Les enquêteurs du Bureau des enquêtes indépendantes étaient sur place au lendemain du drame.

Mort de Riley Fairholm: pas d’accusation criminelle contre les policiers

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a annoncé qu’il n’y aurait pas d’accusations criminelles déposées contre les policiers impliqués dans l’intervention du 25 juillet 2018 à Lac-Brome, durant laquelle un adolescent de 17 ans, Riley Fairholm, est décédé sous les balles des policiers.

Les deux procureurs en charge d’analyser le rapport du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) « ont procédé à un examen complet de la preuve » et ont jugé qu’aucune accusation criminelle ne devait être déposée contre le policier qui a fait feu, puisqu’il « avait des motifs raisonnables de croire que l’usage de son pistolet était nécessaire afin de se protéger ou de protéger ses collègues de la mort ou de lésions corporelles graves », indique le DPCP dans une déclaration publiée le lundi 28 octobre. 

Rappel des faits

Le 25 juillet, à 1 h 21 à Lac-Brome, un appel est fait au 911 rapportant un homme seul, armé, mesurant moins de six pieds, vêtu de noir et d’un sac à dos, qui marche sur le chemin Knowlton en direction de Cowansville en criant. Il s’agissait de Riley Fairholm et il était lui-même à l’origine de l’appel au 911. 

Six policiers dans trois autopatrouilles répondent à l’appel et appréhendent l’adolescent dans le stationnement d’un restaurant désaffecté, près de la rue Victoria, à 1 h 43. Un premier policier entame la négociation avec lui, pendant une minute, « il lui demande de lâcher son arme et lui dit que tout ira bien s’il lâche son arme, peut-on lire dans la déclaration du DPCP. Affirmant qu’il planifie ses actes depuis cinq ans, l’homme n’obtempère pas aux ordres donnés. Il semble en crise, brandissant son arme dans tous les sens, puis en direction des policiers. »

Une minute après le début de l’intervention, à 1 h 44, l’un des policiers, à l’abri derrière sa voiture, fait feu une fois et atteint l’adolescent à la tête. Des manœuvres de réanimation sont débutées en attendant l’arrivée des ambulanciers. Le décès de Riley Fairholm est constaté à 2 h 32. 

Dans la déclaration du DPCP, on apprend que plus tôt dans la soirée, « juste avant son appel au 911 [Riley] avait informé des proches qu’il ne souhaitait plus vivre et qu’il allait mettre fin à ses jours ». 

Le rapport balistique a ensuite démontré que l’arme de la victime était un pistolet à CO2. 

Jugement du DPCP

Les procureurs responsables de l’analyse du dossier notent d’abord que l’intervention des policiers auprès de l’individu était légale, puisque celui-ci a lui-même appelé au 911. « On doit conclure qu’il souhaitait la présence des policiers », peut-on lire. 

En fonction des gestes de l’adolescent, de sa non-collaboration, de son refus de déposer son arme, les procureurs écrivent dans leur déclaration que le jeune homme pouvait faire feu à tout moment, ce qui représentait un réel danger pour les policiers. Donc, le DPCP estime que « l’emploi de la force par les agents de la paix était justifié et l’analyse de la preuve ne révèle pas [...] la commission d’un acte criminel par les policiers de la SQ impliqués ». 

Un dénouement attendu

Un des procureurs responsables de l’analyse de la preuve est allé rencontrer la famille pour l’informer de la décision. 

La mère de Riley Fairholm, Tracey Wing, estime toutefois qu’il lui manque toujours des informations pour porter un jugement, mais s’attendait à ce qu’il n’y ait pas de poursuites criminelles contre les policiers qui ont mené l’intervention, a-t-elle déclaré en entrevue téléphonique avec La Voix de l’Est. Elle ajoute néanmoins que les explications du jugement données par la procureure ne l’ont pas convaincue. 

C’est davantage les nouvelles informations qui ont surpris la famille. « Ç’a été plus rapide que je pensais », a déclaré Mme Wing. Elle trouvait déjà que l’intervention avait été rapide, mais ne savait pas encore que celle-ci n’avait duré qu’une minute. 

Elle attend toujours d’avoir accès au rapport du BEI, ce qui pourrait prendre de deux à trois mois. Le coroner publiera son rapport et ses recommandations dans les prochaines semaines. Dans le futur, elle aura aussi accès aux déclarations des témoins. « Mais il y a des choses qu’on ne pourra pas savoir. On ne pourra pas savoir si [le policier qui a fait feu] est un homme ou une femme, son âge, sa formation et son expérience, déplore-t-elle. On va l’avoir éventuellement, mais ça va prendre un peu plus de temps et qu’on fasse d’autres demandes, qu’on écrive d’autres lettres. Comme je fais depuis son décès. »

Un processus qu’elle trouve épuisant et dont elle remet la pertinence en question, puisqu’elle pourra avoir ces informations en bout de ligne. « Je suis une fille tenace, donc c’est certain que je n’arrêterai pas, mais je m’aperçois que si on n’est pas informé qu’on peut faire ces démarches-là et qu’on devient épuisé, je ne suis pas certaine que tout le monde qui serait impliqué dans ces évènements-là prendrait la peine d’aller jusqu’au bout ».

Tracey Wing est allé chercher de l’aide et elle a appris beaucoup des autres personnes qui se sont retrouvées dans une telle situation. 

La mère de Riley est déterminée à poursuivre ses démarches. « Je sens que c’est ça que je suis supposée de faire, et c’est ce que je vais faire », affirme-t-elle.