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Le premier ministre François Legault lors du point de presse de mercredi dernier
Le premier ministre François Legault lors du point de presse de mercredi dernier

La désolidarisation de la population guette Legault 

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
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Même si le récent discours de François Legault concernant l’état d’urgence sanitaire était digne de celui « d’un bon père de famille », la politologue Catherine Côté a noté quelques faux pas qui ont pu nuire à la compréhension des Québécois face au message véhiculé.

« C’est un bon communicateur. Il s’est voulu très rassurant », admet Catherine Côté, professeure spécialisée en communication à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke. Toutefois, celle qui s'intéresse notamment à l'analyse de discours craint que la notion de couvre-feu n’ait pas été assez bien justifiée lors du point de presse de mercredi dernier.

« Heureusement, le premier ministre s’est rattrapé en répondant aux questions des journalistes qui étaient visiblement restés sur leur faim. Est-ce que les réponses étaient satisfaisantes? Nous verrons dans les prochains jours », indique-t-elle dans le doute.

Elle rappelle toutefois que la pandémie actuelle n’est comparable avec aucune autre et qu’il peut être difficile pour les citoyens, comme pour les spécialistes, de ne pas avoir de données scientifiques concrètes notamment en lien avec l’efficacité d’un couvre-feu.

« Je crois que les Québécois vont le respecter même s’ils ne comprennent pas pourquoi ils le font. Il faut dire que ce n’est pas vraiment plus contraignant que tout le reste. C’est une petite étape de plus, un moindre mal. Cela n’empêche que ça peut faire grincer des dents ceux qui ne l’avaient pas vu venir. Quand les règles sont bien justifiées, les gens forcément doutent moins. »


« Ça peut faire grincer des dents ceux qui ne l’avaient pas vu venir. »
Catherine Côté

Elle ajoute que la flèche lancée par le premier ministre à Justin Trudeau concernant la gestion des voyageurs et des vaccins ainsi que le ton employé aura permis de mettre en lumière un phénomène qui se voit grandir dans la société : celui de la désolidarisation.

« On voit qu’il y a une grogne dans la population », mentionne Mme Côté. 

« Ces nouvelles mesures sont très frustrantes pour les personnes qui respectent les consignes sanitaires depuis le début. Toutefois, comme mentionné par M. Legault, il y a un essoufflement généralisé qui est bien réel. Cela exacerbe les tensions sociales », se désole la politologue.

Catherine Côté, professeure à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke

Contrat de confiance

Selon un sondage mené par Léger avant la période des Fêtes, François Legault était toujours en tête des intentions de vote, loin devant ses adversaires, avec 49 % d’appuis des Québécois.

Selon Pre Côté, le reconfinement ne devrait pas nuire à la confiance qu’ont les Québécois envers le premier ministre. « Mise à part des groupes de personnes précises, je ne pense pas que les gens doutent des intentions de M. Legault. Ils ont signé un contrat de confiance. »

Elle rappelle qu’en 1998, pendant la crise du verglas, le taux de confiance envers l’ancien premier ministre Lucien Bouchard était également très élevé. « Lors d’une crise bien gérée, les citoyens ont l’habitude de récompenser le gouvernement en accordant leur confiance. C’est encore une fois ce qui se passe. Toutefois, il est rare qu’une crise s’étire sur plusieurs années. Habituellement, avec le temps, la confiance s’use et c’est tout à fait normal. »

La professeure Catherine Côté s’attend donc à ce que le taux de confiance des Québécois envers M. Legault redescende naturellement au cours des prochaines mois, « mais ça ne veut pas dire que ça ne pourra pas remonter », conclut-elle.