L'équipe d'André Carpentier est parvenue récemment à bloquer artificiellement l'activation de la graisse brune lorsque le corps est exposé au froid. Pour y arriver, des patients ont enfilé une combinaison qui reproduit une exposition au froid.

La graisse brune: une avenue pour combattre l'obésité

L'activation de la graisse brune, présente naturellement chez les humains, pourrait permettre de lutter contre l'obésité.
Dr André Carpentier
« Il faut développer des stratégies efficaces, sécuritaires et réalistes pour permettre l'activation chronique de la graisse brune afin d'améliorer la balance énergétique chez l'humain. Un débalancement chronique de seulement 50 à 100 calories par jour maintenu pendant des années explique en effet l'essentiel de l'épidémie d'obésité dans le monde. Nous croyons que l'activation chronique sécuritaire de la graisse brune peut faire partie des stratégies de prévention de l'obésité et de maintien de la perte de poids à long terme chez les sujets obèses. »
Celui qui s'exprime ainsi est le Dr André Carpentier, un expert de l'imagerie moléculaire métabolique au Centre de recherche du CHUS et à l'Université de Sherbrooke.
Ses études sur la graisse brune ouvrent clairement la voie à un meilleur contrôle de l'épidémie d'obésité dans le monde.
Le Dr Carpentier travaille en effet sur la graisse brune, un tissu adipeux que l'on croyait présent seulement chez le nouveau-né. « Jusqu'à récemment, la graisse brune et ses effets sur le corps humain étaient méconnus. Nous savons maintenant que la graisse brune est présente et fonctionnelle chez les mammifères hibernant, chez les nouveau-nés, mais aussi chez les adultes. Et il y a mieux : elle pourrait même être utile dans certaines stratégies de contrôle du poids », ajoute l'endocrinologue.
La graisse brune se retrouve dans le cou, au-dessus des clavicules, près de la colonne vertébrale et du coeur. Ce tissu adipeux est brun parce qu'il contient beaucoup de mitochondries, « de petites fournaises qui fabriquent de l'énergie à partir du gras et du sucre ». Comment cela se produit-il? Les mitochondries sont dotées d'une protéine leur permettant de produire de la chaleur en brûlant directement des graisses. En effet, lorsque le corps est exposé au froid, la graisse brune consomme une quantité significative d'énergie déjà stockée dans ses cellules sous forme de gouttelettes. C'est ce qui rend ce tissu si unique et essentiel dans la lutte contre le froid.
Plus de frissons
L'équipe d'André Carpentier est parvenue récemment à bloquer artificiellement l'activation de la graisse brune lorsque le corps est exposé au froid. Le corps humain cherche alors à se défendre autrement contre le froid : il frissonne! Dans une étude publiée récemment dans la revue Cell Metabolism, le professeur Carpentier fait la démonstration que lorsqu'on inhibe la graisse brune, la réaction du corps est sans équivoque : il frissonne davantage.
Il s'agit de la première étude à prouver hors de tout doute le rôle physiologique de la graisse brune chez les êtres humains, rôle jusque-là indirectement démontré.
En fait, grâce à cette étude sur des modèles humains, André Carpentier et son équipe de recherche ont démontré deux choses. D'abord, que l'activation de la graisse brune entraîne automatiquement une utilisation de son propre contenu en graisse. Pour nous garder au chaud, le précieux tissu puise dans les réserves de graisse. Ensuite, la graisse brune a un réel impact sur la production de chaleur chez l'humain. En effet, le corps humain qui ne peut compter sur sa graisse brune pour lutter contre le froid compense par une augmentation de sa production de chaleur par les muscles : une fois que la graisse brune est neutralisée, pour se réchauffer, les humains frissonnent.
Les résultats de recherche ont démontré le métabolisme des gras alimentaires chez l'humain. Cependant, la graisse brune n'utilise environ que 1 % du gras alimentaire, même lorsqu'elle est activée par le froid. Décevant? Pas du tout! Bien qu'il soit peu probable que l'activation de la graisse brune puisse être utilisée pour abaisser les niveaux de gras alimentaires circulant après les repas, une utilisation accrue des gras alimentaires et de manière soutenue pourrait contribuer à une stratégie intégrée de prévention de l'obésité.