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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Pendant qu’on se demande si les voyageurs en temps de pandémie ont droit à la prestation pour la quarantaine, on n’empêche pas les voyages non essentiels d’avoir lieu, qui est pourtant à la source de la grogne populaire.
Pendant qu’on se demande si les voyageurs en temps de pandémie ont droit à la prestation pour la quarantaine, on n’empêche pas les voyages non essentiels d’avoir lieu, qui est pourtant à la source de la grogne populaire.

La grosse vie grâce à la PCU

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CHRONIQUE / Depuis la mise en place de la PCU, et la facilité d’y avoir droit, la rengaine revient souvent : le gouvernement Trudeau permet aux pauvres d’avoir la grosse vie sale sur le bras des contribuables. Parait même que Justin donne 1000 $ aux voyageurs en plus! Sangria à volonté pour tout le monde!

J’utilise le terme PCU, même si cette prestation est terminée depuis octobre et qu’elle a été remplacée soit par le chômage régulier, soit par la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) et deux autres prestations (PCREPA et PCMRE), mais tout le monde continue à utiliser PCU, parce qu’à un moment donné, il y a une limite à apprendre de nouveaux acronymes. 

Ces programmes sont revenus dans l’actualité pendant les Fêtes. D’une part parce que le Bye Bye a fait plusieurs blagues sur la PCU et parce que les voyageurs pourraient avoir droit à la prestation pour leur quarantaine de retour. 

1000 $ pour les voyageurs?

J’ai déjà écrit dans une chronique précédente que je trouvais que ça manquait de solidarité et de moralité de jouer aux touristes dans le Sud pendant la pandémie. Je ne pense pas qu’il faille les féliciter. 

Ceci dit, la fameuse prestation de 1000 $ est une possibilité qui a été exagérée par un peu tout le monde. Le gouvernement ne donnera pas automatiquement 1000 $ à tous les voyageurs pour leur quarantaine. La passe, c’est qu’il est techniquement possible que des voyageurs soient éligibles à la prestation prévue pour les quarantaines, mais contrairement à ce qu’on laisse croire, il y a quelques critères.

Par exemple, il faut que la personne ait épuisé sa banque de vacances chez son employeur. Si la personne fait du télétravail pendant sa quarantaine, elle ne recevra pas de prestation non plus. Ce qu’il faut retenir, c’est que la prestation est pour les personnes qui ont une perte de revenus due à une quarantaine recommandée. Je ne pense pas que ce soit le cas de la majorité de ces voyageurs. 

Si une personne qui revient de voyage passe à travers les critères et a droit à la prestation, bien coudonc! Vouloir leur refuser la prestation ouvre une pente glissante vers une sorte de triage. Depuis sa mise en place, cette prestation est efficace justement parce qu’elle ratisse large et ne croule pas sous 800 critères ou preuves à donner. Les gens qui en arrachent sont donc aidés rapidement en général.

Veut-on vraiment donner l’aide selon les activités d’une personne? Sur les réseaux sociaux, des gens vont jusqu’à réclamer que les personnes qui auraient négligé ou transgressé les mesures sanitaires ne soient pas couvertes par la RAMQ. Au Québec et au Canada, on soigne tout le monde (ou presque), peu importe qu’ils se soient blessés en prenant des risques ou non. Je ne vois pas pourquoi on ferait autrement pour la pandémie. 

On ne sait pas exactement comment les gens attrapent la COVID, après tout. On peut estimer les facteurs de risque, comme les voyages, les zones chaudes, ne pas se laver les mains, mais bien souvent, difficile de dire précisément où la personne a pu attraper le virus. À l’épicerie? Dans l’autobus? Au boulot? Pendant un party illégal? Pas toujours évident!

Punir ne changerait rien de toute façon, c’est trop tard rendu là. Il faut prévenir les cas. D’ailleurs, la quarantaine n’est pas une punition, mais une prévention. Il faut prévenir le plus possible, diminuer les risques de propagation, mais une fois qu’une personne a pogné le virus ou doit aller en quarantaine préventive, peu importe la raison, ne la laissons pas tomber.

