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La baignade désormais interdite au bord du lac Orford

Coralie Beaumont
Coralie Beaumont
La Tribune
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Un petit terrain municipal au bord du lac Orford à Austin devait avoir l’allure d’un trésor caché par les amateurs de baignade. Victime de son succès ces dernières années, il est dorénavant interdit d’y faire trempette depuis ce 10 juin. « C’était devenu trop achalandé pour dire que c’était un usage occasionnel. Nos assureurs nous l’ont dit, à partir du moment où on est au courant, on ne peut pas juste écrire `baignade interdite` et faire comme si ce panneau suffisait », explique la mairesse, Lisette Maille qui assure qu’une surveillance policière interdira dorénavant l’accès au site.

La mairesse répète à maintes reprises que ce n’est pas une décision prise « de gaieté de cœur ». En effet, la municipalité a envisagé d’officialiser ce lieu comme aire de baignade. Mais les conclusions d’un rapport de la Société de sauvetage du Québec font état des risques pour la sécurité des usagers ainsi que pour la qualité de l’eau de lac. « Fermer les yeux » n’est pas une possibilité, tant les risques sont importants pour la municipalité. 

« La municipalité a une responsabilité qu’elle doit prendre. Combien de fois on nous dit que ce n’est pas si dangereux, si grave que cela. Mais quand quelqu’un se fera frapper en traversant la route ou se noiera après s’être cogné la tête, sans personne pour surveiller, on va dire quoi? On va dire que cela fait des années que la municipalité le savait et que c’était pour arriver! » anticipe Mme Maille. Selon elle, le raisonnement serait le même si, à défaut de stations de lavage, des espèces exotiques envahissaient ce lac qui est la réserve d’eau potable de la Ville d’Eastman. « Il faut protéger la qualité de l’eau ». Or, l’augmentation de la fréquentation du lac « décuple les risques de contamination et d’accidents ».

Dangers publics

La mairesse explique que, selon le rapport, « les usages qui sont faits actuellement, pas encadrés correctement, sont dangereux ». Rendre les lieux sécuritaires pour le public impliquerait des aménagements importants, voire irréalisables. 

Par exemple, pour respecter la loi sur la qualité de l’environnement, il faut un bloc sanitaire proche d’une aire de baignade. « Des instances au MELCC nous ont confirmé que l’usage de toilettes chimiques ou des blocs sanitaires mobiles ne sont pas acceptables. La mise en place d’un bloc sanitaire conforme aux exigences du MELCC nécessiterait des aménagements d’une installation septique autonome ainsi qu’une structure abritant des toilettes et douches avec alimentation en eau courante ».

De plus, la profondeur maximale doit être de 1,6 mètre, ce que ne permet pas l’aménagement naturel du lac. « Pour créer un profil acceptable afin d’établir une zone de 1,6 mètre de profondeur, il faudrait remblayer le littoral et les chances d’obtenir une autorisation du Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques à cette fin sont minces ».

Quand bien même ces deux exigences pourraient être satisfaites, d’autres contraintes majeures viendraient alors s’ajouter, comme la présence de sauveteurs, la réalisation d’un plan d’urgence, des contrôles de la qualité de l’eau… « Pour un terrain grand comme ma main », lance la mairesse.

« Il faut être réaliste dans le fait que le site du lac Orford est très peu propice, le chemin est dans l’eau! Il y a une falaise, le chemin et puis le lac », tranche-t-elle.

Héritage des décisions du passé

Mme Maille déplore le fait « qu’on n’ait pas plus de possibilités de donner accès au plan d’eau à nos citoyens, et même aux gens de l’extérieur ». Celle qui est mairesse depuis 12 ans précise qu’il faut vivre avec « la réalité d’aujourd’hui », c’est-à-dire des exigences de sécurité publique, mais aussi « avec l’héritage du passé », à savoir l’importante privatisation des rives du lac. 

Malgré la fermeture du site, Mme Maille annonce toutefois que le dossier n’est pas clos pour autant. « Si la fréquentation n’avait pas tant augmenté l’année passée, et on soupçonne que ça va être la même chose cette année, on aurait peut-être davantage eu le temps de chercher des solutions. Mais là, il faut aller vite ». Elle fait aussi valoir le fait que tous les services sont débordés, y compris les firmes d’ingénierie et d’architectes.

Lisette Maille insiste donc sur le fait qu’il n’existait « pas de solutions à court terme ». Elle confie avoir discuté avec le maire d’Eastman. « Il est prêt à travailler avec nous pour essayer de trouver quelque chose ». La mairesse pense qu’il faudra passer « par des études spécialisées de firmes créatives, qui voudront chercher des solutions. Puis, voir si c’est réalisable. Mais peut-être que la conclusion sera qu’il n’y a pas de solution »