Le projet-pilote du SPS avec Kanak a été un succès. Le labrador est là pour rester et il fera son entrée au palais de justice.

Kanak a fait ses preuves au SPS

Sans le chien Kanak, Julie (nom fictif), qui a porté plainte pour agression sexuelle, ne se serait jamais rendue jusqu'au procès. « J'aurais abandonné », lance la jeune femme de 19 ans.
Depuis huit mois, le chien de soutien du Service de police de Sherbrooke (SPS) a réalisé une soixantaine d'interventions auprès de victimes d'agressions physiques et sexuelles. Le labrador noir a fait ses preuves et doit faire son entrée cette semaine au palais de justice de Sherbrooke. Le collègue canin du SPS a même attiré l'attention jusqu'en France et en Belgique.
« Son rôle, prioritairement, est d'assister les victimes d'actes criminels et des témoins, particulièrement nos jeunes victimes abusées physiquement ou sexuellement. Lorsque les enquêteurs leur demandent de venir au poste de police et de raconter l'abus dont elles ont été victimes, Kanak est là en soutien pour amener du réconfort (...) C'est un gros toutou vivant, ça permet aux enfants de se blottir contre lui et de se ressaisir lors des questions qui sont parfois difficiles et permettre de poursuivre l'entrevue », résume la sergente-détective Mélanie Bédard.
Kanak est entré au SPS il y a huit mois dans le cadre d'un projet-pilote et il a démontré, depuis son arrivée, que sa présence avait sa raison d'être. Il demeurera donc au poste de la rue Maurice-Houle. Les tâches au palais de justice faisaient déjà partie des plans, afin d'accompagner les victimes tout au long du processus judiciaire.
«Une bombe d'énergie»
Julie souffre de différents troubles et a également des problèmes d'anxiété. Sa famille avait beau lui offrir tout son soutien depuis les événements et le dépôt de sa plainte, c'est Kanak qui a réussi à apaiser la jeune femme. Pendant l'entrevue, le labrador se laisse caresser par Julie, bien collé contre elle. « C'est une bombe d'énergie qu'il lui apporte. Je suis sûr qu'elle aurait lâché... Ce chien-là lui a sauvé la vie. Elle est encore là aujourd'hui et elle fonce », commente le père de Julie, visiblement très ému.
Le labrador aide les victimes, mais aussi les employés à faire leur travail. Sergente-détective au SPS, Nathalie Lessard raconte que le chien lui manque lorsqu'il n'est pas là. En plus de réconforter les victimes, il est souvent le premier sujet de conversation lors d'une rencontre. « Je suis portée à demander Kanak à chaque intervention. Je trouve que ça amène un côté humain aux rencontres, un côté moins rigide de l'entrevue », note Mme Lessard.
« On a eu une femme qui a été séquestrée par son conjoint. Elle a dû aller à l'hôpital parce qu'elle était en état de choc et elle est venue ici pour sa déclaration. Elle n'était pas capable de parler, elle était encore trop stressée. On a fait venir Kanak, elle l'a flattée, elle s'est même couché la tête sur lui, et elle a pu dire ce qui s'était passé », raconte Mme Bédard. « J'ai fait l'annonce d'un décès, je savais qu'il y avait des enfants, et j'ai emmené Kanak. Ça a fait une belle diversion pendant que la famille digérait la nouvelle, les enfants étaient un peu mis à part, ils étaient concentrés sur Kanak... »
Mme Bédard raconte qu'elle a parfois envie de serrer des victimes dans ses bras, mais l'éthique et la neutralité de son travail requièrent une certaine distance. À défaut de leur ouvrir les bras, elle est heureuse de voir qu'elles peuvent maintenant se tourner vers Kanak, qui a été entraîné par la Fondation Mira.
D'autres Kanak
Un chien de soutien en milieu policier est une première au Québec. La Fondation Mira vient tout juste de remettre deux chiens de soutien à la Sûreté du Québec et elle a reçu d'autres demandes de corps de police, note Noël Champagne, psychologue et responsable de la R&D chez Mira. Les chiens reçoivent une formation de base, équivalente à celle offerte pour les chiens qui accompagnent des enfants ayant un trouble du spectre de l'autisme (TSA). Le projet du SPS pourrait faire l'objet d'un projet de recherche universitaire. Mme Bédard a aussi été contactée par des gens en France et en Belgique, qui n'ont pas encore de tels chiens.
C'est en lisant un article sur une fillette qui a témoigné contre son père qui l'avait agressée sexuellement et le soutien reçu par le chien de la police de Calgary que Mme Bédard a entendu parler d'une telle initiative pour la première fois.
Des recherches lui ont appris que les États-Unis emploient ces chiens depuis 1989 et qu'ils en comptent 137. On en recense 17 au Canada.