L’accusé, Claude Guillot

Une école chrétienne comme un bunker

Le pasteur baptiste Claude Guillot, accusé de sévices sur six jeunes élèves, avait aménagé chez lui, dans le quartier Chauveau, une école chrétienne aux allures de bunker.

Le pasteur baptiste Claude Guillot, accusé de sévices sur six jeunes élèves, avait aménagé chez lui, dans le quartier Chauveau, une école chrétienne aux allures de bunker.

Guillot, 67 ans, a commencé lundi à subir son procès pour 22 accusations de voies de fait, voies de fait avec lésions, voies de fait armées, séquestration et harcèlement à l’endroit de six garçons, âgés entre 4 et 11 ans au moment des faits allégués. La période d’accusation s’étire de 1983 à 2014.

En faisant témoigner les six plaignants, la Couronne tentera de démontrer que le pasteur a servi des mesures correctrices déraisonnables aux enfants. Selon le ministère public, ces corrections contreviennent à l’article 43 du Code criminel, qui permet aux éducateurs et parents d’utiliser une force raisonnable pour corriger un enfant.

Claude Guillot aurait d’abord commis des infractions en tant que directeur de l’école baptiste de la Bonne Semence à Victoriaville. Il aurait corrigé des élèves à l’aide d’une palette de bois.

Après une mésentente avec les parents, Guillot quitte pour venir s’établir à Québec avec sa famille.

Claude Guillot ouvre alors une école dans le sous-sol de sa maison et dispense un programme d’éducation chrétienne développé aux États-Unis. C’est là que, selon la Couronne, Guillot aurait frappé des élèves, les aurait soumis à un entraînement physique épuisant et les aurait privés de nourriture.

Les cours du programme d’éducation chrétienne se donnaient dans ce sous-sol.

Caméras et verrous

La maison, en briques et en tôle, est banale. Lors de la perquisition, menée en décembre 2014, les policiers verront que l’extérieur de la résidence est surveillé par au moins six caméras.

Sur le comptoir de la cuisine, un écran et un appareil de visionnement permettent à l’occupant des lieux de voir les images captées par les caméras.

Le mobilier de la maison est vieillot, la décoration désuète. Chaque objet semble à sa place et l’ensemble est d’une propreté redoutable.

Des vis ont été installées dans les fenêtres pour les empêcher de coulisser. La manivelle d’une fenêtre a été retirée. 

Chaque porte qui mène à l’extérieur est fermée par deux serrures et protégée par un système d’alarme. Dans une chambre, où sont installés des lits superposés, une pellicule givre la fenêtre, pour bloquer les regards.

Dans les bibliothèques, des dizaines de livres sont rangés dans un ordre strict. Sur les murs s’affichent plusieurs extraits de la bible.

Au sous-sol, un comptoir de bois installé au mur devient un long poste de travail pour les élèves. Le pasteur a aussi son bureau.

Les policiers ont saisi de nombreux ordinateurs portables et tablettes électroniques. Le programme d’éducation chrétienne accélérée (ACE), non reconnu par le ministère de l’Éducation, prévoit spécifiquement l’utilisation de l’informatique dans les apprentissages.

Derrière une porte discrète, Claude Guillot avait amassé une imposante réserve de nourriture. Conserves, craquelins, farine, céréales, jus, soupe; le pasteur avait des denrées pour plusieurs mois.

Début des témoignages

La mère d’un plaignant a expliqué au juge Christian Boulet de la Cour du Québec que trois de ses enfants sont allés à l’école du pasteur Guillot à Victoriaville. Deux des garçons auraient été frappés avec une palette de bois.

L’éducateur n’aurait pas caché avoir fait des corrections physiques, mais affirmait qu’elles étaient faites «avec amour».

Lorsqu’elle a vu qu’un de ses fils avait des marques noires sur les fesses et qu’il ne voulait plus aller à l’école, la mère a décidé de le retirer de l’établissement chrétien.

Une ordonnance de non-publication protège l’identité des plaignants.

Les vis dans les fenêtres servaient en fait de verrous.