Avec des dépenses de près de 8,5 millions $ en congés de maladie prolongés au cours des deux derniers exercices, la CSRS figure parmi les commissions scolaires qui affichent le pire bilan au Québec en matière d’assurance salaire.

La CSRS parmi les championnes des congés de maladie

La Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) a dépensé près de 8,5 M$ en congés de maladie prolongés au cours des deux derniers exercices soit 4 090 190 $ pour l’exercice se terminant en 2015 et 4 321 474 $ pour celui se terminant en 2016. En tenant compte du nombre d’employés de chacune des commissions scolaires, ces résultats placent la CSRS respectivement au 10e et 13e rang des commissions scolaires ayant le plus dépensé en assurance salaire sur un total de 73 commissions scolaires existant au Québec.

« On n’est absolument pas satisfait de notre position dans ce classement, commente le président du Syndicat de l’enseignement de l’Estrie (SEE), Richard Bergevin. On considère que ça n’a pas de bon sens, car théoriquement, le territoire desservi par la CSRS n’a aucune spécificité qui justifie ce résultat. Il n’y a pas un niveau exceptionnel de violence ou, par exemple, on n’est pas dans une petite ville où la grande usine vient de fermer, un fait qui pourrait expliquer une grande détresse psychologique. Sherbrooke est une ville qui fonctionne bien et la population est somme toute normale. »

D’ailleurs le président du SEE souligne qu’avec sa 13e position en 2016, la CSRS devance de loin les autres commissions scolaires de l’Estrie, soit la Commision scolaire des Hauts-Cantons qui arrive en 36e position, la Commision scolaire des Sommets qui se classe 53e et la Commission Eastern Townships qui occupe la 67e position sur les 73 commissions scolaires québécoises. Dans l’ordre, en 2016, les quatre commissions scolaires estriennes ont dépensé en assurance salaire 1752 $ par employés (équivalent temps plein), 1515 $, 1308 et 1142 $. La dépense par employé de la CSRS en assurance salaire est donc 53 pour cent plus élevée que celle de la commission Eastern Townships pour l’exercice se terminant en 2016.

Détresse psychologique

« Il y a une problématique particulière à la CSRS. Ce qu’on constate, lorsqu’on compare avec les autres commissions, c’est que la CSRS met beaucoup de pression sur les enseignants en ce qui a trait à l’atteinte des résultats. Aussi, la CSRS est beaucoup plus décentralisée que les autres commissions scolaires. En décentralisant les budgets, la commission scolaire s’enlève le pouvoir d’aller agir dans des milieux où il y aurait plus de problèmes, c’est-à-dire d’ajuster les ressources de chaque école aux besoins, besoin qui peuvent varier d’une année à une autre», mentionne M. Bergevin.

Le syndicat attribue l’importance de la dépense en congés de maladie prolongés de la CSRS principalement à une détresse psychologique des enseignants. « Les enseignants de la CSRS ne se cassent pas plus de jambes que ceux des autres commissions. Je crois vraiment que l’écart des dépenses en congés de maladie prolongés s’explique par une détresse psychologique qui est liée à la lourdeur de la tâche », souligne le président du SEE.

Deux raisons expliquent l’augmentation de la tâche des enseignants au cours des dernières années, selon M. Bergevin, soit les coupes budgétaires qui ont fait en sorte que le personnel de soutien a diminué et la composition des classes.

«Le nombre d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage augmente. Depuis qu’on est capable de faire de meilleurs diagnostiques, on est capable de mieux cerner leurs problèmes et alors, on a l’obligation de donner des services spéciaux à ces élèves. Dans ce contexte, on demande aux enseignants de traiter, par exemple, des cas de dyslexie, dysorthographie, de TDA ou TDAH.»

D’autres élèves utilisent maintenant des ordinateurs à cause de problèmes de vision par exemple. «Pour l’enseignant, cela signifie qu’il doit préparer du matériel pour son cours régulier, mais aussi pour mettre sur l’ordinateur. Tous les élèves en difficulté ont un plan d’intervention avec des moyens qui doivent être appliqués par l’enseignant, ce qui représente une surcharge», note M. Bergevin précisant qu’il n’est «pas peu fréquent» dans une classe d’une vingtaine d’élèves d’en avoir le tiers en difficulté.

«J’enseignais la physique en 5e secondaire au Triolet. En 2009, j’avais deux élèves sur environ 150 qui avaient un plan d’intervention. En 2014, j’en avais 30 sur environ 130», donne en exemple M. Bergevin, soulignant que même si un enseignant a un nombre élevés d’élèves en difficulté, il doit faire les mêmes heures de surveillance, correction, préparation, enseignement.

Plus de 300 employés

En 2015, ce sont 344 employés qui ont bénéficié d’assurance salaire alors que pour 2016, ils sont 336 employés, soit environ 10 pour cent des quelque 3000 employés de la CSRS, le troisième employeur en importance en Estrie.

Ces 3000 employés se composent du personnel régulier à temps plein et à temps partiel ainsi que le personnel temporaire et suppléant. Le personnel enseignant représente 61 pour cent des employés, le personnel de soutien équivaut à 33 pour cent des employés alors que le personnel professionnel et la direction représentent respectivement 4 et 3 pour cent.

M. Bergevin parle au nom des quelque 1800 enseignants, incluant les 1230 enseignants qui ont un poste régulier.

En 2016, les commissions scolaires du Québec qui ont dépensé le moins en assurance salaire sont la commission scolaire New Frontiers avec 887$ par employé (équivalent temps plein) et, la championne, la commission scolaire Moyenne-Côte-Nord (565$/employé). Celles qui ont dépensé le plus sont celles des Laurendides (2028$/employé), celle des Hauts-Bois-de-l’Outaouais (2077$/employés) et celle des Chênes (2144$/employés).

La dépense totale en salaire de la CSRS est de 167 M$ avec avantages sociaux pour l’exercice se terminant en 2015 et 173 M$, toujours avec avantages sociaux, pour 2016.