace public. C'est ça que le film revendique. Si le français n'est pas la langue commune à Montréal ou à Sherbrooke ou à Québec, tôt ou tard, il y aura deux langues, et la langue du dominant va nous écraser, l'anglais va prendre le dessus », faisait valoir Jean-Pierre Roy en entrevue avec La Tribune.
« Ça fait du bien de revoir le film. Ça renouvelle la conscience qu'il y a effectivement un déséquilibre, qui est en train de devenir de plus en plus important, surtout à Montréal, et que puisque les langues, ce n'est pas statique, il y a toujours forcément un gagnant et un perdant. À Montréal, c'est vrai que l'anglais est en train de prendre le dessus. Et ne pas avoir une langue commune, c'est s'appauvrir collectivement », commentait quant à lui Pierre Curzi.
Outre le comédien, plusieurs personnalités comme le chanteur Biz, de Loco Locass, Charles Castonguay, Josée Legault, Serge Bouchard, Bernard Landry et Victor-Lévy Beaulieu prennent la parole au sujet de l'état de la langue française dans La langue à terre.
Pour sa part, Étienne-Alexis Boucher, président de la Société nationale de l'Estrie, compare la défense du français à la lutte pour les droits des femmes.
« Je fais un lien avec les droits des femmes, parce que dans les deux cas, ce sont des combats qui sont toujours à mener, expliquait-il. Il y a eu beaucoup de victoires pour tendre vers l'égalité hommes-femmes, mais ce n'est pas fini! Les victoires passées peuvent faire croire à la génération d'aujourd'hui que la lutte a été gagnée, mais c'est faux. C'est la même chose pour la protection du français. »
Afin de conserver la langue de Molière, le réalisateur Jean-Pierre Roy mentionne que « l'offre gouvernementale doit être en français ». « On peut accommoder certaines personnes en anglais de temps en temps, mais de façon ponctuelle, dit-il. Dans les commerces, il faudrait qu'on puisse se faire servir en français d'emblée, avec un « bonjour », et non pas « bonjour, hi » ou seulement « hi ». Il faudrait qu'il y ait un pacte linguistique entre nous, les Québécois, les nouveaux arrivants et les anglophones du Québec, pour que le français soit la langue commune de tous les Québécois. »