Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron

La jugeote d'Antidote

CHRONIQUE / J’ai toujours sur mon téléphone les dictionnaires Larousse et Petit Robert. J’utilise aussi le dictionnaire (et correcteur) Antidote, produit québécois. Vous n’en avez pas fait mention dans votre chronique de la semaine dernière. Ma question : considérez-vous Antidote comme un outil fiable [Louis Gosselin, Neuville]?

Je souhaitais concentrer ma chronique de la semaine dernière sur les dictionnaires à proprement parler, ceux dont la principale mission est l’inventaire et la définition des mots et de leurs usages. Vous aurez remarqué que je n’ai pas parlé non plus de « L’art de conjuguer » de Bescherelle, toujours utile et reconnu, ni des dictionnaires de difficultés, tel le « Multidictionnaire de la langue française », lui aussi très bien fait. Mais il est vrai que j’ai mentionné le site de la Banque de dépannage linguistique, qui est en quelque sorte le dictionnaire de difficultés de l’Office québécois de la langue française. Donc, oui, j’aurais pu citer Antidote. Un à zéro pour vous.

En fait, si je n’ai pas pensé au dictionnaire d’Antidote, c’est que je n’y recours jamais (contrairement à son correcteur, que j’utilise systématiquement pour tous mes textes et ceux de mes collègues). À vrai dire, votre question m’a poussé à aller vérifier sur mon poste de travail, et la première chose dont je me suis aperçu, c’est que mon dictionnaire Antidote... fait planter l’application quand je tente de m’en servir. Je dois l’ouvrir en dehors de mon traitement de texte pour y avoir accès.

Donc, laissez-moi quelques semaines pour l’essayer et je vous en reparle.

Quant au correcteur d’Antidote, je lui donne sans hésiter une note de 90 pour cent, même s’il ne remplacera jamais l’être humain. Autrement dit, si vous n’avez pas au départ une bonne connaissance de base des règles du français écrit, il ne pourra pas faire de miracle. C’est d’ailleurs le génie de ce correcteur: il vous demande toujours de valider ce qu’il propose avant de procéder.

Antidote est tout d’abord un petit bijou pour tout ce qui est coquille, faute de frappe et erreurs d’inattention, par exemple oublier le s d’un mot au pluriel ou taper « Conard Black » au lieu de « Conrad Black ». La rédaction journalistique est une écriture rapide, sous pression, pratiquée parfois à des heures tardives ou à la fin de longues journées. N’importe quel esprit humain verra sa concentration diminuer dans un tel contexte. Antidote permet alors d’éviter des fautes grossières.

Le logiciel est également très bon pour détecter les anglicismes, les québécismes et les impropriétés. Il repère les niveaux de langue, notamment lorsqu’un mot est considéré comme trop familier pour un texte soutenu. Autre aspect que plusieurs ignorent: il offre des outils pour améliorer le style. Si j’ai écrit trois fois le même mot dans le même paragraphe, si j’ai des phrases trop longues ou qui abusent du passif, Antidote le surlignera. Il est également très utile sur le plan typographique.

C’est avec les accords grammaticaux qu’Antidote peine encore un peu. Dès qu’une phrase devient le moindrement complexe, il n’arrive pas toujours à trouver le bon sujet du verbe. Ou alors le nom auquel tel adjectif se rapporte. Mais dans la majorité de ces cas, le rédacteur averti verra tout de suite si le logiciel a erré et refusera la correction proposée. 

Exemple: en tant que journaliste affecté à la couverture des arts, je dois régulièrement mentionner des titres d’œuvres. Si j’écris que « Ces enfants de ma vie » est le meilleur livre de Gabrielle Roy selon tel spécialiste de littérature, Antidote me demandera évidemment d’accorder le verbe «est» au pluriel, puisqu’il perçoit que le sujet est « enfants ».

Heureusement, le logiciel a tendance à ratisser large, et je préfère nettement qu’il relève des fautes là où il n’y en a pas que d’en négliger. Il demeure toutefois impuissant dans certaines circonstances, par exemple lorsqu’une orthographe erronée est celle d’un autre mot tout à fait correct (cas vécu: écrire le Théâtre du Double Singe plutôt que Double Signe). 

Mais je ne suis pas près d’oublier cette fois où il a complètement disjoncté. Dans la phrase «il n’en a que faire des conventions», il m’a suggéré d’écrire « fairent » au pluriel, car l’accord devait se faire avec « conventions ». J’en suis encore abasourdi! Et je m’aperçois, en corrigeant cette chronique, qu’il me propose la même absurdité!

C’est bien beau, la technologie, mais ce n’est pas infaillible non plus.


PERLES DE LA SEMAINE

On pensait que la pause de hockey aurait permis aux commentateurs sportifs de revoir leur façon de parler. Le «Sportnographe» nous prouve que non...

« Ceux qui l’ont eu [le coronavirus], ben probablement que ç’a été asymptomatique, pis que ça s’est pas propagendé. »

« On doit lui soulever notre chapeau. »

« Moi, je pense que Claude, faut qu’il coache. C’est pas de paniquer et de tout chanverser. »

« Ça devient comme la tour de Babel : ça penche d’un côté, ça penche de l’autre… »

« Quand tu mets les œufs dans le même panier, tu peux faire l’omelette. »


Questions ou commentaires ? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.