Selon Alan Barnes, ses chiens n’avaient jamais démontré d’agressivité avant qu’ils attaquent une joggeuse, vendredi soir. En début d’après-midi dimanche, les bêtes étaient toujours chez lui.

Violente attaque de chiens à Potton: le propriétaire se dit surpris

Le propriétaire de trois chiens qui ont causé de graves blessures à une joggeuse, vendredi soir à Potton, se dit très surpris de l’attaque de ses animaux. Selon lui, ses chiens n’avaient jamais démontré d’agressivité avant ce jour, mais une autre victime affirme le contraire.

« La dame faisait du jogging, relate Alan Barnes, la mine basse. Ils ont couru vers elle, ils ont sauté dans sa direction et elle est tombée. Ils ont ensuite attaqué. C’est un instinct naturel chez un chien. Ce n’était pas la première fois qu’elle passait dans la rue et il n’était rien arrivé. Je pense qu’avec les bancs de neige, elle n’a pas vu les chiens arriver », dit celui qui n’a pas non plus vu ses chiens attaquer la dame. L’homme avoue toutefois que la barrière de sa propriété du chemin de l’Aéroport était restée ouverte, alors qu’elle est habituellement fermée.

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La victime a passé huit heures sur la table d’opération après l’attaque, selon le maire de la municipalité, Jacques Marcoux. Les autorités ont craint pour sa vie au début, mais la dame se trouve maintenant dans un état stable. 

Yannick Savard aurait été victime d’une attaque semblable l’été dernier. Alors qu’il passait devant la maison de M. Barnes, quatre chiens se seraient dirigés vers lui. Résultat : des morsures aux hanches, aux poignets, à la cheville, à la cuisse, à la fesse, aux côtes et aux mains. Il est allé à l’hôpital pour recevoir un vaccin contre le tétanos. Il s’est fait bander les bras, s’est fait prescrire de la médication et a dû appliquer une crème sur ses blessures. Les cicatrices sont toujours visibles.

« Je suis passé quatre fois devant chez lui, dont trois fois en vélo. Les chiens me couraient après. Toutes les fois, le propriétaire allait dans la rue et les appelait. C’est la quatrième fois, alors que j’étais à pied pour aller à la banque qu’ils m’ont attaqué. Je suis tombé par terre et je les poussais. J’ai réussi à me relever et j’ai couru jusqu’au propriétaire. Quand il m’a vu, il a crié et les chiens m’ont lâché. Il paniquait. C’est lui qui m’a dit que je saignais. [...] Le propriétaire m’a dit que ses chiens étaient agressifs lorsqu’ils ne connaissaient pas la personne », raconte-t-il à La Tribune, ajoutant qu’il a maintenant peur des gros chiens.

Selon lui, il a été compliqué de faire une plainte. « La police se lançait la balle avec la SPA. C’était trop du niaisage, donc je n’ai pas porté plainte. Quand j’ai vu la nouvelle (NDLR de l’attaque de vendredi), j’ai appelé la SQ pour leur dire. Je vais rencontrer un agent cette semaine pour leur montrer mes blessures », décrit M. Savard. 

Yannick Savard a dû être soigné pour de nombreuses morsures, après avoir été attaqué sur le chemin de l’Aéroport l’été dernier. Il entend rencontrer les policiers de la SQ cette semaine.

Premiers répondants traumatisés

Dimanche, les premiers répondants ont eu recours à de l’aide psychologique. « Des premiers répondants sont traumatisés après avoir vécu une situation très éprouvante », explique le maire.

L’enquête de la SQ est en cours.

« Je me sens terriblement mal », assure pour sa part le propriétaire des chiens vraisemblablement de race croisée labrador et pitbull. « C’est vraiment triste. Il y a beaucoup de gens qui viennent ici, et les bêtes n’ont jamais été agressives. Ce sont de gentils chiens. Ce ne sont pas des chiens d’attaque, je n’ai jamais entraîné mes animaux pour attaquer. [...] C’est la première fois que ça arrivait. Ils n’ont jamais montré d’agressivité envers quoi que ce soit. Personne ne sait pourquoi ils ont fait ça. C’est très bizarre », considère Alan Barnes, ajoutant qu’il a emmené ses chiens en Ontario, à Gaspé, et qu’il jouait avec les enfants sans qu’il arrive quoi que ce soit.

