Montagnes blanches: vaut mieux ne pas atteindre le sommet que de s'y perdre

SHERBROOKE - « Toutes les montagnes ont un potentiel de dangerosité et les montagnes Blanches ne font pas exception », témoigne Michel Caron, un randonneur qui parcourt souvent les Montagnes blanches avec sa conjointe. Pour lui, il ne faut pas avoir honte d'amorcer la descente sans avoir vu le sommet.

« Je n'ai rien à prouver à personne pour aller marcher dans des vents de 100 MP/h, mentionne-t-il. Il n'y a rien de le fun là-dedans. Si les gens y vont quand même, ils ne vont rien voir. Si tu y vas pour voir quelque chose, tu es mieux d'y retourner une autre fois. La notion de ne pas retourner de bord est très courante. De très grands alpinistes sont morts à cause de ça. Ils ont eu l'espèce de vertige de "je suis capable de me rendre". »

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« Sur le nombre de fois que j'ai été dans les montagnes Blanches, je ne peux pas compter le nombre de fois que j'ai décidé de ne pas aller au sommet et de dire "je vais revenir une autre fois" », enchaîne-t-il.

« Quand on sort de la limite des arbres, c'est très différent dans les montagnes Blanches qu'au mont Ham ou au mont Orford, explique M. Caron. À Lafayette, pour certaines personnes, tu en as pour encore une heure [de montée pour atteindre le sommet]. Tu es au gros vent et à la merci des éléments. Rapidement, tu devrais avoir le réflexe de retourner si tu es mal équipé ou si tu n'es pas certain. »

Erreurs

Dans ce genre d'activité, il y a souvent une suite d'erreurs, de mauvaises décisions. « Il peut y avoir la mauvaise décision de décider d'aller plus haut, la mauvaise décision de ne pas bien regarder la météo avant de partir, on n'a pas vu qu'il y avait un front froid ou de forts vents. Le mont Lafayette est sujet aux vents violents. C'est la somme de ces petites erreurs qui va faire en sorte que les gens vont être mal pris », explique l'alpiniste.

Pour lui, les téléphones intelligents ne font pas foi de tout. « Les instruments de navigation, c'est comme une fausse sécurité. Avant les cellulaires, les gens partaient avec l'essentiel : un peu plus de bouffe, un peu plus d'eau, des vêtements chauds, tout ce qu'il faut pour survivre dans des conditions défavorables », constate M. Caron, qui apporte toujours une boussole, une carte et un thermos avec du liquide chaud.

Michel Caron pense qu'il faut anticiper les coups en sachant qu'il est difficile d'avoir de l'aide en montagne. « Il n'y a pas de raison de prendre ces risques. On a d'autant plus de ressources sur le Web pour préparer une sortie. Il y a beaucoup d'informations sur plusieurs sites. Si on suit la météo toute la semaine avant la sortie, on a plus de chance s'il y a épais de neige, par exemple. », commente-t-il, rappelant que la météo pour la journée est aussi assez précise.


« Elles ont fait ce qu'elles avaient à faire. »
Jean-Marie Croteau

Le guide accompagnateur professionnel Jean-Marie Croteau rappelle que la fiche technique de la montagne fait mention de telles situations. « Il est indiqué que, si du refuge, on ne voit pas la crête puisque c'est nuageux, ce qui était le cas cette journée-là, on ne tente pas de faire le sommet. Il n'y aura rien à voir en haut », explique Jean-Marie Croteau, qui dit avoir vécu une situation semblable au mont Lafayette en hiver.

M. Croteau considère que cette situation est « un bon tremplin pour apprendre ». 

« Elles ont fait tout ce qu'elles avaient à faire, elles étaient bien équipées et ont rejoint les secours. Elles n'avaient pas d'application sur leurs cellulaires, mais je pense qu'elles vont s'occuper de ça. Elles étaient deux, avaient de bons vêtements, se sont mises à l'abri du vent. Elles ont fait ce qu'elles avaient à faire. C'est un bon apprentissage pour tous », pense-t-il.

« C'est préférable d'y retourner que de forcer la nature », résume l'expérimenté marcheur.