La procureure de la Couronne, Me Nicole Ouellet, demande une peine de cinq ans pour Maurice Gobeil.
La procureure de la Couronne, Me Nicole Ouellet, demande une peine de cinq ans pour Maurice Gobeil.

Un pédophile condamné une troisième fois

« Momo, il voulait toujours que je baisse mes culottes, il était vraiment tannant. Mais là, il est en prison. »

La petite victime de Maurice Gobeil, un pédophile qui en est à sa troisième condamnation pour des gestes à caractère sexuel commis sur une enfant, a raconté, deux jours après l’arrestation du septuagénaire de Chicoutimi comment l’accusé l’avait forcée à le toucher, à frotter ses parties génitales sur les siennes et à lui faire des fellations, sur une période de deux semaines, au début de l’été 2019.

Son témoignage vidéo d’une heure, dans lequel la fillette de six ans est interrogée par un enquêteur de Saguenay, a été diffusé en salle de cour du Palais de justice de Chicoutimi, mercredi matin. Un témoignage extrêmement difficile à regarder et à entendre. Les paroles retranscrites ici pourraient d’ailleurs être difficiles à lire.

Si la procureure de la Couronne, Me Nicole Ouellet, avait pris la décision de diffuser cette vidéo, c’était pour démontrer la grande crédibilité de l’enfant et pour prouver la gravité des gestes commis par Maurice Gobeil.

L’individu de 71 ans est détenu depuis son arrestation, en juin 2019, après que la petite l’ait dénoncé. Il a plaidé coupable à deux chefs d’accusation de contacts sexuels sur une mineure, ainsi qu’à un chef d’action indécente. Il revenait en cour pour les observations sur la peine, mercredi.

Une ordonnance a évidemment été rendue par le tribunal, afin qu’on ne puisse identifier l’enfant.

Ce que l’on peut dire, c’est que Maurice Gobeil n’était pas un inconnu pour la petite fille.

Celui qui représente les intérêts de l’accusé, Me Nicolas Gagnon, estime qu’une peine de 33 mois est justifiée pour son client.

En 2005 et 2008, Maurice Gobeil a été sentencié pour des gestes à caractère sexuel commis sur deux autres fillettes de cinq et six ans, ce qui fait de lui un pédophile récidiviste. Les gestes pour lesquels il a été condamné avaient été commis en 1999 et 2003.

En juin 2019, la troisième victime de Gobeil a raconté à l’enquêteur chargé de faire la lumière sur les événements à quel point elle était tannée de « Momo », comme elle l’appelait dans son témoignage.

Elle a raconté que l’homme mettait ses mains sur ses fesses, son vagin et qu’elle devait « mettre son affaire personnelle dans sa bouche et que c’était méga pas bon ». Elle a expliqué que Gobeil lui demandait de baisser son pantalon et ses petites culottes et qu’il faisait la même chose. Les événements se sont produits à quelques reprises, soit sur une période de deux semaines.

Assise face à l’enquêteur, les jambes croisées et remontées sur le fauteuil et enroulant sa queue de cheval autour de ses doigts, l’enfant a répété à une dizaine de reprises que c’était maintenant terminé, parce que « Momo était en prison ».

« J’étais vraiment tannée, je n’aimais pas ça du tout. C’était beaucoup dégueulasse. Il m’a dit que ça faisait du bien, j’ai dit que non, ça ne faisait pas du bien », a affirmé la fillette, racontant en détail ce qu’elle avait subi.

Assis dans le box des accusés, Maurice Gobeil a écouté le témoignage en baissant la tête à quelques reprises. Les proches de la petite victime étaient également assis dans la salle d’audience.

L’individu a gardé le silence, ne témoignant pas. Il a plaidé coupable rapidement après son arrestation, admettant les touchers, mais affirme qu’il n’y a pas eu de fellations.

Des symptômes traumatiques

Le rapport d’un psychologue qui a évalué les conséquences du crime sur l’enfant a été déposé au juge Pierre Simard, de la Cour du Québec. On y apprend, notamment, que l’enfant a maintenant des difficultés à l’école, qu’elle montre des signes d’agressivité, qu’elle a de la difficulté à dormir en raison de cauchemars et qu’elle craint que son agresseur soit caché quelque part. Elle souffre de symptômes anxieux et traumatiques. Malgré tout, le psychologue affirme que les pronostics de guérison sont assez bons pour la fillette.

Si Maurice Gobeil a plaidé coupable à deux chefs d’accusation de contact sexuel sur la fillette, il a aussi admis sa culpabilité à un chef d’action indécente. Il a admis s’être masturbé sur son balcon, face à la rue, à l’été 2017 et 2018. Un voisin l’avait surpris.

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LE SEPTUAGÉNAIRE RISQUE CINQ ANS DE PÉNITENCIER

« Elle lui a dit qu’elle était tannée. Elle lui a dit qu’elle n’aimait pas ça. Mais monsieur a fait primer ses pulsions sexuelles avant le bien-être d’une enfant de six ans. » La procureure de la Couronne, Me Nicole Ouellet, demande une peine de cinq ans de pénitencier pour Maurice Gobeil. La défense, représentée par Me Nicolas Gagnon, plaide plutôt pour 33 mois de détention.

Le juge de la Cour du Québec Pierre Simard a pris la question en délibéré et rendra sa décision le 8 avril prochain.

La procureure de la poursuite, Me Nicole Ouellet, est revenue sur le passé de Gobeil durant sa plaidoirie, afin de démontrer au juge Pierre Simard qu’une peine dissuasive était nécessaire. « Pour la réhabilitation, c’est trop tard », a affirmé l’avocate. Les antécédents judiciaires de Gobeil en matière d’abus sur des enfants ont été déposés en cour. Dans les deux cas, il s’agissait de touchers sur des fillettes, notamment dans un bain. À sa dernière condamnation, en 2008, il avait écopé de 18 mois de prison.

Me Nicole Ouellet a également expliqué que lors de ses deux dernières condamnations, l’individu avait été contraint à suivre une thérapie pour délinquants sexuels, mais qu’il ne les a pas terminées. Il a même été expulsé de l’une d’entre elles.

Dans le rapport sexologique de Maurice Gobeil, réalisé par un psychiatre de l’Institut Philippe-Pinel, on parle d’un risque « modéré » de récidive.

C’était la même chose en 2008.

En défense, Me Nicolas Gagnon a tenu à apporter quelques nuances. Premièrement, il a affirmé que son client avait reconnu les touchers, mais a toujours soutenu qu’il n’y avait pas eu de fellation ni de frottements. « Mon client a dit qu’il l’avait demandé à la victime, c’est vrai, mais qu’elle a dit non et que ça s’est arrêté là. Mon client a aussi plaidé coupable à la première minute où il a pu le faire », a affirmé Me Gagnon.

Le criminaliste a également ajouté que l’homme avait subi des abus sexuels de la part de religieux dans son enfance.

Selon l’avocat en défense, une peine de 33 mois de détention, assortie d’une probation de trois ans avec suivis et thérapies est appropriée dans le cas de Maurice Gobeil.

Étant détenu depuis le 14 juin 2019, Maurice Gobeil a pratiquement complété un an de détention, en comptant le temps et demi. Si le juge opte pour la suggestion de la défense, le septuagénaire pourrait terminer sa peine dans un établissement provincial.