La directrice de Santé publique de l’Estrie Mélissa Généreux.

La décision de la Ville surprend la Santé publique

La réglementation de la Ville de Sherbrooke, qui interdira la consommation du cannabis dans les lieux publics municipaux, va à l’encontre des recommandations formulées par la Santé publique de l’Estrie. La directrice de Santé publique de l’Estrie Mélissa Généreux n’a pas caché sa surprise, mardi, au lendemain de l’adoption du projet de règlement.

La loi provinciale interdit déjà de fumer du cannabis dans les endroits publics où il est interdit de fumer du tabac. Avec le règlement de la Ville de Sherbrooke qui entrera en vigueur le 17 octobre, il sera aussi interdit de fumer du cannabis dans les rues, les ruelles, les parcs, les trottoirs et les places publiques municipales, notamment.

« Ça nous a un peu surpris (NDLR le projet de règlement adopté lundi). Il faut quand même savoir qu’on est impliqué depuis plusieurs mois dans un comité consultatif mis en place par la Ville. On a déjà expliqué notre position et notre argumentaire. Je dirais même que le comité consultatif l’avait bien intégré et qu’il était prêt à porter le message de santé publique, à intégrer les préoccupations de santé publique dans ses recommandations à la Ville (...) Je ne l’ai pas vu venir que le conseil municipal allait prendre une décision qui allait à l’encontre des recommandations de la Santé publique, étant donné qu’on avait une belle écoute depuis le départ. À un point tel qu’on s’apprête à écrire à toutes les municipalités de l’Estrie pour leur énoncer les enjeux sur lesquels on les invite à réfléchir avant de prendre toute décision (...) On ne veut pas que la décision de la Ville de Sherbrooke soit le seul considérant, au contraire », a commenté Dre Généreux.

Une lettre a été envoyée aux 121 municipalités du territoire du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Deux choix

Dre Généreux souligne que les municipalités ont deux grands choix. Le premier est d’opter pour une forme de statu quo par rapport à ce qui est déjà édicté dans la loi provinciale encadrant le cannabis. Elle s’inspire sur le modèle du tabac, soit d’interdire le cannabis fumé partout où c’est déjà interdit de fumer du tabac.

« Le choix des villes, c’est de dire va-t-on avec le statu quo ou vont-elles avec une réglementation plus stricte pour interdire davantage la consommation de cannabis fumé par rapport à ce qui est prévu pour le tabac? Notre recommandation, c’est de maintenir le statu quo, de s’en tenir à ce qui est déjà prévu au sens de la loi provinciale. »

La plus grande préoccupation de la Santé publique, explique Dre Généreux, est qu’une réglementation trop sévère va pousser les fumeurs à consommer dans des lieux privés fermés, notamment pour ceux qui n’ont pas de terrain. « De forcer les gens à fumer dans les lieux privés intérieurs augmente de beaucoup les impacts de l’exposition à la fumée secondaire, notamment pour les enfants et les gens qui vivent dans le même logement. On pense que c’est la conséquence principale. »

« La loi contre le tabac vise déjà à protéger nos groupes à risque de l’exposition à la fumée (...)  On se dit pourquoi ne pas emboîter le pas et appliquer cette même logique pour le cannabis? »

Dre Généreux soulève aussi la question d’équité sociale, notamment pour les locataires qui n’auraient pas droit de fumer à l’intérieur de leur logement. « Ce n’est pas tout le monde qui aura le choix de fumer dans un lieu privé intérieur », dit-elle en soulignant qu’on pourrait ainsi placer des gens en situation d’illégalité.

Dre Généreux se dit toutefois satisfaite d’avoir pu siéger au comité consultatif.

Magog s'aligne sur Sherbrooke

À moins d’un revirement, les gens qui voudront consommer du cannabis à Magog, après le 17 octobre prochain, ne pourront le faire ni dans les parcs ni sur les trottoirs. Quant à la vente de cette substance et de ses produits dérivés, elle ne serait tolérée que sur une partie de la rue Principale au lendemain de la légalisation.

Tout comme de nombreuses autres municipalités à travers le Québec, la Ville de Magog a décidé d’encadrer la consommation et la vente du cannabis sur son territoire, cela afin d’éviter d’éventuelles dérives.

« On entend des gens comparer cette substance avec la cigarette, mais à notre avis c’est une comparaison qui est trop faible. De notre côté, on a préféré s’inspirer de la réglementation sur l’alcool », souligne d’entrée de jeu la mairesse de Magog, Vicki-May Hamm.

Le règlement sur la consommation de cannabis dans les lieux publics en sol magogois sera adopté pendant les prochaines semaines. Des modifications pourraient être apportées avant l’adoption. Toutefois, les élus municipaux semblent avoir l’intention de montrer un front uni dans ce dossier.

Par ailleurs, en ce qui concerne la vente de la substance, elle serait tolérée uniquement sur la rue Principale. Et, qui plus est, seulement sur une portion de cette artère, en l’occurrence entre les rues du Moulin et Sherbrooke.

« On a associé cette activité à un usage commercial, indique Vicki-May Hamm. Mais on ne souhaitait pas que la vente se fasse n’importe où. On a donc délimité une zone précise. Cela dit, on ne s’attend pas à accueillir une succursale de la Société québécoise du cannabis bientôt. Aucune approche n’a été faite par cet organisme pour établir un magasin chez nous. »

Une consultation publique au sujet de la commercialisation de cette substance et de ses dérivés aura lieu le 2 octobre, à compter de 19 h 30, à l’hôtel de ville de Magog.