Marcia Desmeules doit payer 250 $ par mois pour rembourser un prêt de 11 000 $ qu’elle n’a jamais contracté, affirme-t-elle.
Marcia Desmeules doit payer 250 $ par mois pour rembourser un prêt de 11 000 $ qu’elle n’a jamais contracté, affirme-t-elle.

Victime d’un arnaqueur, elle doit rembourser 11 000 $

Trois-Rivières — Les fraudeurs usent de tous les stratagèmes imaginables pour parvenir à leurs fins et l’internet leur offre un terrain de jeux aux possibilités presque infinies pour commettre leurs crimes. C’est ce qui est arrivé à une jeune femme de Trois-Rivières qui doit maintenant rembourser un prêt de 11 000 $ qu’elle n’a jamais contracté, affirme-t-elle.

Marcia Desmeules est travailleuse autonome. Il y a quelques semaines, elle a été contactée sur Facebook par un homme qui disait faire des affaires en Alberta et qui cherchait une façon de sauver de l’impôt.

«Il voulait faire des transactions avec des personnes. Il avait besoin d’un spécimen de chèque pour m’envoyer de l’argent. Ensuite, je lui renvoyais 75 % du montant et je gardais 25 %. Je lui envoie le spécimen, c’était pour avoir le 25 %», raconte Mme Desmeules, qui affirme ne pas connaître cet homme.

Trente minutes après avoir envoyé son spécimen de chèque, elle reçoit 11 000 $ dans son compte. L’individu lui demande de retirer l’argent. Les conversations se poursuivent avec un comptable, par messages textes. Mais Mme Desmeules va réaliser peu de temps après qu’elle est victime d’un escroc: l’homme d’affaires a contracté, en son nom, un prêt Accord-D de 11 000 $ auprès de Desjardins.

«J’ai retiré l’argent et j’ai renvoyé 75 % du montant par bitcoins. Quand tout a été fait, il m’a dit que si j’ai des amis qui voulaient faire la même chose, il pouvait faire une transaction par deux mois, mais qu’il avait un ami qui pouvait le faire. J’en ai parlé à une de mes amies, elle a voulu le faire. Elle n’arrêtait pas de recevoir des codes de confirmation sur son cellulaire, la caisse l’a appelée pour parler d’un financement qui était en train de se faire et on a arrêté. Elle a dit au gars d’annuler. Il a envoyé de l’argent dans son compte. Après, on a fait des démarches. C’est de la fraude. Cette personne se trouvait à faire du financement à notre nom avec du vol d’identité. Et tout ce qu’il avait besoin, c’est les informations de caisse avec le spécimen.»

Mme Desmeules raconte avoir réussi à contacter le fraudeur. Quand elle lui a dit que c’était une arnaque, son interlocuteur a eu cette réponse.

«Il m’a dit qu’il était un pantin qui se faisait guider par le diable et qu’il vit de ça! Il en pogne un par semaine. Il continue de le faire. On ne sait pas qui il est, ni où il est.»

Elle a porté plainte à la police pour fraude. Elle a aussi contacté la caisse Desjardins de Trois-Rivières afin de savoir ce que son institution financière pouvait faire dans ce dossier.

Après une enquête, Desjardins lui indique qu’elle est responsable du prêt. Son amie, n’ayant rien fait avec l’argent versé dans son compte, s’en tire mieux.

«Je devrai payer le financement de ma poche. Mon amie n’avait pas renvoyé l’argent au gars, la caisse va payer le financement avec le 11 000 $ qui lui a été transféré, mais elle a payé les intérêts, car il y a eu un premier prélèvement sur la carte de crédit. Desjardins dit que je suis responsable, car j’ai retiré l’argent qui a été transféré, de l’argent que je ne savais pas qu’il m’appartenait. Mais je ne suis pas d’accord avec ça.»

Mme Desmeules se demande comment un simple spécimen de chèque peut permettre à un fraudeur de contracter un prêt au nom d’une autre personne.

«Je dois 11 000 $ à Desjardins à je ne sais pas combien d’intérêt et ils ne font rien pour aider. C’est de l’arnaque, on est tombé dans le panneau. Mais la logique des choses est que personne ne peut faire du financement sans être sûr de l’identité de la personne, avoir sa signature, son numéro d’assurance sociale, savoir ce que tu fais comme travail. Tout ce que le fraudeur avait est un spécimen de chèque. Je ne sais pas comment il a réussi. Il a emprunté 11 000 $ à mon nom avec Accord-D, il disait que l’argent venait de sa compagnie. Il voulait sauver de l’impôt en faisant une transaction. Il cherchait à créer des dépenses. Je n’aurais jamais embarqué là-dedans si je n’avais pas su qu’on peut mettre des dépenses sur un rapport d’impôt. Et c’est légal. Et je me disais qu’il ne peut rien se passer, car c’est lui qui m’envoie de l’argent.»

La caisse Desjardins de Trois-Rivières refuse d’entrer dans les détails d’un dossier d’un membre par souci de confidentialité. Mais comme l’explique Joanie Dufresne, directrice des communications de l’institution financière trifluvienne, il est impossible d’obtenir un prêt Accord-D avec comme seule information un spécimen de chèque.

«En ligne, sur Accès-D, le fraudeur doit avoir accès à la plateforme Accès-D et au mot de passe de la personne. Même pour se connecter, ça prend le numéro de ta carte de débit. Le fraudeur avait plus d’informations qu’un spécimen de chèque», affirme Mme Dufresne, en assurant que ce cas de fraude ne fait pas partie de la fuite de données de Desjardins de juin dernier.

Pour sa part, la police de Trois-Rivières confirme avoir reçu une plainte à ce sujet.

«C’est un dossier complexe, car il y a eu une volonté de la victime de remettre des documents. Ça n’a pas été fait de vive voix, ça a transité par courriels, par textos», déclare le sergent Luc Mongrain, porte-parole de la police de Trois-Rivières.

Le sergent Mongrain mentionne que la police poursuit les vérifications dans ce dossier. D’autre part, il rappelle aux gens d’être prudents quand ils reçoivent ce genre de sollicitations.

«Les gens doivent faire preuve de vigilance au lieu de saisir la bonne occasion pour faire un peu d’argent.»