Les employés d’Estrie Aide retrouvent très souvent des sacs de linge éventrés et des déchets dans le stationnement.

Vandalisme récurrent chez Estrie Aide

De la vitre brisée, des morceaux de linge éparpillés et des déchets sur le sol, le spectacle était désolant aux abords de l’organisme Estrie Aide sur la rue Wellington Sud durant le long congé de la fête du Canada. L’entreprise a cessé d’accepter les dons jeudi matin en raison d’un trop grand volume, mais plusieurs personnes sont tout de même venues déposer des objets après les heures d’ouverture.

La longue fin de semaine de la fête du Canada est une période complètement folle pour Estrie Aide en raison des nombreux déménagements. L’entreprise d’économie sociale a même posté un employé à temps plein devant l’édifice pour signaler aux donneurs qu’elle n’acceptait plus les dons. Durant la seule journée de samedi, c’est plus de 80 donneurs qui ont dû rebrousser chemin.

« Pendant la période des déménagements, c’est fou au quotidien, indique Claude Belleau, directeur général d’Estrie Aide. En soi ce n’est pas un problème, mais quand arrive cette période les gens ne regardent plus vraiment si les choses qu’ils amènent sont en bon état. Les Écocentres sont un peu loin et Estrie Aide est sur le chemin. On se retrouve avec des quantités phénoménales de matériel. Au mieux, ce sont des choses de qualité correcte, mais dont on reçoit à peu près 125 exemplaires pendant la fin de semaine. Au pire, c’est de la scrap que les gens ne veulent pas déménager. Cette année, on s’est dit que ça suffisait et on a décidé de refuser des dons. »

Cette politique n’a toutefois pas empêché plusieurs citoyens de se débarrasser de leurs objets sur le terrain d’Estrie Aide.

« On prend l’exemple de quelqu’un qui a un divan à la maison, le chat l’a grafigné et a pissé dessus. Il y a des trous dedans et il veut s’en débarrasser, image M. Belleau. On ne le prend pas parce que ce n’est pas bon pour nous, mais il va peut-être revenir après les heures d’ouverture et le laisser en face de l’édifice. On voit ça au quotidien. Ce qu’il faut retenir c’est que si ce n’est pas bon pour vous, ce n’est pas bon pour les autres non plus. »

Cette situation laisse ensuite place à des scènes de vandalisme.

« On ne peut pas avoir des employés en place 24 h sur 24 qui surveillent l’édifice, admet-il. Il y a des gens qui se disent que c’est le temps d’aller se servir. À la limite, je n’aurais pas de problème s’ils venaient se servir intelligemment, mais ils défont toutes les boîtes et les sacs. On arrive certains matins et la cour est pleine. Ils se disent qu’ils vont faire du vandalisme en même temps de se servir. »

M. Belleau ne souhaite toutefois pas faire appel aux forces de l’ordre pour régler le problème.

« Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’on doit mettre la police dans le dossier, souligne-t-il. On parle à nos clients, on essaie de leur faire comprendre. On va réaliser des capsules d’information, mais il y a beaucoup de gens qui circulent la nuit autour de l’édifice. C’est devenu un plaisir pour certains de venir fouiller. On a des caméras, on voit les gens qui font ça. On voit que c’est souvent les mêmes, mais je ne suis pas prêt à mettre les policiers là-dedans. Ce ne sont pas des bandits tout de même. On essaie de rester zen devant tout ça. »

Estrie Aide a recommencé à accepter des dons mardi matin.

Des déchets qui coûtent cher

Claude Belleau affirme qu’il coûte extrêmement cher à l’entreprise de se débarrasser des objets inutilisables qu’ils reçoivent en dons.

« J’évalue entre 80 000 $ et 100 000 $ par année les dépenses pour gérer les choses en mauvais état. De recevoir des choses qui ne sont pas réutilisables, ça nous coûte très cher en frais de personnel, temps de gestion, temps de stockage et de transport. On ne veut pas lancer un message négatif non plus parce qu’on a besoin des dons pour travailler, mais il y a certaines périodes de l’année où le sens commun n’existe plus. Les gens travaillent fort et ils n’ont pas envie de commencer à gosser pour se débarrasser de leurs objets, mais est-ce qu’on doit faire les frais de ça ? Je ne pense pas. »

Les coûts liés à la gestion des déchets mettent même en cause la mission sociale de l’entreprise selon M Belleau.

« Chez Estrie Aide, on ne reçoit aucun financement public, résume-t-il. Notre existence est due à notre magasin et notre projet social de réinsertion au travail est financé par le magasin. Si ça me coûte la peau des fesses pour traiter de la matière pas bonne, je ne peux pas faire mon travail de réinsertion de gens qui sont très éloignés du marché du travail. Dans les cinq dernières années, on a créé une cinquantaine d’emplois pour ces gens-là. »