Après avoir rencontré le premier ministre Justin Trudeau pour parler du dossier de son mari Raif Badawi, Ensaf Haidar s’est adressée à la presse régionale et nationale.

Justin Trudeau promet d’agir, soutient Ensaf Haidar

Le premier ministre Justin Trudeau a promis à Ensaf Haidar que le Canada allait agir le plus rapidement possible dans le dossier de son mari Raif Badawi, emprisonné en Arabie saoudite depuis plusieurs années. Le premier ministre a pris le temps de rencontrer Mme Haidar pendant une trentaine de minutes en marge de la retraite de son cabinet des ministres à Sherbrooke.

« C’était bien, j’ai parlé avec M. Trudeau et il m’a donné la promesse qu’il allait faire quelque chose, a mentionné Ensaf Haidar aux nombreux représentants des médias sur place. Je ne sais pas c’est quoi la stratégie, mais il m’a promis de faire quelque chose. Il m’a donné l’espoir. »

À lire aussi:  Ensaf Haidar rencontrera Justin Trudeau

Ensaf Haidar a demandé des détails à M. Trudeau concernant sa rencontre avec le prince héritier lors du G20 en décembre. Elle espère que le Canada en fasse plus que ce qu’il a fait jusqu’à présent.

« Je ne sais pas exactement ce qui se fait avec les gouvernements, mais j’aimerais voir quelque chose. J’aimerais que le Canada en fasse plus parce que je suis canadienne. »

« C’est important pour le premier ministre et pour moi d’avoir l’opportunité de parler directement avec elle et de la rassurer que la situation de Raif Badawi continue d’être une priorité pour le Canada. Nous avons eu une conversation importante pour entendre ses idées et sa perspective. Évidemment, Ensaf Haidar et sa famille sont dans une situation vraiment difficile. Ils ont la sympathie du pays en entier », a mentionné Chrystia Freeland, ministre canadienne des Affaires étrangères, à la sortie de la rencontre. Elle n’a pas répondu aux questions des journalistes. Le premier ministre Justin Trudeau n’a pas non plus rencontré les médias.

Citoyenneté canadienne?
Citoyenne canadienne depuis 2018, Ensaf Haidar réclame la citoyenneté canadienne pour son mari, détenu en Arabie saoudite depuis 2012 pour des propos qu’il a tenus sur son blogue. Le blogueur a été condamné à 10 ans de prison, près de 300 000 $ d’amendes et 1000 coups de fouet, en plus d’une interdiction de quitter le pays au terme de sa peine. Il avait reçu 50 coups de fouet en 2015; l’administration de la peine n’a pas repris depuis.

« Justin Trudeau m’a dit qu’il allait voir. Il n’a pas dit oui, pas dit non », souligne Mme Haidar.

Rappelons qu’en début de journée, la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, a tempéré les attentes d’Ensaf Haidar sur sa demande de citoyenneté canadienne pour son mari.

« Je comprends qu’au niveau symbolique, ça peut être important pour Ensaf, mais au niveau diplomatique, je ne vois pas dans quelle mesure ça pourrait être aidant », a commenté Mme Bibeau.

Selon Hervé Cassan, professeur titulaire à la faculté de droit de l’Université de Sherbrooke et ancien conseiller politique du secrétaire général des Nations Unies, le Canada pourrait théoriquement donner la citoyenneté canadienne à Raif Badawi, mais l’impact sur la situation du blogueur pourrait être pratiquement nul.

« L’octroi d’une nationalité est le pouvoir d’un état et rien n’empêcherait juridiquement l’état canadien d’accorder la nationalité canadienne à Raif Badawi, explique-t-il, mais l’Arabie saoudite ne serait pas concernée par cette décision et ça n’aurait aucun effet sur elle. Abstraitement c’est possible, mais juridiquement c’est compliqué et il n’est pas évident que ce soit la bonne solution. »

« Je crois qu’il faut le voir comme une manière pour Ensaf Haidar de maintenir la mobilisation de l’opinion publique parce que c’est quelque chose qu’on peut bien comprendre », résume-t-il. Avec Isabelle Pion