Pompier à Nantes, Jean-Luc Montmigny a vu le train filer vers Lac-Mégantic alors qu’il rentrait chez lui après l’intervention de 23h35 sur cette même locomotive.

Un pompier a évité le train de la MMA

Un pompier volontaire qui revenait de combattre le feu de locomotive du convoi de la Montréal, Maine & Atlantic (MMA) à Nantes est passé à quelques mètres de se faire happer par ce même convoi ferroviaire qui filait vers le centre-ville de Lac-Mégantic sans conducteur sans moteur et sans lumière, dans la nuit du 6 juillet 2013.

Jean-Luc Montmigny a été appelé à la barre, jeudi, au procès de trois ex-employés de la Montréal, Maine & Atlantic (MMA) au palais de justice de Sherbrooke.
Thomas Harding, Jean Demaître et Richard Labrie sont accusés de négligence criminelle causant la mort de 47 personnes à la suite du déraillement ferroviaire du 6 juillet 2013 à Lac-Mégantic.

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Le pompier Montmigny retournait chez lui en direction du centre-ville de Lac-Mégantic après avoir accompli son devoir lorsqu’il s’est immobilisé au passage à niveau de la route 161 dont les lumières étaient activées. Il a attendu entre 15 et 30 secondes avant de s’avancer.

« Je me posais des questions parce que je n’entendais pas de sifflet ou de moteur de train. Je me suis avancé pour avoir une meilleure visibilité. Je ne voyais toujours rien. J’ai décidé de traverser la voie puis au même moment, le train est apparu devant mon véhicule », a témoigné devant le jury Jean-Luc Montmigny.

Ghislain Rancourt.

Lien immédiat avec l’incendie

Il a immédiatement fait le lien avec le train sur lequel il était intervenu à Nantes à la suite d’un appel reçu à 23 h 35 le 5 juillet.

« Le moteur ne fonctionnait pas. J’ai aussi reconnu les locomotives (...) Pour moi ça ne faisait pas de doute que c’était le même train sur lequel nous venions de travailler », a précisé M. Montmigny en contre-interrogatoire.

Le pompier volontaire qui résidait dans le secteur du passage à niveau a constaté la vitesse élevée du train qui descendait la pente sans lumière. Il a témoigné que le train n’avait aucune flamme.

« Le train allait très vite (...) La vitesse m’apparaissait plus élevée que d’habitude. Les trains ne passent pas à cette vitesse-là d’habitude », estime M. Montmigny.

Le pompier n’a pas attendu que le train passe en entier pour faire demi-tour et retourner à la caserne de Nantes pour avertir ses confrères de la situation.

« Il restait quatre ou cinq personnes dans la caserne. Je leur ai expliqué qu’il y avait un problème avec le train. Que celui sur lequel nous étions intervenus descendait seul vers Lac-Mégantic. Nous avons alors reçu un appel de la centrale d’appel pour un feu à Lac-Mégantic », témoigne le pompier Montmigny.

Intervention

Jean-Luc Montmigny était intervenu à Nantes où il avait combattu l’incendie de la locomotive avec de la mousse.

Lors de l’intervention, il a aussi cherché un bouton d’urgence autour de la locomotive de tête du train de la MMA avec son confrère Ghislain Rancourt.

C’est ce pompier du Service des incendies de Nantes qui a appuyé sur le bouton « Emergency Fuel » placé sur la locomotive de tête du convoi ferroviaire de la MMA.

« La locomotive s’est arrêtée peu après que j’aie appuyé sur le bouton. Le feu s’est arrêté par la suite », a témoigné le pompier Rancourt.

Il a fait la tour de la locomotive pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’autre foyer d’incendie. Il a témoigné n’avoir touché à aucune manette ou disjoncteur de la locomotive.

Le pompier Rancourt ne connaissait pas le contenu du train pas plus qu’il n’a vérifié les autres locomotives du convoi. C’était la première fois le 5 juillet 2013 qu’il intervenait lors de l’incendie d’une locomotive.

Il était en train de ramasser l’équipement de cet incendie lorsqu’il a reçu le « call » sur la pagette « Entraide à Lac-Mégantic ».

Autant Ghislain Rancourt que Jean-Luc Montmigny n’ont perçu de mouvement sur le train à Nantes à la suite de leur intervention.

Un autre officier du service des incendies de Nantes appelé à la barre en fin de journée, Éric Orichefsky, confirme ne pas avoir vu le train bouger lors de l’intervention du 5 juillet.

Les trois pompiers ont témoigné ne pas avoir été au courant que le convoi contenait des matières dangereuses.  

Le procès devant jury présidé par le juge Gaétan Dumas de la Cour supérieure se poursuivra lundi prochain.