«Après les cinq premiers jours, je n’avais plus peur, j’étais trop fatigué pour ça», dit Maxime-André Brodeur.
«Après les cinq premiers jours, je n’avais plus peur, j’étais trop fatigué pour ça», dit Maxime-André Brodeur.

Perdu en forêt pendant 16 jours

Maxime-André Brodeur célèbrera bientôt son 26e anniversaire et aimerait recevoir un système GPS, une boussole et des cartes pour sa fête.

Drôle de suggestion pour un cuisinier et musicien d’Ange-Gardien, en Montérégie. Mais pas quand on revient de 16 jours de survie en forêt gaspésienne, sans vivres et sans souliers.

«Cinq jours de peur et 11 jours de résilience, précise-t-il. À la fin, je n’avais plus peur. J’étais zen.» 

À cause de la pandémie, son entreprise de traiteur lors d’événements spéciaux est à l’arrêt. «Je me suis dit enfin, je peux profiter de mon été!», raconte M. Brodeur.

Début juillet, il part ainsi pour un chalet qu’il a loué pour trois jours dans le parc national de la Gaspésie.

Arrivé à destination, il s’égare, sa camionnette s’enlise dans la boue et son téléphone n’a plus de batterie. Il décide donc d’aller chercher de l’aide à pied et prépare un sac d’objets de première nécessité.

Sac qu’il perdra quelques heures plus tard en traversant un cours d’eau, dit-il. Tout comme ses sandales, qu’il avait enlevées parce qu’elles le faisaient glisser...

«Les Chic-Chocs, c’est des rivières et des montagnes à perte de vue. J’étais perdu. Et après une heure, j’étais tanné.» 

Nourriture et prédateurs

En panique, il se met à marcher très vite, poursuit-il. Il a les pieds ensanglantés et ses vêtements se déchirent à cause des branches. Les mouches et moustiques, également, lui contestent le territoire. 

Il dit être resté dans cet état sauvage pendant 16 jours, buvant l’eau des rivières et se nourrissant essentiellement de fraises et de framboises qu’il trouve en abondance. Sans oublier plantes et insectes. 

«Je suis cuisinier, alors je savais que le trèfle se mangeait. J’ai aussi mangé des mouches à chevreuil... J’attendais qu’elles se posent sur moi pour les attraper. Plus elles sont grosses, plus elles sont sucrées et croustillantes.»

Comme il fait froid la nuit, il dort durant le jour, accumulant les coups de soleil. Il raconte aussi avoir croisé des ours, sans s’en approcher, et qu’un coyote l’a reniflé à sa première nuit.

Au 12e jour, Maxime-André Brodeur dit avoir trouvé un refuge de chasse et s’être fabriqué des vêtements supplémentaires avec une toile géotextile. Quatre jours plus tard, des chasseurs l’ont retrouvé dans le secteur de Mont-Saint-Pierre et amené à l’hôpital.

Entre-temps, sa famille avait alerté les autorités et disait craindre pour sa vie, car il souffre de troubles bipolaires. La SQ a fait des vérifications sur le terrain et par hélicoptère. Un avis de recherche a également été diffusé par plusieurs médias, dont Le Soleil.

«C’était comme chercher une aiguille dans une botte de foin, indique Claude Doiron, porte-parole de la SQ pour la Gaspésie. Nous confirmons qu’il s’est écarté et qu’il a passé deux semaines en forêt.»

«Il a été chanceux, il fait chaud cet été, ajoute le policier. Ça n’aurait pas été le même résultat en octobre.»

Santé

Ironiquement, Maxime-André Brodeur n’était à la fin qu’à deux kilomètres de sa camionnette, même s’il dit en avoir marché «des centaines». «J’allais souvent vers la droite et j’ai tourné en rond.»

Ne pesant que 150 livres à son départ, l’aventure lui en a fait perdre 20. «Mon corps est fait fort, estime-t-il. Dans ma tête, je pensais à des recettes, je pensais au «après». C’est bizarre, hein?»

Il soutient que sa maniaco-dépression l’a aidé à traverser cette épreuve. «La bipolarité m’a fait survivre, dit-il. J’avais une détermination sans bon sens. Mais je ne sais pas comment mes pieds ont survécu.»

Ils sont encore un peu enflés, dit-il, mais ils cicatrisent.

«Je n’ai jamais pensé que j’allais mourir. Après les cinq premiers jours, je n’avais plus peur, j’étais trop fatigué pour ça. Et j’ai vu que je n’étais pas en danger tant que ça. Je n’ai jamais lâché. Si j’avais abandonné, je serais mort, c’est sûr.»

De retour chez lui, il pense à ses futurs projets, tels que des soupers thématiques avec son entreprise, Festins. Un producteur québécois est également intéressé à transposer son aventure en film, dit-il.

«Je retiens du positif, dit Maxime-André Brodeur. Ça m’a fait grandir. Un homme de la Gaspésie m’a offert de me donner un GPS. Je vais traîner ça maintenant. Et des cartes.»