Le ministère public demande à la cour d’imposer à Ugo Fredette – déjà condamné à la prison à vie – une période d’inadmissibilité de 50 ans à la libération conditionnelle pour les meurtres au premier degré de Véronique Barbe et d’Yvon Lacasse en 2017.
Le ministère public demande à la cour d’imposer à Ugo Fredette – déjà condamné à la prison à vie – une période d’inadmissibilité de 50 ans à la libération conditionnelle pour les meurtres au premier degré de Véronique Barbe et d’Yvon Lacasse en 2017.

Ugo Fredette: un troublant récit de violence conjugale en 2010

SAINT-JÉRÔME - Sept ans avant de tuer Véronique Barbe, Ugo Fredette a été arrêté dans un contexte de harcèlement et de violence conjugale «pratiquement identique» à celui du meurtre. Incapable d’accepter leur rupture, le meurtrier aurait poursuivi sa conjointe dans la rue et serait monté sur le capot de son véhicule. Une troublante histoire révélée cette semaine lors des audiences sur sa peine.

Un rapport du psychiatre Gilles Chamberland déposé en preuve dépeint un Ugo Fredette contrôlant et harcelant dès le début de sa relation avec Véronique Barbe, à l’été 2010. Ces révélations, qui n’ont pas été présentées au jury lors du procès, l’automne dernier, lèvent le voile sur le passé de l’homme de 44 ans, alors que la Couronne demande de lui imposer la peine la plus sévère de l’histoire du Québec en raison de sa dangerosité et de sa personnalité narcissique.

Le ministère public demande à la cour d’imposer à Ugo Fredette – déjà condamné à la prison à vie – une période d’inadmissibilité de 50 ans à la libération conditionnelle pour les meurtres au premier degré de Véronique Barbe et d’Yvon Lacasse en 2017. La défense conteste la constitutionnalité de cette peine «cruelle et inusitée».

Déjà, en août 2010, Ugo Fredette était «en colère» que sa nouvelle conjointe sorte avec ses amis et refusait que celle-ci rompe avec lui. «Il refuse de quitter l’appartement jusqu’à ce que Madame menace d’appeler les policiers. Monsieur revient néanmoins cogner chez elle dans la nuit», indique le rapport du Dr Chamberland qui résume une déclaration de la victime.

«Craignant» Ugo Fredette, Véronique Barbe se présente au poste de police le 27 août 2010, mais ne porte pas plainte, «car elle culpabilise à l’idée que Monsieur ait un dossier criminel». Le lendemain, elle réitère sa volonté de ne plus avoir de contacts avec lui, mais Ugo Fredette «se met en colère».

Véronique Barbe reste avec lui pour la nuit, «prise au piège», et a une relation sexuelle «dans le but d’agir normalement, parce qu’elle le craignait». Lorsque ce dernier se rend à la salle de bains le matin, elle prend la fuite, pieds nus et en pyjama. Suit une scène rocambolesque.

«Il court derrière elle, nu, dans la rue. Madame se cache dans sa voiture. Monsieur cogne dans la fenêtre, tente d’ouvrir la portière, s’accroche au miroir, monte sur le capot du véhicule. Madame met le véhicule en marche et Monsieur tombe par terre. Elle croit avoir roulé sur sa jambe avec son pneu arrière», détaille le rapport.

Le Dr Chamberland relève qu’Ugo Fredette s’est ainsi retrouvé dans une «situation pratiquement identique» aux évènements de 2017. «Malgré la gravité de ce qui s’était passé à ce moment, Monsieur ne semble pas avoir pu tirer de leçon», analyse-t-il. Cet évènement a peut-être mené Véronique Barbe à développer une «forme d’impuissance à se retirer de [son] emprise», commente-t-il.

Ugo Fredette a été accusé d’agression armée, de séquestration et de harcèlement criminel en 2010, selon les rapports du psychiatre et des Services correctionnels. Ces accusations auraient toutefois été «retirées», indique un rapport des Services correctionnels.

Ugo Fredette aurait indiqué avoir passé quelques jours en détention, puis avoir bénéficié d’une libération sous engagements, selon ce rapport. Le meurtrier aurait possiblement fait l’objet d’un interdit de contacts avec Véronique Barbe, mais aurait avoué ne pas l’avoir respecté d’un commun accord avec celle-ci.

Manque d’empathie, perception que tout lui est dû, besoin d’admiration : le psychiatre expert de la Couronne estime qu’Ugo Fredette présente un trouble de personnalité narcissique. L’expert de la défense, le Dr Louis Morissette, affirme pour sa part que le détenu a des traits narcissiques, mais ne présente aucun trouble.

Ugo Fredette a non seulement une cote de sécurité «maximum», mais affiche un risque d’évasion «élevé», conclut un rapport d’évaluation des Services correctionnels. «Il semble exister plusieurs facteurs militant en faveur d’un risque élevé d’évasion», indique le rapport qui souligne les circonstances de la cavale d’Ugo Fredette.

Des employés des Services correctionnels ont témoigné pour la Couronne et la défense mardi, principalement pour présenter les services offerts au détenu dans les pénitenciers. La défense a songé un moment à faire venir Ugo Fredette à la barre, mais elle s’est finalement abstenue.

Les plaidoiries sur la peine du procureur de la Couronne, Me Steve Baribeau, auront lieu jeudi au palais de justice de Saint-Jérôme devant la juge Myriam Lachance. Ce sera ensuite au tour de MLouis-Alexandre Martin pour la défense.