La procureure aux poursuites criminelles Me Geneviève Crépeau, à droite, accompagnée de sa collègue Me Émilie Baril-Côté.
La procureure aux poursuites criminelles Me Geneviève Crépeau, à droite, accompagnée de sa collègue Me Émilie Baril-Côté.

Pascal Gagnon avait planifié son crime pour l’argent

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
L’argent que Pascal Gagnon avait investi dans la compagnie informatique d’Érick Lavoie, de qui il se disait floué, serait le mobile du crime.

Dans sa plaidoirie présentée lundi, la procureure aux poursuites criminelles, Me Geneviève Crépeau, soutient que le mobile est clairement établi et que le crime était planifié.

Pascal Gagnon est accusé du meurtre prémédité de son ancien partenaire d’affaires le 4 décembre 2017 au palais de justice de Sherbrooke.

La procureure aux poursuites criminelles soutient que la preuve présentée au procès de Pascal Gagnon établit hors de tout doute raisonnable que le meurtre d’Érick Lavoie était planifié, prémédité et réfléchi.

Elle a plaidé au juge Gaétan Dumas de la Cour supérieure qu’il avait tous les éléments pour conclure que l’accusé était fâché et que pour « 37 000 piastres, ça ne pouvait pas rester de même ».

« Il y a plusieurs indications pour affirmer que le meurtre était voulu et planifié », indique Me Crépeau.

Elle signale que dès l’appel fait par Gagnon au 9-1-1 le soir du meurtre, Gagnon réfère au 37 000 $ à l’origine du crime.

« Il dit que ça fait trois ans qu’il a ça en tête », indique Me Crépeau.

Elle soulève que Pascal Gagnon a mentionné qu’il savait ce qu’il faisait en se rendant chez Érick Lavoie dans la soirée du 4 décembre 2017.

Me Crépeau cite la fabrication de la cible, les menaces et le continuum de cette soirée comme éléments de planification. Elle cible aussi les déclarations de Pascal Gagnon aux policiers « ça ne peut pas rester de même », « il fallait que je le fasse » comme des propos délibérés.

« Lorsqu’il est questionné sur la présence de l’arme à feu, il mentionne aux policiers “Je ne traine pas ça pour le fun.” Ça ne tient pas la route qu’il dise qu’il allait à un rendez-vous médical qui n’existe pas dans les faits. Il a amené son arme avec lui sachant qu’il allait s’en servir (...) Il s’est servi du cancer pour s’inventer un rendez-vous le lendemain. C’est ce qui lui a permis de partir de la maison avec son arme », plaide Me Crépeau.

La poursuite a rappelé les multiples déclarations faites par l’accusé le soir du crime.

« Il maintient sa version qu’il devait le faire. C’est très assimilable à quelqu’un qui avait soupesé ce qu’il faisait. Il est alors décrit comme calme, collaboratif, serein », souligne Me Crépeau.

Cibles

Les cibles avec le visage d’Érick Lavoie au centre trouvées près de l’arme du crime doivent être considérées, selon la poursuite, comme des éléments de préméditations par le tribunal.

« La vente des actions de la compagnie a eu lieu deux mois avant la création de la cible. Il n’y a pas eu d’autres contacts par la suite. C’est improbable que la cible lui ait été montrée (NDLR: à Érick Lavoie) », estime Me Crépeau qui rappelle aussi qu’une telle cible trouée par une balle avait été retrouvée.

Se basant sur des éléments de jurisprudence, elle mentionne qu’en matière de préméditation, le plan n’a pas besoin d’être long.

« C’est Érick Lavoie qu’il allait tuer. Le plan qu’il présente à sa femme d’aller coucher chez sa tante avant de se rendre voir son médecin le lendemain est faux. C’est hautement pertinent dans sa planification (...) Il mentionne aux policiers qu’il ne se présente pas pour tuer les enfants ou la conjointe Mélanie Lizotte, mais pour tuer Érick Lavoie », a souligné Me Crépeau.

La poursuite indique qu’il est difficile d’établir de façon précise le début de la planification.

« Qu’il y ait pensé en sortant de chez lui avec l’arme ou en prenant la sortie Deauville, il y a pensé. Prendre son arme, prendre le chargeur, charger l’arme, se rendre à la porte. Il cogne. La porte ouvre. Comme il le dit, monsieur Lavoie n’a eu le temps de ne rien dire et il a tiré huit balles dans le haut du corps. Au moins un des tirs est à moins de deux pieds », relate Me Crépeau.

Le juge Dumas rendra sa décision le 13 octobre prochain.