Mélynda Ortiz a tenté l’expérience de conduire un kart à pédales avec des lunettes simulant la vision d’une personne en état d’ébriété. L’agent de police Claude Toupin, attitré à l’École internationale du Phare guidait les élèves.

Simuler la conduite avec facultés affaiblies pour éviter les dérapages

Sherbrooke — Qui dit bal, dit après-bal, et qui dit après-bal, dit souvent alcool. Vendredi, l’école internationale du Phare a reçu la visite de Kap prévention, un groupe qui organise des activités de sensibilisation aux enjeux de la conduite avec facultés affaiblies en simulant l’expérience pour ses participants.

Grâce à cette activité mise en place par Sherbrooke Ville en santé et ses partenaires du comité Sherbrooke communauté sécuritaire, les élèves prennent le volant d’un kart à pédales tout en portant des lunettes spécialement conçues pour ce genre d’exercice. Ces dernières, qui imitent des taux d’alcoolémie de 0,08 ou de 0,18 mg par 100 ml de sang, permettent de déstabiliser les élèves en brouillant leur perception des distances et de la profondeur, comme l’alcool le ferait. 

Les initiés, titubant, doivent parcourir quelques mètres à pied pour placer le siège sur le kart. Par la suite, ils tâchent de conduire l’engin à travers un parcours étroitement délimité par des cônes.

« Le participant va lui-même se passer le message au niveau du degré de dangerosité et du risque qu’il encourt si lui-même n’est pas capable de faire le parcours au volant d’un vélo et avec un seul des symptômes de l’alcool, dit Michel Letarte, policier à la retraite et concepteur de Kap prévention. C’est très concret de leur permettre de conduire. Assis, on se sent un peu plus invincible, mais on s’aperçoit que non. »

L’élève de 5e secondaire Yanis Dermoun, qui ne portait que les lunettes simulant un taux d’alcoolémie de 0,08 mg/100 ml, soit la limite permise par la loi pour les conducteurs au-delà de 21 ans, a comparé la sensation à celle d’avoir fait plusieurs tours sur lui-même. « Je ne pense pas que j’aimerais revivre l’expérience, ajoute-t-il. Juste comme ça, c’était pas agréable à vivre, alors je n’imagine pas quand on est en état d’ébriété. »

Parmi les intervenants, l’agente Mylène Laplume guidait les élèves dans cette activité, qui s’est déroulée dans le plaisir.
 
« On va dans pas mal toutes les écoles secondaires pour en parler. On sait que c’est les bals des finissants qui approchent, et on ne veut pas d’événement malheureux. »

L’utilisation de l’approche de Kap prévention est toutefois une première à Sherbrooke.

Un problème trop présent

L’agente de police se dit heureuse des commentaires qu’elle entend de la part des élèves, qui semblent pour la plupart surpris par la difficulté de conduire, même à 0,08.

« Quand on regarde les statistiques des jeunes de 16 à 24 ans, il y a beaucoup trop d’accidents. Alcool, distraction, manque d’expérience, téléphone, tous les facteurs sont là », explique-t-elle.

Selon les statistiques recueillies par la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ), les jeunes qui conduisent avec les facultés affaiblies par l’alcool présentent un risque d’accident mortel beaucoup plus élevé que les conducteurs plus âgés.

Ce sont également les conducteurs âgés de 20 à 34 ans qui commettent le plus d’infractions liées à l’alcool, mais le problème est fortement présent dans tous les groupes d’âge, à l’exception des 65 ans ou plus.

En prévision de la légalisation de la marijuana à usage récréatif, Sécurité publique Canada a également déjà mis en branle, depuis la fin 2017, sa campagne « Ne conduis pas gelé », qui cherche à mettre les jeunes en garde contre les dangers de la conduite sous l’influence de drogue.