La CSRS constate que ses dépenses en assurance salaire sont davantage causées par la durée des invalidités plutôt que par le nombre d’employés invalides.

La CSRS juge la situation préoccupante

« C’est une situation préoccupante. Nous n’avions jamais fait l’exercice de nous positionner de façon précise par rapport aux autres commissions scolaires. Il y a deux ans, nous avions fait un constat quant à l’absentéisme en général, qui inclut les absences pour accidents de travail, invalidités de courte et longue durée et autres congés prévus aux conventions collectives. Nous avions alors, après entente avec le conseil des commissaires, mis l’accent de façon très rigoureuse sur le dossier des accidents de travail. La raison pour laquelle on a pris cette décision est que les paramètres causant un accident de travail sont beaucoup plus facilement identifiables que lorsqu’il s’agit d’absentéisme lié à une invalidité, particulièrement lorsque cette invalidité est de nature psychique », explique Daniel Samson, directeur des ressources humaines à la CSRS.

« Dans le cas d’un accident de travail, c’est plus facile de savoir pourquoi c’est arrivé, quelles sont les mesures préventives à prendre, comment on peut ramener l’employé au travail dans les meilleurs délais compte tenu de sa condition. Donc depuis deux ans, on s’est attaqué à ce volet et on voit des résultats. On a une amélioration notable en ce qui concerne les durées d’absence liées aux accidents de travail », précise M. Samson qui ajoute que, de façon parallèle, la CSRS a suivi l’évolution des dépenses pour invalidités et, bien que la CSRS soit peu performante à cet égard, ces dépenses ont été, somme toute, stables au cours de la dernière décennie.

« On n’a pas vécu de détérioration marquée », note-t-il.

Depuis le printemps dernier, la CSRS a quand même tenté d’expliquer les causes des invalidités de nature psychologique.

« Les raisons sont multifactorielles. Là où on peut chercher des explications, c’est au niveau des statistiques d’utilisation du programme d’aide aux employés. Ce qu’on constate, c’est que seulement 20 pour cent des demandes d’aide à ce programme sont clairement liées à des problématiques psychologiques liées au travail. Le 80 pour cent restant est lié à des problèmes de couple, familiaux ou personnels. Mais on est conscient que c’est multifactoriel et que des problèmes au travail peuvent entraîner des problèmes personnels et vice versa », relate M. Samson.

Pour ce qui est des absences de courtes durées, c’est-à-dire six jours ou moins, la CSRS performe mieux que les autres commissions scolaires. « Si l’indice de la moyenne des autres commissions scolaires québécoises est de 1, la CSRS est à 0,8. C’est-à-dire qu’on performe 20 pour cent mieux que la moyenne. C’est vraiment dans les absences de longues durées qu’on performe moins bien. Et ce qu’on remarque, c’est que nos importantes dépenses en assurance salaire sont causées par la durée des invalidités et non la quantité d’employés invalides », mentionne le directeur des RH.

Le pourcentage de congés d’invalidité prolongée pour cause psychologique (versus physique) est d’environ 50 pour cent, soit un pourcentage comparable à ce qui est observé au CIUSSS de l’Estrie CHUS.

« Je suis dans le secteur public depuis uniquement six ans. Le reste de ma carrière je l’ai faite dans le secteur privé manufacturier et honnêtement, la même proportion est aussi observée au privé », remarque M. Samson.

Le directeur des RH confirme que le nombre de plans d’intervention est en hausse, sans pouvoir le quantifier. Aussi, l’effet négatif d’une gestion décentralisée sur la lourdeur de la tâche des enseignants demeure une hypothèse, selon lui.

«En même temps, la CSRS fait peu d’intégration d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, car on a des points de services, par exemple pour les autistes, et on fonctionne par classes fermées», souligne M. Samson.

Les dernières coupes n’auraient pas touché les services aux élèves et pour 2017-2018 , il y a une réinjection qui équivaut à 2 M$, ajoute M. Samson. «Mais non, on n’est pas satisfait de ce positionnement. On y travaille. On a présenté un projet d’optimisation qui vise à se doter de ressources pour identifier les causes», conclut-il.

Quant au nombre d’enseignants qui choisissent une tâche réduite, M. Samson souligne que souvent, pour les plus jeunes enseignants, le travail n’est pas au coeur de leur vie et que ces derniers peuvent prioriser une meilleure qualité de vie plutôt qu’une maximisation des revenus.

Daniel Samson, directeur des ressources humaines à la CSRS

Une enseignante témoigne du stress grandissant chez le personnel de la CSRS

« Au début de ma carrière, on avait une cohorte difficile chaque cinq ans. Aujourd’hui, ce n’est pas rare que nous puissions avoir une cohorte difficile aux deux ans. La complexité d’une cohorte ne réside pas seulement sur le fait d’avoir des enfants avec des difficultés de comportement ou des besoins particuliers, mais aussi des enfants avec des difficultés au niveau des habiletés sociales », explique l’enseignante d’expérience qui préfère conserver l’anonymat.

Récemment, plus de la moitié des élèves de l’enseignante avaient des difficultés, principalement des problèmes de comportement qui nécessitent de nombreuses rencontres individuelles ou avec les parents.

« Les valeurs de la société ont changé. Nous avons une pensée plus individualiste où le plaisir et les loisirs ont préséance sur le travail et l’effort. Alors les enfants aussi ont changé. Ils ont moins le souci des autres, moins de respect pour les règles, l’autorité. Cela demande donc à l’école de s’adapter en soutenant les enseignants.

«Je passais 70 pour cent de mon temps à travailler sur leurs habiletés sociales et 30 pour cent à enseigner la matière. Quand tu as une classe difficile, tu dépenses toute ton énergie en classe. Et si en plus, tu dois te battre avec la direction pour prouver les difficultés et obtenir du soutien, c’est trop. Et pendant ce temps, rien ne se règle », note-t-elle observant que certaines directions d’école utilisent davantage les intervenants, soit les psychoéducateurs ou les psychologues, à des tâches administratives plutôt qu’en soutien aux enseignants.

« On souhaite que les dossiers des élèves soient bien remplis et respectent les exigences, alors les intervenants passent parfois moins de temps sur le terrain, en intervention directe», explique l’enseignante qui voit son métier comme une passion.

Cette dernière confirme qu’il y a une «préoccupation» liée l’atteinte de résultats, « principalement au 3e cycle du primaire où les élèves doivent être prêts pour le secondaire ».

Entre 18 et 24 pour cent des enseignants de son école primaire travaillent à tâche réduite. « Pour les jeunes, c’est parfois une question de conciliation travail-famille. Pour les autres, c’est pour tenir le coup. »