Les frais d’administration de la Fondation sont passés de 918 285 $ à 1 248 920 $ entre l’exercice se terminant le 31 mars 2018 et celui du 31 mars 2017, soit une hausse de 330 635 $ qui représente 36 %.

La Fondation du CHUS dépense davantage

Pour chaque dollar récolté lors d’une activité de collecte de fonds, la Fondation du CHUS a dépensé 42 cents en 2018. Ce sont donc seulement 58 cents qui ont été versés à la cause alors qu’un rapport de la Charity intelligence Canada (CIC) révèle qu’en moyenne, 75 cents de chaque dollar donné à une œuvre caritative canadienne, tous secteurs confondus, se rendent aux bénéficiaires. En d’autres termes, ce sont 2,2 M$ qui ont été dépensés pour l’exercice se terminant le 31 mars 2018 pour récolter un total de revenus d’activités de collecte de fonds de 5,3 M$.

Si on calcule la moyenne au cours des cinq derniers exercices financiers, la Fondation du CHUS a un ratio entre les dépenses et les revenus des activités de collecte de fonds de 39 % ce qui signifie que 61 % des sommes amassées sont allés à la communauté.

« La Fondation vise à trouver le meilleur équilibre entre ses frais et les investissements nécessaires pour permettre la collecte de fonds. Ainsi, elle vise le plus bas ratio entre ses revenus et ses dépenses », assure le directeur général de la Fondation, Martin Clermont.

Pour l’Agence du revenu du Canada (ARC), si le ratio est inférieur à 35 %, il est peu probable qu’il suscite des questions ou constitue un sujet de préoccupation. Malgré des résultats au-dessus de ce pourcentage, M. Clermont affirme que le Fondation du CHUS n’a jamais fait l’objet d’une vérification de la part de l’ARC.

Les activités de financement affectent le ratio

Dans le calcul des revenus liés à la collecte de fonds sont inclus les revenus d’Opération Enfant Soleil, les collectes de fonds comme telles et les activités de financement. Cette dernière catégorie, qui comprend les activités Destination Soleil, le 12 heures de golf, le Tournoi de golf Cascades-IBM et le Souper gastronomique, est celle qui a un plus haut ratio de dépenses sur revenus, soit 60 % pour le dernier exercice. Au global, les activités de financement ont rapporté 3,5 M$ et coûté 2,1 M$ pour un bénéfice net de 1,4 M$ en 2018.

« Si on exclut les activités de financement, le ratio de la Fondation est de l’ordre de 26 % de frais en moyenne pour les 5 dernières années. Les activités de financement de la Fondation génèrent des revenus importants, soit environ 1,5 M$ net annuellement, mais nous permettent également de bénéficier d’une visibilité incomparable avec toutes les retombées indirectes et moins facilement mesurables qui en découlent. Par exemple, le recrutement de nouveaux donateurs, le développement des dons majeurs et planifiés et l’impact significatif au niveau de la notoriété de l’organisation », souligne le directeur général qui est en poste depuis l’été dernier.

La Fondation du CHUS a refusé de fournir les résultats isolés pour chacune des activités de financement. Il est donc impossible d’identifier si, par exemple, le tournoi de golf a un ratio inférieur au voyage dans le Sud organisé par la Fondation. 

« La Fondation évalue chacun des événements qu’elle développe de façon à en assurer la rentabilité immédiate ou à moyen et long termes. Nous sommes convaincus que le niveau de qualité de nos activités nous permet de générer des revenus que nous n’aurions pas autrement, ce qui nous permet également et surtout d’avoir plus d’impact au niveau de la communauté », mentionne M. Clermont.

Quelques comparaisons

Aux fins de comparaison avec des organismes caritatifs de la région, Centraide Estrie a un ratio de dépenses sur les revenus des activités de collecte de fonds de 15 % en 2018 pour un total de revenus récoltés de 1,6 M$ et une moyenne de 16 % pour ses quatre derniers exercices financiers. La Fondation de l’Université de Sherbrooke a un ratio de dépenses sur les revenus de 16 % pour un total de revenus amassés de 6,4 M$ lors de son dernier exercice et une moyenne de 15 % pour les cinq derniers exercices. Et la Fondation Rock-Guertin a un ratio de dépenses sur les revenus de 11 % pour un total de revenus amassés de 525 139 $ et une moyenne de 17 % pour les cinq derniers exercices. 

Selon les données recueillies par La Tribune, la Fondation du CHUS était l’organisme estrien qui avait récolté le plus de dons dans la région l’an dernier, le deuxième après la Fondation de l’UdeS si on compare les derniers résultats disponibles. À l’échelle de la province, la Fondation du CHUS amasse, en argent absolu, une somme importante compte tenu de la population desservie par le CIUSSS de l’Estrie CHUS, soit 500 000 habitants.

