La chasse à l'agrile du frêne est ouverte

Depuis le 7 décembre, il n’est plus possible d’ignorer la présence de frênes sur sa propriété à Sherbrooke. Si l’arbre est sain, il est interdit de le couper et la Ville préconise qu’il soit répertorié. Alors que s’il montre des traces d’agrile du frêne ou s’il est situé dans un rayon de 300 mètres d’un arbre affecté, il est obligatoire de le traiter ou de l’abattre sous peine d’amende.

La nouvelle règlementation, adoptée à l’unanimité par le conseil municipal le 4 décembre, donne en effet des pouvoirs accrus d’intervention à la Ville dans l’espoir de freiner la propagation du petit insecte ravageur venu d’Asie.

Cette règlementation s’accompagne d’un plan d’action de 5,7 millions $ sur 10 ans et prévoit des amendes allant de 500 $ à 1000 $ pour les contrevenants.

Ainsi, après les Fêtes, une équipe d’au moins quatre employés municipaux sera déployée sur le terrain pour vérifier l’état des frênes dans les quatre foyers d’infestation jusqu’à maintenant identifiés à Sherbrooke, dans le secteur Rock Forest près des rues Barrette, Chauveau, Cayer et Coaticook.

Les frênes de ces quatre zones devront être coupés ou traités, aux frais des propriétaires, selon des normes et à des périodes définies dans le règlement.

Les experts de la Ville se rendront également chez les propriétaires qui auront enregistré la présence de frêne sur leur terrain, pour confirmer s’il s’agit ou non d’un frêne et s’il y a présence d’insecte.

« Quelqu’un à Fleurimont, actuellement, peut ne rien faire du tout, explique Guylaine Boutin, directrice de l’entretien et de la voirie à Sherbrooke. L’action du citoyen est volontaire, sauf s’il est dans un rayon d’infestation. Là il est obligé d’agir. »

Depuis que le premier cas d’agrile du frêne a été confirmé par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) le 19 octobre et que la Ville de Sherbrooke a annoncé la teneur de son plan d’action, 252 citoyens ont enregistré 1272 arbres sur le territoire. La Ville estime à 12 000 le nombre de frênes de propriété privée.

Elle a par ailleurs recensé 2500 frênes dans le domaine public sans compter ceux présents dans les grands boisés comme le bois Beckett et le mont Bellevue. Les frênes représentent environ 7 % des 35 000 arbres publics répertoriés, précise-t-on, même si la Ville a cessé d’en planter depuis 2009, sachant que l’agrile du frêne allait tôt ou tard faire son apparition en Estrie.

La Ville de Sherbrooke a mis en ligne beaucoup d’information sur l’insecte, l’épidémie et les mesures pour contenir sa propagation.

On trouve également sur son site internet une carte interactive pour localiser les frênes et les foyers d’infestation.

Jusqu’aux Fêtes, explique Guylaine Boutin, les différents outils seront testés afin que les Sherbrookois puissent facilement mener cette lutte via les services en ligne. Mais les citoyens pourront également obtenir de l’information dans les bureaux d’arrondissement, assure-t-elle.

Enfin, durant l’hiver, il y aura des séances d’informations dans chacun des arrondissements.

Cet arbre de la rue Cayer est l’un des cinq frênes confirmés infestés jusqu’à maintenant sur le territoire de Sherbrooke.

«On est dans le néant»

Alors qu’il soupçonnait depuis quelque temps qu’un de ses arbres était malade, Christian Carrier a appris dans La Tribune en octobre qu’il s’agissait bel et bien de l’agrile du frêne, un insecte qui fait des ravages depuis quelques années ailleurs dans la province, notamment en Outaouais et à Montréal.

Le citoyen de la rue Cayer estime que la Ville a mis beaucoup de temps à réagir et il déplore que son plan d’action ne prévoie aucune aide financière pour les propriétaires.

M. Carrier avait fait venir un expert en déboisement sur sa propriété cet été parce que son frêne avait l’air mal en point et que les branches cassaient facilement, même s’il avait encore des feuilles. Selon ce spécialiste, l’agrile du frêne est présent dans cet arbre depuis deux, voire trois années.

Or quand M. Carrier a avisé la Ville, le dossier a traîné en longueur, juge-t-il. Un employé de la Ville est passé chez lui le 8 septembre puis plus de nouvelles jusqu’à ce que l’Agence canadienne d’inspection des aliments confirme le cas six semaines plus tard, le 19 octobre. C’est là que la Ville a enclenché l’adoption de son plan d’action.

Déception

« Je suis déçu de n’avoir eu aucune information, je suis déçu que là ils nous mettent des normes à respecter pour l’abattage des arbres qui vont faire grimper la facture et je suis déçu de savoir que la Ville ne va pas nous aider financièrement. Nous n’avons pas demandé à avoir cette bibitte-là! », lance-t-il.

Le citoyen a deux autres frênes sur sa propriété, dont un semble aussi atteint par l’agrile. Il craint de devoir faire couper les trois arbres puisque leur positionnement sur son terrain, ajouté au fait qu’il croit peu aux chances de réussite du traitement au TreeAzin, rend les autres options peu intéressantes.

« À quoi ça sert de dépenser pour traiter les arbres si à la fin il faut aussi payer pour les faire couper? C’est de l’argent jeté par les fenêtres », lance-t-il.

Christian Carrier estime que la Ville aurait pu être plus proactive dans ce dossier, étant donné que la crise de l’agrile du frêne était prévisible. Il aimerait que l’administration municipale revoie sa décision de ne pas aider financièrement les citoyens et qu’elle interpelle le gouvernement provincial.

Enfin, comme la Ville a négocié un rabais de volume pour le traitement au TreeAzin, il propose qu’elle négocie également une entente avec une entreprise d’abattage afin que les citoyens contraints de faire couper leur arbre soient sûrs du juste prix de ce travail et qu’il sera fait selon les normes en vigueur.

« On est dans le néant dans toute cette histoire. Si mon témoignage peut nous aider à avoir de l’aide, j’en serais bien heureux. »

À savoir
> La meilleure période pour détecter l’agrile du frêne est entre juin et septembre, puisqu’on verra des changements dans la densité du feuillage.

> L’insecticide TreeAzin est le seul produit homologué pour le contrôle de l’agrile du frêne au Québec.

> Le traitement se fait aux frais des propriétaires, mais la Ville de Sherbrooke a négocié un rabais de volume. Le coût moyen d’application varie entre 150 et 250 $ pour des gabarits d’arbre moyen.

> Les frênes de moins de 20 cm de diamètre sont réputés être trop petits pour résister au traitement.

> Le traitement peut prévenir et même freiner la progression des dommages sur les frênes qui présentent des signes de dépérissement de la cime inférieurs à 30 %.

> Le traitement devra être répété tous les deux ans, entre le 15 juin et le 31 août. Il est possible de traiter les frênes avant même l’apparition des symptômes.

> Dans le contexte actuel, un frêne qui ne sera pas traité à courte échéance mourra d’ici les prochaines années.

> L’abattage sera permis entre le 1er octobre et le 15 mars. Une série de mesures sont prévues pour disposer des résidus et éviter la propagation de l’insecte. Il faut se procurer, sans frais, un permis d’abattage auprès de la Ville.

> La Ville encourage à replanter des arbres pour maintenir le couvert forestier sur son territoire. Cela a un impact sur la valeur des propriétés, les coûts d’énergie et la qualité de l’air.

Source : http://www.ville.sherbrooke.qc.ca/sous-site/agrile-du-frene/