À elle seule la compensation carbone n’est pas suffisante pour lutter contre les changements climatiques selon les intervenants rencontrés par La Tribune.

La compensation carbone: « une solution de bout de ligne »

Malgré ses nombreux points positifs, toutes les personnes rencontrées par La Tribune s’entendent pour dire que la compensation carbone ne réglera pas à elle seule le réchauffement de la planète.

« Ça reste une solution de bout de ligne, on n’encourage pas les gens à polluer pour compenser ensuite, précise Manon Ayotte, coordonnatrice chez Compensation CO2 Québec. La compensation est en dernier recours. »

C’est aussi une opinion qui est partagée par Simon Côté de la coopérative sociale Arbre-Évolution.

« L’objectif est de réduire à la base, indique-t-il. L’idéal c’est de compenser de moins en moins chaque année parce que tes émissions diminuent. Tu ne peux pas aller à Punta Cana quatre fois par année et t’acheter une conscience avec la compensation carbone. »

« On plante 32 000 arbres par année, c’est rien, admet-il. Il s’en coupe par millions en Amazonie. L’objectif est vraiment que les gens comprennent quelque chose en plantant un arbre. On fait de l’éducation sociale. »

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La compensation carbone est une approche partielle pour s’attaquer aux changements climatiques selon Marc-André Guertin, enseignant au centre universitaire de formation en environnement et développement durable de l’Université de Sherbrooke.

Demeurer critique

« Il y a bien des gens qui vont essayer de perdre du poids en faisant de l’exercice, mais qui ne regarderont pas leur alimentation, image M. Guertin. C’est la même chose pour la compensation. C’est super intéressant si j’ai l’obligation de faire un vol en avion. En 2019, la moindre des choses qu’on puisse faire est de compenser nos émissions de carbone, mais peut-être qu’on doit évaluer la pertinence de nos déplacements en avion et en autos et ultimement de changer nos habitudes. »

Marc-André Guertin estime que des lois doivent même être mises en place pour favoriser la compensation carbone.

« Je rêve du jour où on offrira le libre arbitre de faire certaines choses, mais que la compensation deviendra obligatoire, explique-t-il. Il faut demeurer critique et exiger peut-être une démarche politique, des règles ou des lois. La compensation carbone toute seule, bof, mais une compensation carbone plus systématisée, rigoureusement suivie et appuyée par des lois ça serait encore mieux. »

Le choix des espèces pour la compensation est également très important selon M. Guertin.

« Si je compense avec un type d’arbre qui est souvent utilisé dans les cycles courts, rapidement mon carbone va retourner dans l’atmosphère, mais si je compense avec des bois nobles qui se retrouvent dans des structures ou des meubles qui durent très longtemps, c’est un intérêt additionnel, résume-t-il. Mais dès qu’on plante un arbre, ça nous achète quand même du temps pour qu’on change nos habitudes, qu’on éduque les gens, qu’on adopte des lois et que toutes les personnes s’entendent sur les actions à venir, mais pour ça il ne faut pas retenir notre souffle. »

+ Combien d'arbres dois-je planter?

 Le nombre d’arbres qu’une personne doit planter pour compenser ses émissions dépend justement... de ses émissions. Il diffère donc d’une personne à l’autre et énormément de facteurs entrent en jeu. Le site internet de Compensation CO2 Québec propose d’ailleurs un calculateur d’émission de gaz carbonique et calcul automatiquement le nombre d’arbres qu’une personne doit planter chaque année pour devenir carboneutre.

À titre d’exemple, un véhicule qui consomme 9 litres/100 km et qui roule 20 000 kilomètres par année produit 4,14 tonnes de CO2. Ça prend donc 60 ans à 23 épinettes blanches pour capter tout ce CO2 puisque cette essence capte 0,18 tonne de CO2 équivalent durant sa vie. Une personne devrait donc planter 23 arbres par année pour compenser les émissions de sa voiture.

Un voyage aller-retour en avion de Montréal à Paris correspond en moyenne à la vie de 8 arbres... par passager.

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