«La preuve contre l’accusée paraît accablante et la gravité des infractions saute aux yeux», a dit le juge Serge Champoux, de la Cour du Québec.

«Une cruauté qui dépasse l’entendement»

Le tribunal a refusé, mercredi, de remettre en liberté une mère de Granby accusée d’avoir maltraité ses trois enfants et, dans le cas du plus âgé, de l’avoir battu à répétition.

La mère monoparentale de 37 ans, dont l’identité est protégée, restera donc détenue pour la suite des procédures judiciaires.

Le juge Serge Champoux, de la Cour du Québec, a évoqué « une insensibilité renversante » et « une cruauté qui dépasse l’entendement » chez l’accusée pour justifier que son incarcération se poursuive en attendant son procès, une mesure exceptionnelle.

« Les crimes sont d’autant plus graves qu’il s’agit d’un parent envers ses enfants », a-t-il dit.

En février dernier, à l’arrivée des autorités dans l’appartement de la rue Denison Ouest, a rappelé le juge, les trois enfants de l’accusée âgés de un, trois et 17 ans étaient seuls et vivaient dans une situation « catastrophique ». « L’appartement est dur à décrire avec des mots. »

Hormis l’encombrement général, il y avait « des trous dans les murs, des portes arrachées, des détritus et des excréments partout, mais ce n’était rien en comparaison avec l’état des enfants, surtout le plus âgé ».

Abus de violence

Celui-ci était incapable de marcher et des éraflures à ses genoux témoignaient de sa nécessité à se déplacer à quatre pattes. Il était extrêmement amaigri, avait les muscles atrophiés, de multiples plaies, lacérations et ecchymoses, des dizaines de fractures, des dents cassées et était clairement sous-alimenté. Il souffrait également d’une infection chronique.

Un rapport pédiatrique parle de « présence hautement suspecte d’abus de violence », ce qu’a confirmé le témoignage de l’adolescent. Selon cette victime, sa mère le frappait fréquemment avec ses poings, ses pieds, des objets de métal ou une brique. Il est toujours hospitalisé.

Ses frères étaient de leur côté moins mal en point, souffrant d’ecchymoses et de coupures. Tous présentent des retards de développement.

« Les enfants semblaient vivre dans la terreur », a mentionné le juge Champoux, leur mère les ayant enjoints de ne pas parler à la police ou à la DPJ.

« La preuve contre l’accusée paraît accablante et la gravité des infractions saute aux yeux », a dit le juge Champoux.

Plan de sortie

Encore plus préoccupant, a-t-il ajouté, la mère ne souffre pas de maladie mentale et, contrairement à la preuve déposée, dit n’avoir aucun problème de jeu compulsif ou de toxicomanie. Elle n’a aucun « plan de sortie » et ne semble pas se préoccuper de ses enfants désormais pris en charge par la DPJ.

« Elle n’a de souci que pour sa petite personne », a dit le juge. Tous ces éléments font en sorte que « cela est plus qu’il ne le faut » pour la garder en détention.

L’accusée doit revenir devant la cour vendredi afin de fixer une date pour la suite des procédures judiciaires impliquant ses enfants. Elle fait aussi face à des accusations pendantes de voies de fait, de vol et de fraude.

Elle a protesté face à certaines déclarations du magistrat, mais ce dernier n’en a pas tenu compte.