Pierre Paquin, grand-père de la victime et Me Marie-Line Ducharme, procureure aux poursuites criminelles.

Michée Roy écope 12 ans

Impassible, fixant droit devant lui, Michée Roy de Richmond a accueilli sans broncher la peine de 12 ans qui lui a été imposée pour l'homicide involontaire coupable de son enfant.
Une fois la détention provisoire retranchée de la peine, ce sont 103 mois en prison, soit huit ans et sept mois, que la juge Claire Desgens de la Cour du Québec a imposés à Michée Roy, lundi, au palais de justice de Sherbrooke.
Roy avait été reconnu coupable d'avoir causé la mort de son enfant de 69 jours après l'avoir secoué violemment.
« Nous demandions une peine entre douze et quatorze ans de prison. Je croyais que les gestes valaient une telle peine (...) La gravité des gestes envers un enfant de 69 jours et une mobilisation tardive de l'accusé ont été notamment retenues par la juge. Il ne reconnaît pas les faits à ce jour, mais le verdict de culpabilité a été porté en appel », rappelle la procureure aux poursuites criminelles au dossier, Me Marie-Line Ducharme.
Par les gestes de Roy, le 1er janvier 2015, l'enfant a subi un traumatisme crânien non accidentel (TCNA), autrefois appelé syndrome du bébé secoué.
En le secouant violemment, Michée Roy a ainsi provoqué le décès de son fils Kylen Roy le 7 juin 2015.
« Michée Roy a fourni plusieurs explications concernant les blessures de son fils, mais aucune ne correspond aux blessures décrites dans les rapports médicaux et ses explications sont invraisemblables », a rappelé la juge Claire Desgens en imposant la peine à Michée Roy.
Facteurs aggravants
La juge a retenu plusieurs facteurs aggravants pour justifier la peine de douze ans, soit une sentence qui se situe parmi les plus sévères, selon la jurisprudence, pour un cas semblable commis dans les mêmes circonstances.
L'âge de l'enfant, le fait que Michée Roy soit son père et doive le protéger et qu'il avait la confiance de la mère de l'enfant qui lui en avait confié la garde ont été retenus par la juge Desgens.
Elle a aussi noté que Michée Roy avait menti au personnel médical pendant plusieurs mois concernant les événements qui avaient mené à l'état neurovégétatif, puis au décès de son fils.
« Il est impossible de conclure que Michée Roy voulait faire du mal à son enfant. Mais les gestes de violence, de perte de contrôle et de frustration démontrent qu'il ne se souciait pas des conséquences qu'il pourrait avoir sur la vie de son enfant », a expliqué la juge Desgens.
Les nombreux antécédents judiciaires de Michée Roy depuis 1995 de même que le risque de récidive ont été considérés dans l'imposition de la peine.
L'attitude de Michée Roy à la suite du décès de son fils, dont sa volonté de disposer rapidement du corps de l'enfant en mentionnant qu'il voulait le « brûler au plus crisse », ses propos prononcés à une agente des services correctionnels concernant le fait que les enfants de zéro à quatre ans étaient des êtres égoïstes et qu'il n'y voyait aucun intérêt de même que son attitude méprisante envers la préposée du 9-1-1 qui voulait l'aider à réanimer son fils ont été signalés par la juge.
« Ces propos démontrent un manque élémentaire de retenue et d'empathie envers les êtres humains qui l'entourent. Ces paroles sont révélatrices de la personnalité de l'accusé et de ses valeurs », estime la juge Desgens qui a aussi noté le caractère impulsif de l'accusé qui compte 23 manquements disciplinaires en prison, dont treize pour des gestes de violence.
« On n'oubliera jamais »
Le grand-père de l'enfant, Pierre Paquin, qui a suivi toutes les procédures judiciaires, considère que justice a été rendue.
« C'est une peine importante qui a été donnée. Michée Roy a beaucoup de travail à faire. Je ne voudrais pas vivre dans sa souffrance parce que ça doit être affreux. Ce n'était pas facile de le côtoyer. Il n'a jamais été agressif avec moi, mais il essayait de m'intimider. On n'oubliera jamais ce qu'il a fait », soutient Pierre Paquin, qui espère reprendre contact avec sa fille.
Présente tout au long des procédures judiciaires, la conjointe de Michée Roy était toutefois absente lors de l'imposition de la peine.
C'est Me Félix-Antoine Doyon qui assurait la défense de Michée Roy.