Après le placement victorieux, Alessandrini (qui saute, à gauche de l’écran) passe devant un joueur du Vert & Or.

Traumatisme testiculaire : un père en furie contre le RSEQ

Les réseaux sociaux se sont enflammés jeudi à la suite d’un statut Facebook publié par le père d’un joueur de football des Stingers de Concordia. Franco Alessandrini dénonçait le fait que le RSEQ (Réseau du sport étudiant du Québec) n’ait pas sanctionné un joueur du Vert & Or de l’Université de Sherbrooke, qui aurait frappé son fils dans l’entrejambe, à la conclusion du match de samedi entre les deux équipes, à Montréal.

En anglais, il explique la situation dans son statut.

« Vince disputait un bon match, après une année d’absence à cause des opérations qu’il a subies, et on pouvait voir qu’il appréciait d’être sur le terrain. Cette joie fut de courte durée, car lorsqu’il a commencé à célébrer avec ses coéquipiers après le placement gagnant, il a été frappé dans les parties génitales par un joueur adverse. On a passé la soirée à l’hôpital et le diagnostic est un traumatisme testiculaire. Cinq jours plus tard, nous voilà de retour à l’hôpital parce qu’il ne peut pas marcher. »

« Ajoutez à cela le RSEQ, qui doit protéger les athlètes, a affirmé qu’il n’y avait pas assez de preuves sur la bande vidéo fournie. Tout ce que je peux dire c’est bravo RSEQ. »

Des propos confirmés par Vincent Alessandrini lui-même, lorsque questionné par La Tribune.

Ce dernier était d’ailleurs à l’hôpital lorsqu’il a expliqué sa version des faits à La Tribune.

« Je suis de retour aux urgences depuis jeudi, car la douleur s’est empirée. C’était mon premier match depuis ma deuxième opération à l’épaule en novembre 2018. Après le placement gagnant, j’étais rempli d’adrénaline et j’ai couru sur le terrain pour célébrer avec mes coéquipiers. Alors que je courais, on m’a délibérément frappé aux testicules. Sur la bande vidéo, on peut voir que je ne tombe pas au sol immédiatement (adrénaline). Trente secondes plus tard, coach Brad Collinson nous a réunis pour nous parler de la victoire et soudainement, j’ai senti des nausées et une intense douleur au ventre, qui m’ont fait tomber au sol. C’était la pire douleur de ma vie. [...] Je suis allé directement à l’urgence, avec mes parents. J’avais de la misère à marcher, ou à aller aux toilettes. La douleur a empiré lors des deux, trois derniers jours et je suis de retour à l’urgence pour passer un deuxième scan. »

Le Vert & Or enquête

Questionné à ce sujet, l’entraîneur-chef du Vert & Or de l’Université de Sherbrooke, Mathieu Lecompte, estime avoir mené une consultation exhaustive auprès de ses services et de ses supérieurs, avant de conclure qu’il n’y avait pas lieu de suspendre son joueur.

« Le père du joueur m’a écrit après le match, et je lui ai précisé que je n’étais pas au courant de l’incident, mais que si mon joueur était fautif, j’allais le suspendre moi-même, bien avant que le RSEQ ne le fasse. Les gestes qui lui sont reprochés, ce n’est pas dans nos valeurs », a dit Lecompte.

« J’ai regardé le clip dimanche, et notre joueur ne change pas sa trajectoire ; il marche vers son banc après le placement gagnant. Il ne démontre aucune intention de frapper quelqu’un. On voit cependant que notre joueur se fait rentrer dedans par un joueur des Stingers, qui sautait et célébrait. À la suite de mon analyse, je n’allais pas suspendre un gars parce qu’il n’a rien fait. J’ai montré la séquence à nos intervenants à l’interne, à mes supérieurs, à la coordonnatrice des services Vert & Or. Le constat était unanime. On a rencontré le joueur (Mickael Badra), et il nous a confirmé ne pas avoir frappé personne. On a reçu l’avis de plainte à la ligue (RSEQ) et la décision est tombée, le RSEQ est arrivé au même constat que nous. »

« J’ai vu que ça a commencé sur les médias sociaux jeudi, qu’on mettait en cause l’intégrité du RSEQ dans le dossier. Je trouve cette situation délicate pour le joueur et sa famille, qui tentent de se faire justice eux-mêmes dans les médias. »

Le RSEQ maintient sa décision

« Nous avons procédé à l’analyse du dossier à la suite d’une plainte reçu par Concordia. On a demandé les pièces justificatives aux deux universités, les preuves nécessaires, mais les vidéos sont filmés d’assez loin, c’était assez difficile de comprendre ce qui s’est passé, et ça ne nous permettait pas de prendre une décision définitive. On ne pouvait pas confirmer, hors de tout doute, qu’un coup avait été porté », a dit le président et directeur général du RSEQ, Gustave Roel.

« On voit un mouvement, le joueur de Concordia saute, célèbre, pendant une vingtaine de secondes. On ne voit pas que le coup a porté, qu’il a eu un effet immédiat ou important. On ne nie pas que le joueur est aux prises avec des problèmes de santé, mais on ne peut établir de corrélations directes, on n’a pas assez d’éléments de preuve. C’est pour cette raison que le commissaire (Benoît Doloreux) a expliqué qu’il ne dit pas qu’il n’y a pas eu de coup, dans son jugement, mais qu’il n’a pas les évidences nécessaires pour en arriver à une conclusion définitive. On ne peut pas y aller par présomption, sinon ça cause préjudice. »

La qualité des bandes vidéos, dans ce cas-ci, est donc mise en question.

« Ces bandes sont d’abord d’ordre technique, et elles sont prises avec une vue d’ensemble. Les matchs diffusés à TVA nous procurent des bandes, ou des angles supplémentaires. On nous dit souvent que le niveau de jeu est rendu très élevé, mais contrairement aux professionnels, les budgets, entre autres pour la prise vidéo, ne sont pas les mêmes », a poursuivi M. Roel.

Ce dernier confirme que le commissaire, depuis l’an dernier, peut enquêter sur des situations d’éthique ou de sécurité, sans qu’une plainte ne soit déposée, et ce, pour des gestes posés avant ou après les matchs.