Aux fins de comparaisons avec des organismes caritatifs dans le domaine de la santé, des centres hospitaliers universitaires ou non, la Fondation Hôpital Charles-LeMoyne a un ratio de dépenses sur les revenus des activités de collecte de fonds de 37 % pour un total de revenus récoltés de 2,3 M$ pour la dernière année, la Fondation CHU Sainte-Justine a un ratio de dépenses sur revenus de 18 % pour un total de revenus de 24,1 M$, la Fondation du CHU de Québec a un ratio de dépenses sur revenus de 13 % pour un total de revenus de 8,2 M$, la Fondation du Centre hospitalier de l’Université de Montréal a un ratio de dépenses sur revenus de 10 % pour un total de revenus de 10,1 M$ et, toujours pour la dernière année, la Fondation régionale pour la santé de Trois-Rivières a un ratio de dépenses sur les revenus de 23 % pour un total de revenus de 979 000 $. 

La mission de la CIC est de fournir aux donateurs canadiens des informations qui les aident à prendre des décisions éclairées et intelligentes afin d’avoir le plus grand impact.

La Fondation du CHUS a refusé de fournir les résultats isolés pour chacune des activités de financement. Il est donc impossible d’identifier si, par exemple, le tournoi de golf a un ratio inférieur au voyage dans le Sud organisé par la Fondation.

Chute des revenus nets et hausse des frais administratifs

Les produits nets de la Fondation du CHUS ont chuté de 49 % entre 2017 et 2018 passant de 10,4 M$ à 5,3 M$. Trois facteurs expliquent cette baisse radicale. Une baisse des revenus de placement, le fait que les revenus de stationnement du CHUS soient maintenant comptabilisés directement dans les états financiers du CIUSSS de l’Estrie-CHUS et une hausse des frais d’administration de la Fondation.

Les frais d’administration de la Fondation sont passés de 918 285 $ à 1 248 920 $ entre l’exercice se terminant le 31 mars 2018 et celui du 31 mars 2017, soit une hausse de 330 635 $ qui représente 36 %. « Une nouvelle ressource a été engagée et sera responsable du développement de la Fondation. Cette nouvelle ressource est entrée en poste en octobre 2016. Donc dans le premier exercice, seulement six mois de son salaire ont été comptabilisés comparativement à 12 mois pour le second », note Martin Clermont, directeur général de la Fondation du CHUS.

« Aussi, une de nos ressources internes a dû être remplacée par une ressource externe qui est plus dispendieuse », ajoute M. Clermont, qui n’a pas voulu chiffrer l’écart entre le coût des deux ressources.

Le reste de la variation serait dû à une portion du loyer du siège social qui était auparavant refilée au CIUSSS de l’Estrie, contre les revenus de stationnement. « C’est comptabilisé différemment », résume le directeur général sans donner plus de détails.

Les revenus nets découlant des activités commerciales, qui se résumaient essentiellement aux revenus de stationnement des deux sites de l’hôpital, sont passés de 3 504 193 $ à 217 312. « Pour des raisons fiscales, les revenus et les dépenses liés aux stationnements étaient historiquement comptabilisés dans les états financiers de la Fondation. Les normes ont changé. Depuis l’an dernier, les revenus comme les dépenses passent directement dans les livres du CIUSSS de l’Estrie-CHUS », précise M. Clermont.

Avantage

La direction du CIUSSS de l’Estrie précise qu’au moment où cette entente était en vigueur, il y avait un avantage pour les usagers du CHUS et les établissements du réseau de la santé et des services sociaux de demander aux fondations de gérer les stationnements puisque celles-ci étaient exonérées de taxes. Cette exonération n’était pas applicable pour les établissements qui, eux, devaient facturer les taxes en plus du prix de stationnement. En passant par les fondations, les usagers et les employés payaient donc moins cher leur stationnement.

« Comme les revenus de stationnement pour les usagers sont aussi exonérés des taxes pour les établissements, il devenait moins intéressant financièrement d’en poursuivre la gestion par une fondation. De plus, les taux de récupération sur les dépenses sont plus avantageux pour un établissement que pour une Fondation », ajoute la direction notant que la norme fiscale a changé en 2014, mais que la pratique comptable de la Fondation a été modifiée seulement lors de l’exercice se terminant en 2018. Les 217 0312 $ de revenus commerciaux découlent principalement des ventes des boutiques de l’hôpital, de la location d’espace à Moisson Estrie et de quelques stationnements adjacents au siège social de la Fondation sur la 10e Avenue.

Pour ce qui est des revenus de placements, ils sont passés de 2 950 672 $ à 1 679 150 $ et la variation de 1 271 522 $ qui représente une baisse de 40 % est due à la moins bonne performance du marché, selon le directeur général.

Les rendements des indices ont effectivement été inférieurs sur un an au 31 mars 2018 par rapport au 31 mars 2017. Par exemple, le S&P TSX a généré un rendement total de 1,7 % en 2018 versus 18,6 % en 2017. Le S&P 500 a généré 10,5 % en 2018 (en $ canadien) versus 20,1 % en 2017. Pour les obligations, le rendement est similaire en 2017-2018. Aussi, la Fondation a vendu une portion de ses placements et le produit s’est retrouvé dans l’encaisse.