Rémi Boisvert est propriétaire d’un immeuble à logements de la rue Short à Sherbrooke.

Sept divans largués sur son terrain

Celui qui se protège avec un système de caméras de surveillances a montré à La Tribune la vidéo de ces deux individus qui viennent et, à l’aide d’une remorque, déposent ces gros rebus sur son terrain. « Je ne laisse pas trainer mes choses. J’aime montrer l’exemple, notamment aux enfants qui viennent à l’école de l’autre côté de la rue. De venir domper les divans chez nous, c’est polisson et arrogant », martèle le propriétaire de 69 ans.

M. Boisvert a contacté les autorités. « J’ai appelé la police pour faire une plainte. Ils m’ont référé à l’environnement à la Ville. Je leur ai raconté et ils m’ont envoyé une lettre quelques jours plus tard en déclarant que j’étais illégal et que je devais me débarrasser de tout ça. Ils m’ont dit que j’étais responsable et que si les sofas étaient encore là le 11 juin, j’allais avoir une amende », assure celui qui est propriétaire de ce bloc depuis 18 ans.

« Je m’attendais à ça de la part de la police et de la Ville. On dirait qu’ils se lancent la balle l’un et l’autre. En plus, j’ai une vidéo. Les policiers auraient pu reconnaître cette remorque dans la ville. C’est désolant », se plaint-il.

« Ça m’a coûté 46 $. J’ai fait deux voyages avec ma camionnette et je ne compte pas mon essence et mon temps. Ça m’a pris une bonne heure en tout. Eux, ils étaient deux. Moi, j’ai charrié ça tout seul. Je trouve ça frustrant. J’espère que ceux qui ont fait ça vont communiquer avec moi pour me rembourser », demande-t-il.

Ce sont ces divans qui ont été largués sur le terrain de M.

De son côté, la Ville de Sherbrooke n’avait pas la même version des faits. Selon eux, la lettre a été envoyée avant que M. Boisvert se fasse envahir de nombreux divans. La lettre ferait état de deux meubles et il n’y aurait pas eu d’autre lettre envoyée par la suite.

Toujours selon la Ville, le propriétaire d’un bâtiment est toujours responsable des rebuts sur son terrain, peu importe s’ils viennent de ses locataires ou non. Selon le règlement municipal 5.7.33.1, « constitue une nuisance le fait par une personne de laisser des déchets, des ordures ménagères ou des objets s’accumuler à l’intérieur ou à l’extérieur d’un bâtiment ou sur l’emprise excédentaire de la voie publique de façon à en affecter la salubrité. Il est défendu de laisser exister de telles nuisances ou de ne pas prendre tous les moyens nécessaires pour faire disparaître de telles nuisances en contravention du présent article ». L’amende est de 149 $ pour la première offense.

Pas une première

Selon le président du Regroupement des propriétaires d’habitations locatives, Martin Messier, il arrive souvent que les propriétaires doivent gérer des rebuts qui ne sont pas des leurs.

« Parfois les locataires des logements à côté viennent porter leurs déchets sur notre terrain, indique M. Messier. Depuis que la Ville a restreint la gestion des déchets, c’est des choses qui arrivent. Je n’en entends pas parler tous les jours, mais ça arrive assez souvent. »

« Normalement, nous sommes assez seuls au monde, poursuit-il. On est obligés de se débrouiller. On combine à ça les restrictions de la Ville, les inspecteurs, le fameux Code du logement. Le premier juillet, les locataires vont sortir leurs gros déchets ou encore pire, ils vont les laisser dans l’appartement. »

Selon lui, la solution passerait par un dépôt de garantie. « On se fait dire par la Régie du logement qu’on n’a pas le droit de demander de dépôt de garantie, mais nous devons livrer l’appartement en parfait état au prochain locataire le 1er juillet. On est souvent entre l’arbre et l’écorce », affirme M. Messier, rappelant que des dépôts de garantie sont demandés un peu partout dans le monde.

Bris dans les logements

Les trois quarts des locateurs ont par ailleurs connu des bris importants dans leurs logements entre 2013 et aujourd’hui, souligne Martin Messier. « Un locataire qui part en brisant son logement, ça coûte en moyenne 4200 $, ce qui est énormément d’argent. Quand on a fait le sondage, 75 % des propriétaires avaient subi un saccage dans les cinq dernières années », déplore-t-il.

« Les gens qui sont disposés à ne pas respecter leurs obligations, ajoute-t-il. Ils disent qu’ils n’ont pas d’obligations de payer les réparations, car ils n’ont pas fait de dépôt et bonne chance pour me courir après, car l’attente pour une audience à la Régie du logement est de deux ans. C’est de l’incitation au crime », résume le président de l’organisme.