Yannick Côté travaille sept jours sur sept durant la saison estivale pour produire environ 95 paniers de fruits et légumes biologiques par semaine.

La belle folie d'un jardinier déchaîné

Beaucoup de gens y pensent, mais peu passent à l'action. Yannick Côté a abandonné une carrière en communication pour se lancer dans la production maraîchère. Deux ans plus tard, il fournit chaque semaine une centaine de familles en paniers de fruits et légumes.
Yannick Côté a oeuvré pendant 12 ans dans le domaine des communications. Il a été agent de communication au petit théâtre de Sherbrooke et chez Zone Art. Il a ensuite été l'attaché politique d'Étienne-Alexis Boucher en plus d'être directeur des communications du Centre communautaire de loisirs Sherbrooke. Aujourd'hui, c'est sur un lopin de terre de Cookshire-Eaton qu'on le retrouve.
« Ce que j'aime le plus, c'est l'aspect concret du métier, lance Yannick Côté, qui fait pousser une quarantaine de variétés de légumes. Ce n'est pas que mes autres emplois n'étaient pas importants, mais de nourrir des familles avec des légumes que j'ai fait pousser, c'est hyper valorisant. C'est aussi de plus en plus valorisé dans la société. Il y a de plus en plus de gens qui veulent retourner à la terre. »
Intéressé par le jardinage depuis son enfance, c'est finalement la lecture du livre Le jardinier maraîcher de Jean-Martin Fortier qui l'a décidé à faire le grand saut.
« Ce livre m'a interpellé et je l'ai dévoré, explique-t-il. J'ai ensuite assisté à une de ses formations et c'est à ce moment que je me suis dit que j'allais plonger. Quand j'étais petit, je n'étais pas dans le garage avec mon père, j'étais dans le jardin avec ma mère. »
Ce saut vers l'inconnu, Yannick Côté a décidé de la faire à l'automne 2015. Il a obtenu son financement en décembre et, dès le printemps, il a commencé à aménager le terrain.
C'était le début de l'aventure de la Ferme du fermier déchaîné, un nom qui ne passe pas inaperçu.
« Je voulais mettre de l'avant toute la folie et le travail qui entoure le projet. Je pense que déchaîné est un adjectif qui va bien avec le genre de jardinier qui entreprend ce projet. C'est très difficile de prendre des journées de congé durant l'été. C'est pratiquement du sept jours sur sept. Mais je prends le mois de janvier de congé. L'hiver, je fais entre 30 et 40 heures semaines. »
Une formule simple
La formule du Jardinier déchaîné fonctionne avec des abonnements. Les gens peuvent s'abonner pour une période de 18 semaines durant la saison estivale. Yannick Côté se rend ensuite deux fois par semaine à ses points de vente situés au Vent du Nord à Rock Forest et à l'épicerie fine le Coin d'Italie. Les clients qui possèdent un abonnement peuvent alors remplir leur panier avec les produits offerts. Des légumes en ventes libres sont également toujours disponibles.
« Beaucoup de gens aiment cette formule parce qu'ils découvrent des légumes qu'ils n'auraient pas le courage d'acheter à l'épicerie, explique Yannick Côté. Souvent, c'est parce qu'ils ne sauraient pas quoi en faire. J'envoie donc toujours des recettes par courriel à tous mes clients pour les aider. Je ne veux pas que mes légumes se retrouvent au compost. »
La formule n'est toutefois pas sans inconvénient.
« Ça vient avec des engagements, il faut produire la marchandise, souligne-t-il. C'est stressant, surtout en début et en fin de saison, mais c'est du bon stress. Il y a une grosse part d'incontrôlable, mais mes décisions ont vraiment un gros impact sur le rendement. J'ai plus de contrôle que je pouvais en avoir en communication ou en politique par exemple. »
« On est constamment en réaction à la météo, ajoute-t-il. Cette année a été difficile avec de grosses chaleurs et beaucoup de pluie. On a une à deux semaines de retard dans les récoltes. »
Un stress financier?
Le risque financier d'abandonner une carrière stable pour faire pousser des légumes est bien présent. Yannick Côté possédait déjà un terrain suffisamment vaste pour y installer son entreprise, ce qui l'a énormément aidé. Malgré tout un investissement d'un peu moins de 100 000 $ a été nécessaire pour démarrer ses activités.
« J'ai la chance d'avoir une conjointe qui a un emploi stable, note-t-il. Ce n'est donc pas dramatique si je n'ai pas de revenu pendant quatre ou cinq mois. Ça prend une des deux personnes qui a un revenu garanti, sinon le stress doit être épouvantable. »
Mais encore une fois, le modèle d'abonnement vient à sa rescousse. Il permet au producteur de bénéficier d'une plus grande stabilité financière.
« En agriculture, l'aspect financier est toujours le principal problème, estime Yannick Côté. Toutes les dépenses arrivent à l'hiver et au printemps alors que les revenus sont durant l'été. On demande une partie de l'abonnement en mars ce qui nous permet d'avoir des liquidités pour entreprendre le début de la saison. »
La serre, où sont cultivés notamment les tomates et les concombres, représentent une bonne partie de l'investissement. Elles nécessitent également au moins une journée d'entretien par semaine. La ferme compte également un poulailler pour offrir des oeufs frais dans les paniers.
La ferme du fermier déchaîné fait partie des fermiers de famille biologiques du réseau Équiterre. « Il y avait beaucoup de compétition dans mon ancienne carrière, mais en faisant le saut je ne pensais jamais tomber sur autant d'entraide, signale-t-il. Les autres producteurs maraîchers sont toujours là pour m'aider. »