Normando Charris, Carolina Batalla et leurs trois enfants Mia, Gabriella et Adrien tentent de se refaire une vie en Espagne mais rêvent toujours de Sherbrooke.
Normando Charris, Carolina Batalla et leurs trois enfants Mia, Gabriella et Adrien tentent de se refaire une vie en Espagne mais rêvent toujours de Sherbrooke.

La famille Batalla-Charris garde espoir de revenir à Sherbrooke

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Un an après avoir été expulsée du Canada, la famille Batalla-Charris garde espoir de revenir vivre à Sherbrooke, dans la communauté où elle s’était si bien intégrée pendant presque cinq ans.

« Je veux rentrer chez moi, c’est mon lieu de refuge », a formulé l’aînée des trois enfants, Mia, quand sa mère Carolina lui a demandé récemment pourquoi elle voulait retourner au Canada.

« Je pense que cette réponse nous a ouvert les yeux sur le fait que c’est bien notre pays », raconte-t-elle.

La Tribune s’est entretenue brièvement avec Mme Batalla cette semaine pour souligner ce triste anniversaire.

Colombiens d’origine et Espagnols d’adoption, Carolina Batalla, Normando Charris et leurs trois enfants Mia, Gabriella et Adrien ont été contraints de retourner en Espagne le 27 novembre 2019 après que leur demande d’asile ait été rejetée par les autorités canadiennes.

Ils se portent bien. Ils tentent de se refaire une vie. Ils ont changé de ville à la recherche de meilleures opportunités d’emplois et apprennent comme tout le monde à vivre en mode pandémique.

« L’Espagne a été particulièrement touchée et nous avons encore de nombreuses restrictions qui rendent les conditions de recherche d’emploi plus limitées, écrit Mme Batalla. Mais nous sommes en très bonne santé, et ni nous ni la famille n’avons été touchés par le virus. »

Leur expulsion en 2019 avait fait grand-bruit à Sherbrooke. La communauté s’était laissée toucher par leur histoire et s’était mobilisée derrière eux. On saluait entre autres le fait que les parents avaient un bon emploi et qu’ils avaient appris le français. 

Deux vigiles avaient été organisées en novembre et une pétition de 1347 signatures avait été déposée pour faire pression sur le gouvernement pour que la famille obtienne l’autorisation de rester au Canada le temps de faire cheminer sa demande de résidence permanente pour des considérations humanitaires.

Malgré tous les obstacles, amplifiés par la pandémie, « l’espoir de retourner au Canada est toujours intact », assure aujourd'hui Carolina Batalla. 

« Nous continuons d’attendre une réponse pour la résidence permanente que nous demandons et nous sommes très reconnaissants pour le soutien qu’on a encore au Canada », affirme-t-elle.

Deux vigiles avaient été organisées à Sherbrooke en novembre 2019 pour faire pression pour que la famille Batalla-Charris puissent rester au pays le temps de faire cheminer sa demande de résidence permanente.

Des retards à l’immigration

Au bureau de la députée fédérale de Sherbrooke Élisabeth Brière, qui avait été appelée à la rescousse l’année dernière, on n’a pas eu d’autres contacts avec la famille depuis.

La députée n’a pas voulu commenter le dossier cette semaine en raison de la loi sur la protection de la vie privée.

Son attachée de presse Olivia Scieur-Aparicio a néanmoins fait savoir qu’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a été fermé pendant quatre mois, de mars à juillet, en raison de la pandémie. Depuis, des effectifs ont été ajoutés pour rattraper le retard, mais le processus est aussi à la merci de la situation sanitaire dans les pays des demandeurs. En temps normal, les délais pour traiter une demande de résidence permanente à partir d’un pays étranger peuvent atteindre 228 jours, rapporte-t-elle.

Prêts à se mobiliser de nouveau

À Sherbrooke, des proches de la famille Batalla-Charris ont un pincement au cœur à l’approche du 27 novembre. 

Marc Nadeau et sa famille ont glissé dans leur arbre de Noël une des étoiles qui avaient été confectionnées en signe d’espoir lors de la vigile du 23 novembre 2019. 

« On en avait gardé une pour se souvenir de l’importance de la solidarité en cette période de l’année. Quand on l’a mis dans le sapin, [ma conjointe] Audrey a eu un pincement au cœur. On pensait que les choses iraient bien différemment pour nos amis. »

Marc Nadeau assure qu’au premier signal positif, la communauté sera prête à se retrousser les manches pour faciliter si elle le peut le retour au pays des Batalla-Charris. 

« On espère encore qu’on va avoir des nouvelles un moment donné. C’est sûr que quand ils vont faire savoir qu’ils reviennent, on va repartir la machine. Parce que ce sont de bonnes personnes, des gens de cœur, des gens qui étaient un actif et qui contribuaient à la société et à la collectivité. On aimerait ça les revoir. »

Un événement « Sherbrooke est Batalla-Charris » se tiendra d’ailleurs en ligne vendredi à 16 h pour souligner l’anniversaire de leur départ.