C’est M. Barnes lui-même qui a contacté les services d’urgence lorsque l’attaque est survenue. Selon lui, la joggeuse était mal en point. « Elle était dans une condition sérieuse. Je ne sais pas le nom de la dame, j’attends encore des nouvelles. Si quelqu’un pouvait me donner son nom, j’aimerais avoir des nouvelles », déplore celui qui s’exprime en anglais. 

« Je lui souhaite le meilleur, continue Alan Barnes. Je n’ai jamais vu quelque chose comme ça de ma vie. C’est une image qui va me rester dans la tête. »

Le maire Jacques Marcoux

Une situation lamentable

Jugeant l’attaque comme une situation « lamentable, qui affecte tout le monde », le maire Marcoux prévoit rendre visite à la victime à l’hôpital au cours des prochains jours.

« C’est un incident malheureux qui a quand même un impact sur l’image de la communauté, continue-t-il. Celle-ci est rurale et règle générale, la sécurité ne pose pas de problèmes. Dans les jours et semaines à venir, il va falloir rassurer les gens sur la qualité de vie ici et sur la sécurité. »

Le règlement de Potton stipule que les chiens doivent être en laisse dans la partie urbaine de la municipalité et sous le contrôle du propriétaire en milieu rural. « Dans ce cas-ci, est-ce que le propriétaire a exercé le contrôle approprié? Je ne saurais me prononcer, car je n’ai pas tous les éléments. S’il ne l’avait pas, ça devient de la négligence, peut-être même criminelle, puisqu’il y a eu des blessures sérieuses », se questionne M. Marcoux, ajoutant que la population se demande si les mesures de sécurité sont suffisantes.

Les animaux saisis près de 44 h après le drame

 Près de 44 heures après le drame, la SPA de l’Estrie a finalement saisi dimanche après-midi les chiens qui ont attaqué une joggeuse à Potton. Les bêtes sont tout de même restées dans le domicile du propriétaire durant tout ce temps malgré la violence de l’attaque, une aberration selon le directeur général de la SPA des Cantons, Carl Girard. 

« Ce n’est pas normal, affirme-t-il. Quand j’ai su ce matin [que les animaux étaient encore chez le propriétaire], j’étais renversé, ça n’avait aucun sens. Une quarantaine, ça le dit, on veut contrôler l’environnement du chien pour voir ce qui en ressort. Là, les chiens sont ta preuve, la preuve d’une agression sauvage qui aurait pu carrément virer en homicide. Les preuves sont vivantes et ils sont chez le contrevenant! C’est un non-sens. »

« Ça reflète bien la problématique qu’on a au Québec, continue-t-il. On n’a pas de réglementation claire, autant du côté des municipalités qu’au niveau provincial. Quand on fait affaire avec une municipalité sans réglementation, nous sommes pris. Il va falloir que le gouvernement mette ses culottes et oblige les municipalités à s’entendre avec les SPA. »

De son côté, la SPA de l’Estrie confirme que les chiens sont maintenant sous sa responsabilité. « On va évaluer le cadre légal et faire un plan d’intervention lundi, affirme la porte-parole de la SPA-Estrie, Geneviève Cloutier. On doit tout évaluer avant de prendre une décision. Les chiens sont dans la salle flex, isolé des autres animaux. Nos intervenants ont été avertis de la dangerosité des animaux, donc les façons de faire sont différentes pour les sortir. Ils vont prendre les précautions nécessaires. »

Une entente existe entre Potton et la SPA en matière de chiens errants, mais rien en matière de chiens dangereux. « Il y a un règlement municipal qui prescrit les conditions lorsqu’on peut intervenir directement, explique le maire, Jacques Marcoux. Cependant, tout récemment, la SPA a envoyé une offre à la municipalité pour un contrat concernant la gestion des chiens dangereux. Je vais regarder cela dès demain », assure-t-il, ajoutant que la question sera abordée par le conseil municipal à court terme.