Me Marc-André Champagne de l'aide juridique.
Me Marc-André Champagne de l'aide juridique.

Procès de Pascal Gagnon : la défense met en question la préméditation

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Sans s’être adressé au tribunal pour sa défense, Pascal Gagnon soutient, par la voix de son avocat, qu’il n’avait pas planifié de tuer Érick Lavoie en décembre 2017 à Sherbrooke.

« Après avoir discuté avec Me Champagne, on a décidé qu’on n’avait rien à ajouter là-dessus. On va attendre votre décision », a indiqué Pascal Gagnon.

Cette déclaration est la seule chose qu’il a dite au tribunal lors de son procès pour le meurtre au premier degré de son ancien partenaire d’affaires en décembre 2017.

C’est d’ailleurs la seule fois que Gagnon a retiré son couvre-visage lors de son procès même s’il en avait la permission du juge Gaétan Dumas de la Cour supérieure.

Dès le début de sa plaidoirie en défense, lundi, au palais de justice de Sherbrooke, Me Marc-André Champagne de l’aide juridique a répété que le meurtre au deuxième degré d’Érick Lavoie le 4 décembre 2017 était admis.

Me Champagne a plaidé que dès le début du procès Pascal Gagnon a admis qu’il avait causé la mort d’Érick Lavoie et qu’il avait l’intention de le faire au domicile de la victime sur la rue Bordeaux.

« Il vous reste seulement à répondre à la quatrième question concernant la préméditation et les propos délibérés ce que la couronne ne vous a pas prouvé hors de tout doute raisonnable », a plaidé Me Champagne.

La défense a fait remarquer au tribunal que les « fils se sont touchés » pour Pascal Gagnon, un individu impulsif qui avait consommé de l’alcool le soir du crime.

Dans sa plaidoirie, Me Champagne a souligné l’absence de propos délibérés dans l’appel fait par l’accusé au 9-1-1.

« Jamais dans ses aveux, il n’y a d’indication de préméditation ou de propos délibérés. Il mentionne avoir pété un coche et son choc post-traumatique. Il n’a pas dissimulé son arme, n’a pas ramassé les douilles et il ne s’est pas caché. Il n’y a pas de comportement qui cherche à cacher un crime », soulève Me Champagne.

L’avocat de la défense reprend l’analogie faite par l’enquêteur lors de l’interrogatoire vidéo du « presto qui a sauté ».

« C’est le contraire du propos délibéré », souligne Me Champagne qui rappelle que Pascal Gagnon a affirmé à l’enquêteur qu’il n’avait pas « sur le cœur » une rage meurtrière envers son ancien partenaire d’affaires.

« Il n’y a rien dans cette déclaration qui fait état de propos délibérés, c’est même le contraire. On parle de presto qui a sauté, de fils qui se sont touchés. Il dit même que l’argent n’est pas une raison pour tuer quelqu’un », a plaidé Me Champagne rappelant que Pascal Gagnon avait affirmé que le meurtre n’était pas planifié.

Me Champagne mentionne qu’il n’y a aucune preuve d’acte réfléchi ou planifié.

« Il se déplace pour un but qui est tout autre que d’aller tuer monsieur Lavoie. Vous avez la preuve par le relevé des tours cellulaires », estime Me Champagne.

« Son arme personnelle a été utilisée et des douilles ont été laissées sur place. La façon dont monsieur Gagnon planifie sa journée. Le fait qu’il se soit déplacé vers l’ouest. En quoi, ça peut entrer dans la théorie d’un acte planifié ? » soulève Me Champagne.

Il rappelle que le ministère public n’a pas une preuve béton sur la préméditation.

« Aucune recherche sur le terme meurtre n’a été faite et n’a été trouvée dans l’ordinateur de monsieur Gagnon », estime Me Champagne.

L’avocat de la défense signale que Pascal Gagnon avait en sa possession dans sa voiture l’arme qui a servi à commettre le crime pour aller la porter chez un armurier.

« L’expert balistique est venu dire qu’à huit mètres le tir pouvait varier d’un pouce. Et vous avez en preuve qu’il est membre d’un club de tir. Il y a deux explications du pourquoi il avait son arme dans son véhicule », plaidé Me Champagne.

Concernant les cibles avec le visage d’Érick Lavoie retrouvées chez Pascal Gagnon, Me Champagne a fourni des explications.

« Du tac au tac, il est capable de dire que c’est une vieille affaire dans les conversations avec les enquêteurs », signale Me Champagne qui rappelle qu’elles avaient été imprimées en mai 2016.

Concernant le cancer, Me Champagne mentionne que Pascal Gagnon avait menti à tout le monde.

« S’il avait le cancer et qu’il ait été mourant, ça aurait pu être un argument (...) Ce qu’on sait, c’est que l’état de santé de monsieur Gagnon n’a rien à voir avec le meurtre de monsieur Lavoie (...) Il n’y a aucun avantage pour monsieur Gagnon par ces mensonges (...) Ils ne fournissent aucun élément sur la planification ou les propos délibérés », estime Me Champagne.