Le policier militaire, pompier et ambulancier Éric Turcotte est coupable de crimes sexuels.

Un policier militaire coupable de crimes sexuels

Le policier militaire, pompier et ambulancier victoriavillois, Éric Turcotte, devra répondre de ses actes au cours des prochaines semaines après avoir plaidé coupable à des accusations de nature sexuelle, ainsi qu'à d'autres de harcèlement et de production de faux documents.
L'homme de 49 ans s'apprêtait à partir en mission en Égypte lorsque son passé l'a rattrapé, le 18 mai. La femme qu'il a fréquentée entre 2005 et 2010 a décidé de porter plainte pour les sévices qu'il lui a fait vivre au cours de ces années de relation.
Non seulement les deux individus ont 23 ans de différence, la victime était âgée de 13 ans lorsque l'histoire d'amour a commencé. Turcotte avait alors été invité à donner des cours de premiers soins pour le compte de la Commission scolaire des Bois-Francs. Dès le premier secondaire, l'adolescente a eu un béguin pour le secouriste.
« Elle m'a demandé si j'étais pompier, je lui ai demandé pourquoi et elle m'a dit que c'est parce qu'elle était en feu », raconte l'accusé.
La victime est revenue à la charge au cours des mois et des années qui ont suivi et la relation a évolué. Même s'il avait une conjointe et trois enfants et qu'il savait pertinemment qu'il se retrouvait en position d'autorité, Turcotte s'est prêté à des ébats sexuels et s'est investi émotionnellement.
Constatant qu'il ne laisserait jamais sa petite famille, la victime, qui avait alors atteint l'âge adulte, a mis fin à la relation en 2010. Par la suite, les deux anciens conjoints se sont vus occasionnellement. À certaines occasions, l'accusé aurait voulu retrouver la relation d'antan, mais chaque fois la jeune femme se trouvait amourachée d'un autre. Il admet avoir pu s'être laissé emporter, de là les accusations de harcèlement.
« Je l'ai toujours aimé, mais on était dans une spirale de mensonges et de manipulation, ce n'était pas très sain », affirme-t-il.
« J'ai pensé au suicide »
Appelée à s'exprimer à l'étape des représentations sur sentence, la victime a livré un témoignage au sein duquel elle a exprimé les séquelles laissées par cette relation survenue trop hâtivement.
« Ce que tu m'as fait vivre sexuellement, c'est une chose que je n'oublierai jamais, mais ce n'est rien comparativement à ce que tu m'as fait psychologiquement, a-t-elle lancé. Je devrai consulter longtemps afin de retrouver un équilibre dans ma vie, je ne suis plus en mesure de faire confiance à personne, j'ai l'impression que tout le monde ment, que personne n'est jamais vraiment honnête ».
S'il n'a jamais émis de menaces de s'en prendre à son intégrité physique, la jeune femme est tout de même fort inquiète d'éventuelles représailles de la part de celui qui l'a mal aimée.
« Je cours pour me rendre à ma voiture, j'ai toujours peur qu'il soit libéré, qu'il soit là, qu'il m'attaque et qu'il me tue. Je n'arrive plus à dormir, j'ai pensé au suicide, à me tuer à ma manière plutôt que ce soit lui qui le fasse », a-t-elle ajouté.
Dénoncer et dissuader
La procureure de la Couronne Me Ann Marie Prince a demandé à ce qu'Éric Turcotte soit condamné à deux années d'emprisonnement suivies d'une probation de trois ans pour les gestes à caractère sexuels commis sur sa victime d'âge mineure.
Même s'il ne possède pas d'antécédent judiciaire et qu'il éprouve des remords à l'égard de ses frasques du milieu des années 2000, elle considère que l'on doit envoyer un message clair et que l'emprisonnement dans la collectivité n'y suffirait pas.
Parmi les facteurs aggravants qu'elle a relevés, on retrouve l'âge de la victime - elle n'avait que 13 ans lors de la première relation sexuelle -, la fréquence des actes posés, le statut de l'accusé, qui campait les postes respectables de policier militaire, pompier et ambulancier, ainsi que le climat malsain dans lequel la relation s'est terminée.
« Il avait un statut impressionnant pour une jeune adolescente, qui crée un déséquilibre. Il n'a pas hésité à s'en servir afin d'améliorer sa position. Il a même utilisé l'en-tête de lettre de la défense nationale afin de convaincre la mère de la victime qu'il était une bonne personne et que la relation devait se poursuivre », explique l'avocate.
Une personnalité limite
Me Prince estime que l'accusé souffre d'un trouble de personnalité limite, qu'il a adopté un comportement autodestructeur professionnellement et des valeurs molles, qu'il utilise la fuite et le mensonge à titre de réponse lorsqu'il est confronté.
Elle ajoute qu'il est obnubilé par sa victime et que celle-ci peut avoir raison de craindre pour sa sécurité même en l'absence de menaces directes.
« Il dit avoir besoin d'aide pour l'oublier. Il allait jusqu'à marquer son calendrier d'un x lorsqu'elle ne l'appelait pas et d'un visage souriant lorsqu'elle la contactait. C'est assez représentatif », souligne-t-elle.
Des parents stricts
Appelé à témoigner, le père de l'accusé, Jacques Turcotte, a indiqué qu'il n'endossait aucunement les actions de son fils et qu'il lui avait même déconseillé à plusieurs reprises de vivre une telle aventure. Visiblement déçu de la tournure des événements et de la façon dont son fils a tourné, il s'est tout de même dit apte à l'accueillir chez lui le temps qu'il suive les thérapies appropriées et qu'il reprenne sa vie en mains.
« C'est quelqu'un d'introverti qui n'a jamais eu beaucoup d'amis. Il avait beaucoup de potentiel, mais ne l'a pas développé. On lui a souvent dit que ça allait lui retomber sur le nez. Je crois que maintenant il a besoin de soins et nous nous engageons à payer ce qu'il faudra pour qu'il aille mieux », a-t-il dit.
L'avocat de Turcotte, Me Jean-Philippe Anctil, a demandé à ce que son client soit condamné à une peine lui permettant immédiatement de sortir de prison. Il s'y trouve maintenant depuis sept mois.
Le juge Bruno Langelier rendra son verdict le 13 janvier.