Mélissa Villeneuve passera les 45 prochaines fins de semaine en prison.

Retour de voyage gâché par une conductrice ivre

Le voyage de rêve d’une famille de Sherbrooke à Punta Cana a pris fin brutalement lorsqu’une femme et sa mère ont été happées par une chauffarde en état d’ébriété alors qu’elles débarquaient leurs valises à leur résidence.

Mélissa Villeneuve, qui conduisait son véhicule avec plus de deux fois la limite permise par la loi, a perdu le contrôle de son véhicule et foncé droit vers l’Aéronavette où se trouvaient Chantal Gagnon, sa mère de 66 ans, Jocelyne Turcotte et ses deux enfants.

Chantal Gagnon et sa mère ont été blessées lors des événements et gardent des séquelles de ces événements survenus le 9 décembre 2016 dans la cour de leur domicile sur la rue Providence à Sherbrooke.

« Les témoignages des victimes représentent un exemple éloquent de l’impact de la conduite avec les facultés affaiblies sur une famille et l’ensemble de la communauté. On le présume souvent, mais il est éloquent de l’entendre », a indiqué la juge Claire Desgens après le témoignage des victimes, mercredi, au palais de justice de Sherbrooke.

L’avocate de la défense Me Jessyca Duval de l’aide juridique et la procureure aux poursuites criminelles Me Émilie Baril-Côté ont présenté une suggestion commune à la juge de la Cour du Québec.

Mélissa Villenueve avait plaidé coupable à une accusation de conduite avec les capacités affaiblies causant des lésions à deux personnes. Elle a enregistré un taux de 183 mg d’alcool par 100 ml de sang après les événements soit plus de deux fois la limite permise.

La femme de 34 ans purgera une peine de 90 jours de prison les fins de semaine et effectuera 240 heures de travaux communautaires. Une interdiction de conduire de deux ans lui a été imposée de même qu’une probation tout aussi longue où elle devra respecter une série de conditions dont celle de ne pas communiquer avec les victimes au dossier.

« Le geste que vous avez commis et les conséquences pour les victimes auraient pu valoir une peine de détention beaucoup plus longue. Le tribunal doit tenir compte du geste, des conséquences et de votre situation particulière. Je dois tenir compte de votre situation en individualisant la peine. Ce n’est pas une sentence clémente, on parle d’une peine que vous allez purger plus longtemps que douze mois de prison. Vous allez avoir 45 fins de semaine à faire et redonner à la société par les travaux communautaires. C’est une peine raisonnable », explique la juge Desgens.

La procureure aux poursuites criminelles a insisté sur le fait que la peine était individualisée à la situation de l’accusée.

« Cette suggestion tient compte de la situation particulière de Mélissa Villeneuve en lien avec ses enfants. J’avais l’information que personne ne pourrait prendre soin de ses enfants si elle était détenue de façon continue », a indiqué Me Baril-Coté au tribunal.

Mélissa Villeneuve s’est exprimée devant le tribunal. La femme de 34 ans comprend les conséquences des victimes.

« Ce sont des témoignages touchants. Je comprends que j’ai commis une erreur et je veux m’excuser. Si c’était à refaire, je serais restée chez moi. Je n’aurais pas pris le volant », affirme Mélissa Villeneuve qui ne considère pas avoir un problème d’alcool.

« Je n’ai pas besoin de reprendre ce que vous avez entendu. Je suis rassurée que vous ayez voulu vous adresser au tribunal, mais je ne suis pas convaincue que vous ressentiez vraiment les conséquences pour les victimes. Je vous encourage à continuer cette réflexion », a indiqué la juge Desgens.

Chantal Gagnon a vécu les conséquences de la conduite de Mélissa Villeneuve.

« Pourquoi prendre la chance de briser la vie des autres ? »

« Pourquoi prendre la chance de briser sa propre vie et la vie des autres? »

Victime de la conduite erratique de Mélissa Villeneuve, Chantal Gagnon souhaite une prise de conscience des automobilistes.

« Prenez les moyens qu’il faut pour ne pas briser la vie des gens. Lorsque l’accident est arrivé, Nez rouge était en fonction. Il y a aussi les taxis qui offrent le service de raccompagnement », rappelle Mme Gagnon.

Mélissa Villeneuve a perdu le contrôle de son véhicule Mazda 5 dans la nuit du 9 décembre alors qu’elle conduisait en état d’ébriété avancé.

Chantal Gagnon a été happée la première par sa valise qui a frappé sa jambe, puis le véhicule a frappé l’Aéronavette projetant la mère de cette dernière d’une dizaine de pieds.

« En une fraction de seconde, tout a basculé. J’aurais pu être prise entre les deux véhicules. C’est affreux. Durant une fraction de seconde, j’ai cru que ma mère allait y rester. Tout le monde est en vie et les conséquences auraient pu être pire», mentionne Mme Gagnon.

Chantal Gagnon explique que les conséquences de ces événements les bouleversent depuis maintenant plus d’une année. Qui plus est, Mélissa Villeneuve habite au bout de sa rue.

« Nous pouvons la côtoyer jour après jour. J’ai de la difficulté à laisser mes enfants sortir seuls. Je suis constamment inquiet. J’ai peur de me faire frapper à tout moment. Il est difficile de se sentir en sécurité lorsque nous sortons de la maison», mentionne Chantal Gagnon.

Elle ne croit pas aux remords de l’accusée.

« Je ne pense pas qu’elle se souvienne de ce qui s’est passé. Elle était tellement saoule comme le prouve le taux d’alcoolémie. C’est extrêmement pénible d’entendre qu’elle n’assume pas la conséquence des actes. J’espère que la prison et les travaux communautaires vont lui faire prendre conscience de ce qu’elle a fait ce soir-là », souligne Chantal Gagnon.