Gilles fera le ménage, apportera les correctifs nécessaires et relouera l’appartement.

Un loyer saccagé et impayé [PHOTOS]

Le propriétaire d’un immeuble à revenus de Sherbrooke s’est fait jouer un bien mauvais tour par ses locataires. Il a retrouvé son logement avec des trous dans les murs, la toilette et le mur de la salle de bain défoncés, des dizaines de sacs de poubelles dans la cuisine et dans le solarium, des graffitis sur les murs et de la nourriture pourrie un peu partout sur les planchers.

Outre son logement laissé dans un bordel nauséabond, les locataires de Gilles* n’ont pas payé leur loyer... depuis plus de quatre mois. Le propriétaire avait rénové cet appartement quelques années auparavant, en sablant les planchers, repeinturant et divisant et isolant le sous-sol. Il avait investi 26 000 $ dans son bloc, et la plupart des investissements avaient été faits pour ce loyer. 

Jeudi dernier, près de deux mois après s’être plaint à la Régie du logement, les locataires ont été expulsés. Gilles a contacté La Tribune pour sensibiliser les locataires et les propriétaires à cette réalité.

« C’est la crasse partout. Ce sont les jouets, le linge, les poubelles étendus partout. Il manque des portes d’armoire, il y a des portes arrachées et des cadrages. Il ne reste plus un moustiquaire. Les dommages sont d’environ 5000 $, excluant le temps », déplore Gilles, qui louait son huit et demi 800 $ par mois.

« C’est une grande déception, avoue Gilles, les larmes aux yeux. Je leur ai fait confiance. C’est fâchant. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé dans la vie de ces gens. La femme m’a dit que ce n’était pas la première fois qu’ils arrêtaient de payer et qu’ils partaient. Elle m’a dit qu’elle avait fait ça quatre ou cinq fois. On dirait qu’ils se fient sur la bonne volonté des propriétaires pour qu’ils les gardent jusqu’à la fin de l’hiver. »


« C’est la crasse partout. Ce sont les jouets, le linge, les poubelles étendus partout. Il manque des portes d’armoire, il y a des portes arrachées et des cadrages. »
Le propriétaire

L’histoire a commencé alors que les locataires ne payaient plus leur loyer. « Moi, il fallait que je paie mes taxes. Les gens ont l’air à penser que les propriétaires se mettent l’argent dans leurs poches, mais ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Tu paies ton déneigeur, tes taxes, ton hypothèque et à la fin, il n’en reste pas épais. Ça a commencé au mois d’octobre, j’ai attendu jusqu’à après les Fêtes, car ils avaient toutes sortes d’excuses. Je laissais une chance. Un moment donné, quand tu viens ici, tu subis de l’agressivité. » Il a alors décidé qu’il en avait assez et a qu’il était temps d’aller à la Régie du logement. 

Tourner la page

Gilles n’a pas l’intention de poursuivre ses anciens locataires au civil. « L’affaire, ce n’est pas l’argent. Je ne veux pas courir après ces gens-là. J’aime mieux tourner la page et oublier ça. Mais là, je ne veux pas qu’ils fassent le coup à un autre propriétaire. Nous ne sommes pas tous des millionnaires! Ce n’est pas drôle. Ces gens-là causent des brûlements d’estomac. Ils partent et semblent s’en foutre », s’attriste-t-il.

Galerie de photos

Gilles a retrouvé son logement avec des notes écrites au crayon-feutre sur les murs.

Le comportement de certains locataires peut nuire aux autres. « J’ai fait confiance, mais je ne le ferai plus jamais. Il y a des gens qui ne sont pas riches et c’est correct. Ce n’est pas parce que tu n’es pas riche que tu n’es pas honnête », assure celui qui loue des logements depuis une vingtaine d’années.

Que conseille-t-il aux propriétaires afin que cette situation ne leur arrive pas? « Ne croyez pas les gens sur parole. En même temps, j’ai déjà fait confiance à des gens qui avaient passé des bouts moins faciles et je ne l’ai pas regretté. Des gens comme les locataires que j’ai eus, ils t’amènent à barrer tout le monde. C’est la deuxième fois que je regrette. Je n’avais pas fait l’enquête de crédit. Quand je suis arrivé pour la faire, le locataire m’a expliqué qu’il avait eu des problèmes financiers. Un proche avait signé comme endosseur pour les six premiers mois », se rappelle-t-il. 

De son côté, le Service de police de Sherbrooke confirme qu’une plainte a été portée pour méfaits. Une enquête est en cours. 

*Nom fictif

Le dépôt de garantie : la solution ?

Ce n’est pas toutes les semaines que le président du Regroupement de propriétaires d’habitations locatives, Martin Messier, entend parler de situations où des appartements sont saccagés par leur locataire. Cependant, ça arrive. Une solution, selon lui, serait de pouvoir demander un dépôt de garantie.

« On crée une certaine forme d’impunité en empêchant le propriétaire de demander un dépôt de garantie, considère-t-il. En fin de bail, les gens qui endommagent leur logement ont très peu de conséquences au niveau pratique. D’abord, il faut faire une demande à la Régie du logement et les délais sont généralement très longs, affirme-t-il. Ça peut prendre un an et demi ou deux ans avant d’être entendu et d’obtenir une décision. Il y a aussi des difficultés d’exécution pour trouver ce locataire. Il doit présenter certains aspects de faisabilités pour récupérer l’argent. La combinaison de ces trois facteurs fait en sorte que le propriétaire fait face à l’absence de recours pratiques. »

« La solution est simple : le dépôt de garantie, poursuit-il. Ça fonctionne partout ailleurs sur la planète, mais on l’exclut au Québec. L’enjeu tourne autour de ça. »

Qualification

Qu’est-ce qu’un propriétaire peut faire pour éviter une telle situation? « La seule chose que l’on peut faire, c’est de qualifier notre locataire. D’abord, vérifier sa capacité de payer. Ensuite, voir s’il respecte ses obligations. On peut vérifier les registres auprès de la Régie du logement. Les dossiers civils et les dossiers criminels sont également à vérifier. Après, il n’y a pas de remède. Il faut sortir son carnet de chèques et réparer le logement pour le relouer, alors qu’un dépôt de garantie viendrait combler en grande partie cette lacune. Les gens auraient un impact sur leurs actions, ce qui n’est pas le cas actuellement au niveau pratique », explique M. Messier.