Moins de Canadiens refoulés à la frontière sous l'ère Trump

Moins de Canadiens n'ont pu entrer aux États-Unis par les douanes au cours des derniers mois malgré les inquiétudes grandissantes à ce sujet depuis l'arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump, indiquent des données obtenues par La Presse canadienne.
Le nombre de Canadiens ayant été refusés aux points de passage terrestre obligatoires entre le mois d'octobre dernier et la fin de février a chuté de 8,5% par rapport à la même période de cinq mois, un an auparavant, selon des données du gouvernement américain.
Le nombre total de touristes canadiens n'ayant pu accéder au territoire américain a également diminué: 6875 des 12 991 027 touristes canadiens ont été refoulés à la frontière, un taux de 0,05%. Entre octobre 2015 et février 2016, ce chiffre s'élevait à 7619 sur 13 173 1000, un taux de 0,06%.
Ces données, confirmées par l'agence des services frontaliers américains, contredisent les nombreux reportages anecdotiques sur des Canadiens s'étant vu refuser l'entrée chez l'Oncle Sam.
Plusieurs Canadiens frustrés par cette situation ont jeté le blâme aux nouvelles politiques de l'administration Trump, soulignant les deux décrets-lois visant à empêcher l'accès aux États-Unis à des citoyens provenant de plusieurs pays dont la population est à majorité musulmane. Ces deux décrets ont été suspendus par le système judiciaire américain.
Une étude plus poussée des données révèle aussi une forte diminution du nombre des Canadiens refusés à la frontière américaine au cours des deux premiers mois de l'année: 2600 comparativement aux 3500 qui l'avaient été en janvier et février 2016.
Les défenseurs de l'immigration et des droits de la personne au Canada conseillent de lire ces données avec prudence. Selon eux, elles ne révèlent pas toute la réalité.
Lorne Waldman, un avocat spécialisé en droit de l'immigration, dit recevoir un plus grand nombre d'appels de gens prévoyant aller faire un séjour aux États-Unis qui veulent s'assurer d'avoir les bons documents. La diminution du taux de refus peut être attribuable au fait que les gens sont tout simplement mieux préparés qu'auparavant.
«Les gens au Canada avaient l'habitude de tenir pour acquis qu'il n'avait qu'à se rendre à la frontière, mais ce n'est plus le cas, souligne-t-il. La prise de conscience résultant de toute la publicité entourant l'immigration a amené les gens à être plus prudents à ce sujet.»
Les nouvelles données américaines n'identifient pas les causes des refus. Il existe plus de 60 raisons pour être refoulé à la frontière américaine. On ne sait pas pourquoi les gens le sont.
Me Waldman ajoute que la baisse des refus signifie peut-être qu'un moins grand nombre de Canadiens se rendent aux États-Unis. Après tout, avance-t-il, un certain nombre de groupes et d'organisations ont annoncé qu'ils avaient annulé des séjours en sol américain.
Ainsi de la plus importante commission scolaire au pays, la Commission scolaire du district de Toronto - qui compte 245 000 élèves - a annoncé jeudi qu'elle suspendait indéfiniment tout voyage scolaire aux États-Unis à cause des incertitudes concernant les restrictions à la frontière.
Le nombre de refus n'est pas seulement la seule source d'inquiétude, dit la directrice du Projet sur la confidentialité, la technologie et la surveillance de l'Association canadienne des libertés civiles, Brenda McPhail.
«On s'inquiète aussi de l'augmentation du nombre des détentions temporaires et des fouilles intempestives, comme la fouille des appareils électroniques, indique-t-elle. Les données ne disent pas si le nombre de fouilles a augmenté, si la période d'attente pour les gens qui sont détenus à la frontière avant de les laisser entrer (aux États-Unis) a changé.»