Simon Fortier quittera le pénitencier à sécurité minimum du Centre fédéral de formation à Laval pour une maison de transition dans le cadre de la semi-liberté qui lui a été accordée.

Simon Fortier confié à une maison de transition

Le cyberprédateur sherbrookois Simon Fortier a été confié, mardi, à une maison de transition spécialisée en délinquance sexuelle.

Derrière son écran d’ordinateur dans l’arrondissement de Fleurimont, Fortier a commis du leurre informatique sur plus d’une centaine de victimes mineures entre mai 2012 et octobre 2014.

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Détenu depuis son arrestation à l’automne 2014, puis condamné à huit ans de pénitencier pour les crimes qu’il a reconnus en 2016, Fortier s’est vu octroyer une semi-liberté par la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC). La maison de transition où il résidera a été choisie pour son programme spécialisé en délinquance sexuelle.

Par trois profils féminins sur Facebook, il disait être en lien avec une agence de mannequins pour approcher les jeunes victimes adolescentes. Il a incité plusieurs de ses victimes à se toucher à des fins sexuelles et à commettre ces gestes sur d’autres fillettes devant la webcam. Il menaçait de rendre publiques des photos ou des vidéos compromettantes ou de répandre des rumeurs sur ses victimes si elles n’obéissaient pas à ses demandes. Certaines des victimes fréquentaient même les écoles primaires où il enseignait. 

Après avoir questionné Fortier sur son cheminement carcéral et sa compréhension de sa criminalité, la CLCC a déterminé que le risque d’autoriser Simon Fortier à quitter la prison pour se rendre en maison de transition était acceptable pour la société.

« Le crime pour lequel vous êtes incarcéré est très grave. Vous avez profité de la vulnérabilité de mineures pour assouvir vos propres besoins sexuels sur une longue période sans tenir compte des conséquences pour les victimes », a signalé la commissaire de la CLCC en rendant sa décision à laquelle La Tribune a assisté au pénitencier à sécurité minimum du Centre fédéral de formation à Laval.

L’ancien enseignant en éducation physique dans deux écoles primaires de Sherbrooke avait été condamné à un total 11 ans de prison le 31 octobre 2016, presque deux ans après son arrestation dans cette affaire.

Il était admissible à une libération conditionnelle totale depuis janvier 2019, mais cette mesure n’a pas été accordée. 

Des conditions de poursuivre un suivi psychologique et d’aviser son agent de toute relation avec des personnes qui ont des enfants de moins de 16 ans ont été imposées dans le cadre de sa semi-liberté.

« Votre cheminement est intéressant et vous avez fait preuve d’introspection. Vous avez suivi plusieurs programmes pour mieux comprendre votre délinquance. Vous êtes conscient des situations à risque et vous connaissez les facteurs de protection si vous avez des pensées déviantes. Cependant, le travail n’est pas terminé et vous en êtes conscient. C’est un travail de longue haleine et vous devrez rester vigilant chaque jour. Vous avez des acquis à faire en collectivité avant que l’on vous accorde une libération totale », a mentionné la CLCC.

Fortier a reconnu des gestes sur un total de 64 victimes qui ont été identifiées et 44 autres victimes ont été découvertes dans l’ordinateur de Simon Fortier.

Devant le tribunal, il avait reconnu une multitude d’accusations de leurre informatique d’enfants, d’incitation à des contacts sexuels, d’extorsion, de production, distribution et possession de pornographie juvénile.

À partir de son ordinateur, il cherchait à attirer des adolescentes non seulement de Sherbrooke, mais aussi de Lévis, Trois-Rivières, Québec, Mont-Joli, Chicoutimi, Saint-Malachie en Beauce, Saint-Félix-de-Valois près de Joliette, Victoriaville, Pointe-aux-Trembles et Edmundston.

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Simon Fortier

Encore plus de victimes

 Attiré par les adolescentes depuis longtemps, Simon Fortier aurait fait plus de victimes que celles qui apparaissent dans l’imposant dossier de leurre informatique qu’il a reconnu.

Devant la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC), mardi à Laval, le cyberprédateur a admis avoir commis des gestes sexuels criminels virtuels à l’endroit de mineurs de 2006 jusqu’à son arrestation en 2014, alors que les accusations comportaient des crimes commis entre 2012 et 2014.

« Je consomme de la pornographie juvénile depuis longtemps », a expliqué Fortier.

C’est en consommant ce type d’images illégales qu’il est tombé sur des sites où de jeunes filles se soumettaient aux fantasmes déviants d’adultes sur le web.

« Elles se faisaient filmer et les gens les observaient. Il y avait plus de 2000 personnes sur le site. Ça m’a réconforté que je n’étais pas le seul. Je ne me souciais pas de ce qui se passait derrière l’ordinateur ou des conséquences pour elles. C’était une déviance que je ne pouvais avouer parce que c’était criminel dès la première fois où j’ai consommé de la pornographie juvénile », se rappelle Simon Fortier.

Simon Fortier explique qu’il est devenu un « spécialiste » pour cacher cette attirance envers les adolescentes.

« J’ai toujours voulu préserver l’image du Simon parfait, mais je mentais. Je me suis emprisonné moi-même en me mettant un cadenas. Après chaque épisode de leurre, je me disais que ce n’était pas si pire. Je ne voulais pas voir les conséquences pour les victimes. C’était dégueulasse. Je ne pense pas cependant que je me serais rendu à les toucher », signale Simon Fortier. 

T-shirt bleu sous un cardigan gris, soigneusement peigné, Simon Fortier a échangé longuement avec les commissaires de la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) sur ses progrès et ses défis pour ne pas retomber dans la criminalité.

Un manque d’estime et de confiance en soi, une difficulté à gérer ses émotions et son anxiété, une distorsion cognitive ainsi que l’abus sexuel par une gardienne dont il a été victime en bas âge sont autant de facteurs qui ont contribué au passage à l’acte pour Fortier.

Cette partie de l’audience concernant son passé marquée par les abus sexuels et l’intimidation a été frappée d’une ordonnance de huis clos.

Lors de son incarcération, Simon Fortier a suivi un programme en délinquance sexuelle. Au cours des derniers mois, il a bénéficié d’une quarantaine de sorties avec escorte pour perfectionnement personnel et service à la collectivité ainsi que de deux sorties pour contacts familiaux. Fortier a mentionné qu’il pourra bénéficier du soutien de sa famille dans son processus de réhabilitation.

Le risque de récidive de Simon Fortier est considéré comme modéré à élevé par les services correctionnels.

« J’ai appris à gérer mes fantasmes déviants. Je vais à des réunions A.A. et j’applique les douze étapes à ma situation. Au lieu d’entendre alcool, j’entends sexualité. J’ai encouragé ce type de fantasme déviant pendant dix à vingt ans. C’est long à défaire, mais ça se défait. Mon cheminement n’est pas parfait, mais ça fait de moi quelqu’un de plus humain », explique Simon Fortier

Détenteur d’une formation universitaire en enseignement de l’éducation physique, Simon Fortier devra se réorienter. En prison, il a notamment complété une formation comme signaleur. Il entend entreprendre des cours universitaires en travail social par correspondance. René-Charles Quirion