Mais c’est plus facile déchirer sa chemise sur un 1000 $ hypothétique que tenir tête aux compagnies aériennes, qui, je le rappelle, ont réclamé de l’aide du fédéral pour compenser leurs pertes tout en refusant de rembourser les vols annulés par la COVID – des milliards qu’Air Canada retient dans ses coffres – et avertissent qu’elles voudront à nouveau de l’aide si Ottawa empêche les voyages non essentiels. Le problème n’est pas la prestation, mais de pouvoir voyager juste pour le fun.

Frapper sur les plus faibles

Frapper sur les gens plutôt que viser des millionnaires, c’est aussi ce qu’on a vu au Bye Bye 2020. En se voulant rassembleuse, la revue de l’année a visé des cibles faciles : les personnes défavorisées. 

J’ai lu ici et là qu’on « avait besoin » de rire de la PCU. Vraiment? On avait vraiment besoin de rire de la perte de revenus de millions de Canadiennes et Canadiens? C’est tellement drôle des gens qui stressent pour payer leur loyer ou leur épicerie!

On dirait que les gens du Bye Bye, et bien d’autres, ont oublié que la PCU, ce n’est pas tant d’argent que ça. C’est 2000 $ par mois, ce qui équivaut à un revenu annuel de 24 000 $. Ça, c’est à peu près le salaire annuel d’une personne qui travaille à plein temps au salaire minimum. Depuis quand le salaire minimum est-il synonyme de richesse? Depuis quand le salaire minimum fait-il rêver? 

Parce que c’était ça la blague dans le Bye Bye, que la PCU avait rendu « riches » des « pauvres ».

Pour couvrir ses besoins de base sans nuire à sa santé, il faut un revenu d’un peu moins de 19 000 $ (Mesure du panier de consommation, Statistique Canada). Alors 24 000 $, ce n’est pas tant que ça.

Le Bye Bye n’a pas juste frappé sur la PCU une fois, mais trois fois! Avec sa chanson sur la PCU, dans le sketch sur la dette du Canada et dans le sketch avec les Bougon. À trois reprises on a sous-entendu que les prestataires de la PCU étaient des profiteurs. 

C’est toujours la même rengaine avec les personnes défavorisées. La moindre prestation qui les aide est toujours caricaturée comme étant du vol, du monde qui se gâte sur le dos des autres. C’est exactement les mêmes reproches envers les personnes sur l’aide sociale, des gens qui n’ont même pas la moitié du revenu nécessaire pour combler leurs besoins sans nuire à leur santé.

En plus, ça perpétue cette idée qu’une personne pauvre ne pourrait jamais s’offrir un petit plaisir. Comment oser s’acheter une PlayStation si on en arrache? Comme si leur vie devait toujours n’être que misère, désolation, morosité et absence de fun. De toute façon, avec 2000 $ par mois, si tu t’achètes une PlayStation, c’est qu’inévitablement tu te prives sur autre chose.

Le Bye Bye a démontré, cette année, une attention particulière à ne pas répéter des blagues ou des caricatures racistes ou sexistes. Pourtant, ces blagues sur la PCU, c’est la même affaire. Ça renforce des stéréotypes dénigrants sur une classe sociale qui se fait toujours traiter comme des moins que rien. Ce comportement a un nom : le classisme. 

Rire des personnes défavorisées, c’est facile. Elles n’ont rien pour répliquer. Pas d’argent pour aller en cour pour diffamation. Pas de lobbyistes pour influencer la politique. Pas de tribunes dans les médias. C’est comme frapper une personne déjà à genoux. C’est aussi se penser mieux qu’elles.

Si on avait moins de préjugés sur les personnes défavorisées, probablement qu’on les aiderait mieux. Chaque fois qu’on a coupé dans l’aide sociale, c’est parce que ces préjugés s’étaient enfoncés plus creux. On leur reproche de ne pas « réintégrer » la société, mais on ne leur en donne pas les moyens, même qu’on leur met des bâtons dans les roues.

C’est pourtant simple. Pour une société en santé, il faut prendre soin de tout le monde. Même ceux et celles qu’on n’aime pas… ou qui ne respectent pas les consignes sanitaires.