Tout un immeuble du centre-ville en otage

Un logement d'un immeuble du centre-ville de Sherbrooke sert de lieu de rencontres pour des consommateurs de drogue dure depuis quelques semaines.
Le propriétaire de l'immeuble de la rue Dufferin, Sylvain Rainville
Des locataires et le propriétaire de l'immeuble du 229 de la rue Dufferin se disent pris en otage par un individu et ses visiteurs fréquents qui font jouer la musique à tue-tête, consomment de la drogue, se battent et vont même jusqu'à déféquer et uriner dans les corridors.
Même si les délais d'audition pour une plainte à la Régie du logement du Québec pour non-paiement de loyer sont les plus courts à 1,4 mois, l'expulsion de ce locataire indésirable ne pourra vraisemblablement se concrétiser avant la fin de l'hiver.
« Je ne peux pas les forcer à quitter le logement tant que je n'ai pas un ordre d'expulsion de la Régie du logement. S'ils ne partent pas par eux-mêmes, je ne peux rien faire avant qu'une décision de la Régie du logement soit rendue. Ils devaient être deux dans l'appartement, mais ils y vivent à quatre avec leurs conjointes et parfois des amis. Je reçois des plaintes de mes locataires presque tous les jours », explique le propriétaire de l'endroit, Sylvain Rainiville.
Le locataire en question est débarqué sur la rue Dufferin un vendredi soir, au début novembre, en affirmant devoir se trouver un logement rapidement. Sylvain Rainville a convenu d'une entente verbale avec lui avec l'engagement qu'un bail serait signé le lundi matin.
« J'ai reçu les premières plaintes de mes locataires pour le bruit la nuit suivante. Au lieu de signer le bail, je lui ai demandé de partir. Il a refusé, alors je ne peux rien faire parce que l'entente verbale est considérée comme un bail. Mon seul recours est le non-paiement de loyer, mais je dois attendre le 23e jour du mois. Je lui ai dit de garder l'argent de décembre pour se trouver un nouveau loyer, mais il ne semble pas vouloir partir », constate M. Rainville.
« Crystal Meth » disponible
Des messages ont même été installés dans les corridors de l'immeuble pour signaler la disponibilité de « Crystal Meth » au logement en question.
« Ils ont la peau grise, ils sont maigres, les traits renfoncés et marchent comme des zombies. Ce sont des symptômes de consommation de ce type de drogue. Il y a des bagarres pas mal toutes les nuits. J'ai peur de rentrer chez moi. Ils déposent des poubelles devant ma porte. Ils n'ont aucun respect pour rien », explique une voisine du logement en question qui désire ne pas être identifiée pour ne pas être victime de représailles.
Le Service de police de Sherbrooke confirme être intervenu à huit reprises à cet endroit depuis l'arrivée du locataire en question au début du mois de novembre, dont six fois depuis le 9 décembre. La dernière intervention remonte à la nuit de vendredi à samedi dernier.
« Nous avons reçu des plaintes pour intimidation et voies de fait à cet endroit où nous intervenons régulièrement. Nous ne pouvons expulser des gens sans un ordre de la Cour à la suite d'une décision de la Régie du logement, d'autant plus que nous sommes en période hivernale », explique le porte-parole du Service de police de Sherbrooke, Philippe Dubois
Le propriétaire de l'endroit craint même pour l'intégrité de son immeuble parce que le locataire indésirable alimente en électricité son logement avec une rallonge.
« Je ne leur fournis plus l'électricité, alors ils ont entrepris de se brancher dans les corridors. Ils semblent faire fonctionner un petit poêle avec deux ronds pour se réchauffer. Je possède cet immeuble depuis 1984 et je n'ai jamais vécu de situation semblable pour la quiétude des voisins. Et je n'ai pas encore vu l'état du logement », déplore M. Rainville.
« C'est vraiment dangereux. Au cours de la fin de semaine, les breakers ont sauté à trois reprises. J'ai débranché leur fil, mais ils sont venus me menacer de m'ouvrir en deux. J'ai trouvé des petits sacs blancs avec des résidus de cristaux à l'intérieur », explique François, un locataire de l'immeuble.
Le porte-parole de la Régie du logement du Québec, Denis Miron, confirme qu'un propriétaire ne peut expulser un locataire sans avoir obtenu une décision de la Régie du logement.
« Une fois la décision rendue, le délai d'exécution est de 30 jours, ce qui correspond au délai d'appel. Les causes pour non-paiement de loyer sont celles dont les délais d'audition sont les plus rapides. Un locataire ne peut être expulsé sans motif et sans décision de la Régie du logement », confirme M. Miron.