Geneviève Paquette, professeure en psychoéducation à l’Université de Sherbrooke, a mené une étude avec sa collègue Alexa Martin-Storey, dans laquelle on apprend que les personnes provenant de minorités sexuelles et de genre sont plus à risque de violences sexuelles au sein des établissements universitaires.

Violence sexuelle dans les universités: les personnes LGBTQ+ plus à risque

50% des personnes trans (non binaires) rapportent avoir vécu des violences sexuelles sur les campus universitaires québécois. Une étude menée par les professeures Geneviève Paquette et Alexa Martin-Storey, de l’Université de Sherbrooke, montre que les personnes provenant de minorités sexuelles et de genre sont beaucoup plus à risque de violence sexuelle au sein des établissements universitaires.

Ces données regroupent plus de 4200 personnes au sein de six universités, soit l’UQAM, l’Université de Montréal, l’Université Laval, l’UdeS, l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Ce sont les institutions qui se sont retrouvées sous la loupe de l’enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU), la première étude au Québec qui a permis de documenter la situation de la violence sexuelle de façon plus large dans les campus de la province. L’enquête avait alors révélé que près de 40 % des répondants ont vécu une forme de violence sexuelle depuis leur entrée à l’université.

Ce concept inclut un large spectre, qui va des remarques à connotation sexuelle, en passant par le harcèlement jusqu’aux agressions sexuelles.

L’enquête, dont les résultats seront dévoilés ce mercredi à l’Université de Sherbrooke, apporte un éclairage nouveau sur les gens qui appartiennent à une minorité.

« Il y a peu d’études en contexte universitaire ou collégial. C’est quand même assez récent qu’on évalue ces risques-là. En plus d’évaluer le risque, on a étudié les contextes. On a travaillé exclusivement sur les étudiants de premier cycle, âgés de 18 à 25 ans », précise Mme Paquette.

Des résultats préoccupant

Résultat préoccupant : les personnes trans non binaires sont plus à risque de rapporter des agressions sexuelles avec contact, comme des attouchements, des tentatives de relation sexuelle ou des relations sexuelles sans consentement que les femmes cisgenres (c’est-à-dire un groupe qui s’identifie au genre assigné à la naissance). Elles sont aussi plus à risque de subir du harcèlement sexuel que les hommes et les femmes cisgenres.

Sur le plan de l’orientation sexuelle, les femmes bisexuelles ou les « queer » sont plus à risque d’être victimes de toute forme de violence sexuelle, davantage que les femmes hétérosexuelles ou les lesbiennes.

Le risque de harcèlement sexuel est aussi plus grand pour les hommes gais que pour les hétérosexuels. « Les tendances sont claires, c’est ce qui est préoccupant », commente Mme Paquette.

L’enquête s’est intéressée au contexte. Elle montre que les personnes trans non binaires sont davantage les victimes des hommes, de même qu’en contexte sportif, que ce soit avec une implication étudiante ou autre.

« Le fait d’avoir une identité sexuelle différente, on sait que ça mène à des conséquences négatives sur le plan de la santé mentale, mais c’est plutôt parce qu’il y a des facteurs sociaux adverses qui sont associés au fait d’appartenir à une minorité. Ces personnes vont vivre davantage de victimisation en général au cours de leur vie... » indique Mme Paquette. Cette trajectoire de vie, marquée par la discrimination, va être intériorisée et va entraîner un risque plus grand de subir d’autres formes de victimisation », renchérit Mme Paquette.

« Les personnes des minorités sexuelle et de genre qui fréquentent des hommes sont plus à risque de subir de la violence sexuelle. On ne peut nier que le fait d’être en contact avec des hommes, via notre orientation sexuelle, pose un risque supplémentaire », commente la professeure.  

L’étude amène aussi des pistes de réflexion sur les mesures à mettre en place.

« Il faut que les personnes qui vont recueillir les témoignages, comme les conseillers en matière de harcèlement, soient formées aux particularités de la communauté LGBTQ+ (lesbienne, gaie, bisexuelle, transidentitaire ou queer). »

« Pour les étudiants qui vont aller frapper à une porte, c’est un peu comme faire une sortie de placard, et donc cela peut constituer un frein important », image Mme Paquette.

La professeure Manon Bergeron de l’UQAM et l’équipe de l’ESSIMU ont aussi collaboré à cette enquête.

Le dévoilement de l’étude aura lieu le 31 janvier à l’agora du Carrefour de l’information de l’UdeS, avec un atelier d’information et d’échange. L’activité aura lieu entre midi et 13 h 30.