Christina Hénault, 22 ans, subissait son procès mercredi au palais de justice de Québec.

Vraies menaces, mais faux profil Facebook?

Vous avez un profil Facebook, avec votre nom et votre photo. Des menaces de mort sont envoyées à quelqu’un avec votre profil. Mais êtes-vous bien l’auteur des menaces?

Christina Hénault, 22 ans, subissait son procès mercredi au palais de justice de Québec pour avoir envoyé des menaces de mort par Messenger, l’application de courriel de Facebook, à une rivale amoureuse. 

Au départ, la jeune femme était aussi accusée d’incitation au suicide; la Couronne a annoncé en début de procès qu’elle abandonnait cette accusation.

Été 2017. Marilyne Charest, 21 ans, apprend que Danny Villeneuve, son ami de cœur jusqu’à tout récemment, est déjà en couple avec une autre fille, Christina Hénault.

Marilyne écrit tout son désarroi et sa colère à Danny. Elle recevra un courriel sur l’application Messenger de Facebook venant d’un compte portant le nom et la photo de Christina Hénault.

Les propos que Marilyne reçoit ne sont pas ambigus.

«Hey, salope, tu attends quoi pour te mettre devant un train?

Si tu le fais pas, moi, je vais te crisser devant, t’attacher sur la track et te regarder mourir, crisse de chienne. Allez, fais-nous cette joie-là

Force moi pas à le faire moi-même. Prends une bonne décision.»

En plus des menaces, Christina Hénault aurait écrit à Marilyne de «laisser Danny tranquille» maintenant qu’elle l’avait «perdu».

Le 12 juillet 2017, en pleurs, Marilyne appelle le 9-1-1. Elle affirme que Christina Hénault lui a de nouveau fait des menaces via Messenger. La jeune femme veut de l’aide; elle relit constamment les messages et se demande si elle doit s’enlever la vie.

Marilyne se rend déposer une plainte au poste de la Sûreté du Québec à Pont-Rouge, dans la région où elle vit.

Elle fournit aux policiers une capture d’écran des premiers courriels qui viennent du compte Facebook au nom de Christina Hénault. Elle n’a pu montrer la conversation complète car elle l’avait effacée. Elle n’a pas de copie non plus des deuxièmes menaces.

Marilyne a témoigné devant le tribunal à quel point les menaces l’ont affectée. Elle dit voir toujours une psychologue de façon hebdomadaire.

La brunette aux grands yeux foncés était émue aux larmes lorsqu’elle a dû relire les propos menaçants à haute voix dans la salle d’audience.

Selon l’ex-copain Danny Villeneuve, qui n’est plus en couple avec l’accusée, les deux filles ne s’aimaient vraiment pas. Christina aurait fait des commentaires désobligeants à l’endroit de Marilyne à l’été 2017, lorsque le trio s’est croisé à l’autodrome de Saint-Eustache.

Marilyne a appelé Danny pour lui demander de dire à sa blonde de cesser de la menacer. Christina aurait rétorqué qu’elle n’avait rien à se reprocher.

Christina n’a pas témoigné pour sa défense. Toute la journée, la menue jeune femme aux cheveux bleus a pris des notes d’une écriture brouillonne.

Pas de preuve d’identification

Son avocat MCharles-Olivier Gosselin estime que la poursuite a échoué sur un aspect essentiel : prouver que sa cliente est bien l’auteure des menaces.

«Il n’y a aucune preuve qui place Mme Hénault derrière un clavier et il n’y a aucune preuve que ce profil Facebook appartient à ma cliente, plaide Me Gosselin. Le nom et la photo peuvent donner un indice, mais clairement, ce n’est pas assez pour avoir la preuve de l’identification de l’auteur de la menace.»

En 2019, il y a une «possibilité réelle, très dangereuse», dit Me Gosselin, de condamner des gens simplement sur la base d’une photo de profil associée à un nom.

La procureure de la Couronne Me Édith Jacques se demande bien qui avait intérêt à créer un faux profil au nom de Christina Hénault et à écrire des menaces à la plaignante. Et si Christina Hénault avait été victime d’une telle supercherie, pourquoi n’a-t-elle pas elle-même porté plainte à Facebook, se questionne la procureure.

L’avocat de défense soumet que Marilyne Charest a pu elle-même créer le compte et s’envoyer des messages.

Le juge Steve Magnan de la Cour du Québec rendra son jugement au début mai.