La petite Alysse est toujours hospitalisée aux soins intensifs de l’Hôpital Fleurimont, où elle combat notamment une pneumonie.

Un bébé reçoit une surdose de fentanyl

SHERBROOKE — Une erreur dans la quantité de fentanyl administré à un bébé de deux mois a bien failli lui coûter la vie le 23 décembre à l’Hôpital Fleurimont du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

La petite Alysse a été admise à l’Hôpital Fleurimont pour des problèmes respiratoires dans la nuit du 19 au 20 décembre. Les rapports médicaux dont La Tribune a obtenu copie démontrent clairement que la fillette a été victime d’une surdose de fentanyl qui lui a été administrée par un membre du personnel hospitalier. La petite fille aurait reçu une dose de 3,6 mcg/1kg au lieu de 1mcg/1kg.

Chez les enfants, le fentanyl est entre autres utilisé pour contrer la douleur lors d’une intubation. Les enfants doivent ensuite être sevrés du médicament en l’espace de quelques jours, sous supervision médicale étroite.

À la suite de l’administration de la surdose, la fillette a vécu un « code bleu », c’est-à-dire un arrêt cardiorespiratoire.

Les parents ont appris l’incident le 5 janvier par le biais d’un médecin, soit 12 jours après les faits.

La mère n’exclut pas la possibilité de poursuivre l’hôpital si des recours sont possibles.

Pour l’instant, impossible de savoir si la petite fille gardera des séquelles liées à la surdose et à l’arrêt cardiorespiratoire qui ont suivi.

« Alysse est toujours hospitalisée. Elle est stable, elle prend du mieux. Elle est en sevrage », soutient sa maman Zabryna Delaney.

La famille vit des moments difficiles, partagée entre la petite Alysse aux soins intensifs et ses quatre autres enfants. « Je me sens démunie, trahie, car j’avais une confiance aveugle envers les infirmières au chevet de ma fille. Je ne souhaite ça à personne », s’attriste Mme Delaney.

Événement sentinelle

Un rapport d’accident a été produit à la suite de l’administration de la mauvaise dose de médicaments chez l’enfant par le personnel du département.

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS a été mise au courant de la situation en recevant ledit rapport.

« Nous avons aussitôt décidé d’en faire un événement sentinelle. Un comité, piloté par la direction de la qualité, de l’éthique et des partenariats, va mettre en place un comité d’experts pour faire la lumière sur ce qui s’est passé », soutient Annie-Andrée Émond, porte-parole du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Ce sera une enquête très exhaustive », ajoute-t-elle.

Le personnel qui était en place quand l’accident est survenu n’a pas nécessairement fait l’objet de mesures disciplinaires. « Les mesures disciplinaires peuvent être prises quand il est question d’une faute, mais quand c’est un accident ou un incident, il n’en est pas nécessairement question », précise Mme Émond.

Des informations obtenues par La Tribune soutiennent que les infirmières du département de néonatalogie et des soins intensifs pédiatriques de l’Hôpital Fleurimont effectuent beaucoup de temps supplémentaire en raison du manque de personnel. Ce sont des départements où les infirmières, notamment, doivent suivre des formations spécialisées avant d’aller travailler.

La fatigue du personnel aurait-elle pu mener à l’erreur de médication?

« Quand il y a un accident, c’est rarement dû à une seule cause. Ce serait prématuré, à ce stade-ci, de prétendre que c’est la cause de l’accident », explique la porte-parole du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Il est encore très tôt dans le processus pour savoir combien de temps va durer l’enquête sentinelle menée par le CIUSSS. « Il y a de nombreux facteurs à prendre en ligne de compte. Toutes les personnes impliquées seront rencontrées. À ce stade-ci, on ne peut pas s’avancer sur la longueur de l’enquête. Mais ce que je peux vous assurer par contre, c’est qu’elle sera faite avec diligence », conclut la porte-parole du CIUSSS.

Les rapports rédigés dans le cadre d’un « événement sentinelle » ne sont pas rendus publics en vertu des articles 2.1 et suivants du Règlement sur les règles de fonctionnement du Comité de prestation sécuritaire des soins et des services aux usagers, qui garantissent la confidentialité du rapport.

Annie-Andrée Émond souligne qu’il est trop tôt aussi pour savoir quelle sera la ligne de communication dans ce dossier et pour dire si la famille aura accès ou non au rapport.

La famille a besoin d'aide

La famille d’Alysse a demandé de l’aide sur les réseaux sociaux pour les aider à traverser l’épreuve. Les parents ont donc lancé une campagne GoFundMe pour leur permettre d’assumer les frais de déplacement, entre autres, eux qui vivent à Magog et doivent ainsi se déplacer entre Sherbrooke et Magog tous les jours pour passer du temps auprès de leur fille. Les parents espèrent amasser 2500 $.

« Malheureusement, moi et mon conjoint sommes sur le Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) et nous n’avons pas beaucoup de revenus en attendant le retour au travail. Nous avons cinq enfants », indique la maman Zabryna Delaney. Il est possible de les aider sur le site https://www.gofundme.com/bebe-alysse.