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En tant que directrice générale de JEVI, Tania Boilar dit avoir constaté une détresse de plus en plus marquée chez les jeunes, notamment chez les élèves du primaire et du secondaire pour qui la pandémie et les mesures sanitaires sont de plus en plus lourdes à supporter.
En tant que directrice générale de JEVI, Tania Boilar dit avoir constaté une détresse de plus en plus marquée chez les jeunes, notamment chez les élèves du primaire et du secondaire pour qui la pandémie et les mesures sanitaires sont de plus en plus lourdes à supporter.

La détresse s’accentue chez les jeunes

Alain Goupil
Alain Goupil
La Tribune
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Confinement, déconfinement, couvre-feu, port du masque, écoles fermées, rouvertes, cours en alternance et à temps plein, région sous « haute surveillance », etc.

La pandémie et les mesures sanitaires qui s’y rattachent ont eu un impact majeur sur le moral des Estriens. Mais aussi, et surtout, sur le type d’appels que reçoivent depuis un an les intervenants qui travaillent pour le Centre de prévention du suicide JEVI de Sherbrooke.

Bon an mal an, JEVI effectue environ 18 000 interventions auprès de personnes en détresse, soit une moyenne de 72 par jour. 

Mais ce qui est nouveau depuis quelques mois, dit sa directrice générale, Tania Boilar, c’est que les personnes qui appellent sont plus jeunes qu’au début de la pandémie. Des jeunes d’âge primaire et secondaire « qui appellent d’eux-mêmes ou à la suggestion de leurs parents ». Autre phénomène qu’observe Mme Boilar ces derniers mois : le message lié au caractère passager de la pandémie est plus difficile à accepter de la part des jeunes qui appellent.

« On sent qu’il commence à y avoir une usure à ce niveau-là. Au début de la pandémie, quand on disait aux gens : c’est passager, on va retrouver notre vie normale, ça aidait. Mais là, on dirait que les gens y croient de moins en moins. C’est plus difficile… »

Les mesures sanitaires et la pandémie font beaucoup partie des témoignages de détresse que reçoivent les intervenants en santé mentale, qu’il s’agisse de psychologues ou de travailleurs sociaux.

Comme l’a souligné la Dre Mélissa Généreux dans sa plus récente étude sur l’état de la santé mentale des Québécois, ce sont surtout les jeunes, souvent âgés de moins de 18 ans, qui réagissent le plus sensiblement aux mesures et aux discours liés à la pandémie.

C’est aussi ce que constate Tania Boilar.

« On n’a pas reçu plus d’appels cette année que l’an dernier, précise Tania Boilar. Ce qui est différent cette année, c’est le visage des appelants. On reçoit beaucoup plus d’appels de gens qui, sans la pandémie, ne nous auraient pas appelés. Il y a eu un changement important de ce côté-là. »

Autre signe révélateur : le nombre d’interventions d’urgence destinées à intervenir auprès de gens qui sont sur le point de commettre l’irréparable est en forte hausse.

« Dans ce seul service-là, on voit une augmentation de 49 %, observe Mme Boilar. C’est comme si les gens, quand ils nous téléphonent, sont rendus plus loin dans leur processus suicidaire. La détresse est plus ancrée. 

« Pour nos intervenants, ce sont des changements importants qui demandent beaucoup d’adaptation », dit-elle.

S’il est impossible pour l’instant d’établir un lien direct entre la détresse psychologique des jeunes et la gestion de la crise par le gouvernement, une chose est certaine : le caractère imprévisible de la situation contribue à la détresse ambiante.

« Ce qui ressort à travers toute cette anxiété, c’est l’inquiétude face à l’inconnu. Est-ce que l’école va fermer? Est-ce qu’on va encore nous imposer un confinement? L’isolement, le fait de ne pas voir leurs amis, de ne pas être libres de sortir comme on veut : tous ces éléments-là sont des stresseurs majeurs qui ressortent beaucoup dans ce qu’on entend. »

Gestion du personnel

Cela dit, l’impact de la pandémie ne s’est pas fait sentir uniquement parmi ceux et celles qui appellent. En tant que gestionnaire, Tania Boilar a aussi dû veiller à l’état physique et mental des intervenants plongés dans cette nouvelle réalité. 

« Leur tâche était déjà énorme. En ajoutant la pandémie, c’est clair qu’il y a plus de fatigue. »

Certains services ont donc été adaptés afin d’éviter les risques de contagion, notamment au chapitre des suivis personnels ou face-à-face.

« Avant, on allait beaucoup rencontrer les gens à domicile. Maintenant, on ne le fait plus, question de sécurité. On va plutôt inviter les gens à venir à JEVI où on peut mieux contrôler l’environnement et les mesures à appliquer. »

Aucune restriction de services

Malgré l’ampleur de la pandémie et des changements liés à la clientèle, Tania Boilar tient à souligner que l’accès aux services n’a pas été affecté pour autant.

« C’est sûr que si on avait plus de ressources financières, on aimerait avoir plus d’intervenants, dit-elle. Mais les gens ne doivent pas s’empêcher d’appeler à cause de ça. On ne reçoit pas plus d’appels que l’an passé. Les appels sont différents. Et on est en mesure de répondre à tout le monde », tient à préciser la directrice générale.

JEVI : 819 564-1354