Blessing Dugbeh

Viol collectif: « Vous avez emporté une partie de moi avec vous »

« Cette journée-là, vous avez emporté une partie de moi avec vous : ma force, ma joie, mon estime, ma confiance en moi et envers les autres, ma façon de voir les hommes. »

Maintenant majeure, la victime du viol collectif commis par Blessing Dugbeh et de ses acolytes restera marquée à jamais par les gestes commis en février 2017 à Sherbrooke.

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Blessing Dugbeh insiste sur son potentiel de réhabilitation

La jeune femme, qui avait 15 ans au moment des gestes, a lu une lettre au tribunal, mardi, pour témoigner des conséquences du crime sexuel qu’elle a subi.

Dugbeh subissait, mardi, les observations sur la peine concernant les accusations pour lesquelles il a été reconnu coupable par la juge Claire Desgens de la Cour du Québec au palais de justice de Sherbrooke.

La procureure aux poursuites criminelles, Me Marilène Laviolette demande l’imposition d’une peine de six ans de prison. De cette peine, la détention provisoire de 28 mois serait retranchée. L’avocat de la défense Me Guy Plourde plaide que cette période de détention serait suffisante comme sentence. Une probation de trois ans devrait être imposée.

« Si jamais vous avez compris que vous avez amené une part de moi pour toujours, j’espère que vous allez être assez humains et hommes pour me faire de sincères excuses », a demandé la victime.

À la fin de son témoignage, Dugbeh a lu une lettre d’excuses à l’intention de la victime.

« J’espère que tu pourras me pardonner ce que je t’ai fait. Tu ne mérites en rien ce que je t’ai fait. Je sais que tu n’oublieras pas ce que je t’ai fait, mais je te souhaite de passer au travers. Je peux maintenant juste implorer ton pardon. Je te souhaite ce qu’il y a de mieux dans la vie », s’est excusé l’accusé de 22 ans.

C’est à la suite de l’invitation d’une amie pour un chilling que la victime s’est rendue au logement où sont survenus les gestes le 12 février 2017.

La plaignante a manifesté qu’elle ne voulait pas faire d’orgie lors du visionnement d’images pornographiques projetées lors de cette soirée.

La plaignante et un témoin entendu lors du procès se sont d’abord isolés du reste du groupe pour avoir des rapports sexuels.

La juge mentionne que les adolescents, en plus de Dugbeh, sont ensuite arrivés « comme un troupeau » dans la chambre où sont survenus les gestes.

D’autres adolescents et Dugbeh se sont livrés à plusieurs activités sexuelles où plusieurs mains touchaient le corps de la victime.

La victime répétait qu’elle ne consentait pas aux gestes sexuels.

Le tribunal avait retenu que la victime a témoigné que deux gars lui prenaient les mains et que Dugbeh lui prenait la tête en l’obligeant à lui faire une fellation.



« Si jamais vous avez compris que vous avez amené une part de moi pour toujours, j’espère que vous allez être assez humains et hommes pour me faire de sincères excuses. »
La victime

« Une immense boule de stress » 

Apprendre que Blessing Dugbeh était porteur du VIH a été une source de stress importante pour la victime du viol collectif.

La jeune femme signale qu’elle a vécu « une immense boule de stress » lorsqu’elle a appris l’état de santé de Dugbeh.

« J’avais peur de me faire juger par le monde. Je suis allée passer des tests. J’ai vécu du stress, de la colère. J’ai été enragée », indique la jeune femme qui n’a pas été infectée par le VIH.

Blessing Dugbeh doit encore se défendre d’autres accusations d’agressions sexuelles graves mettant la vie en danger de trois autres victimes mineures alléguées entre mai 2016 et septembre 2017.

La preuve au procès de Dugbeh avait révélé qu’il était porteur du VIH, de là les accusations d’avoir mis la vie en danger des victimes alléguées.

La victime du viol collectif affirme qu’elle restera à jamais marquée par cet évènement.

« J’ai peur du jour où il sera remis en liberté. Je me fais de scénarios sur ce qui pourrait m’arriver. J’espère que la sentence va être juste et que je vais me sentir en sécurité », souhaite la victime du viol collectif.

Chaque fois qu’elle entrait dans la salle d’audience, mardi, la victime détournait le regard de son agresseur et des proches de ce dernier. Elle a cependant écouté attentivement les excuses de Blessing Dugbeh.

« Je vis encore aujourd’hui certaines misères. J’ai été dans le déni. Dans plusieurs sphères de ma vie, j’avais déjà des problèmes. J’avais peu d’amis et je n’étais pas bien entourée à la suite de cet évènement. Je me faisais intimider sur les réseaux sociaux. C’était encore plus dur de reconnaître les gestes vécus. Je me suis sentie petite, trahie, sans pouvoir, sans force, sans droit, impuissante, emprisonnée de l’enfer, que ça n’allait jamais arrêter, que j’allais rester prise dans le noir pour toujours, sans issue. Je me suis demandé ce que j’avais fait pour mériter ça. Je me suis sentie comme un objet », a témoigné la victime.

Peine minimale

Détenu depuis avril 2018, l’accusé tente d’éviter la peine minimale de cinq ans qui doit lui être imposée pour l’agression sexuelle en groupe commise sur l’adolescente de 15 ans .

En plus du viol collectif d’une mineure qui comporte une peine minimale de cinq ans, l’individu a été trouvé coupable de contact sexuel sur une mineure, d’incitation à des contacts sexuels sur une mineure pour les évènements du 12 février 2017 ainsi que de menaces de mort et de harcèlement criminel entre février et avril 2018.

Dugbeh a aussi été reconnu coupable de menaces de mort pour avoir mis sur sa story Snapchat un message avec un pistolet et le message « We don’t call 911, we use » avec deux émoticônes de fusils.

« Ce n’était pas un message pour la victime. Si j’avais eu quelque chose à lui dire, je l’aurais fait. Ce n’est pas dans ma nature de faire des menaces. Aujourd’hui, je comprends la peur qu’elle a pu ressentir », affirme Dugbeh.

La poursuite demande une année de prison pour les menaces et cinq années pour le viol collectif.

Le procureur général du Québec demande d’appliquer la peine minimale notamment parce que Blessing Dugbeh était le seul adulte dans la pièce et qu’il se devait de montrer l’exemple.

Témoignage

Muet lors de son procès qui s’est déroulé en mars dernier, Blessing Dugbeh affirme maintenant que le verdict de culpabilité lui a fait prendre conscience de l’ampleur du crime qu’il a commis.

« C’était quelqu’un qui ne m’avait jamais fait de mal. J’avais du respect pour elle. Elle ne m’avait jamais rien fait. Je ne peux rien dire ou faire qui pourrait justifier les actes que j’ai posés. De savoir que j’ai posé un geste envers la sœur ou la fille de quelqu’un, je ne pourrai jamais me le pardonner. Un geste comme ça ne doit jamais être répété par personne d’autre », estime Blessing Dugbeh.