La Sûreté du Québec a déployé son poste de commandement à Trois-Rivières dans l’espoir de faire progresser l’enquête sur le meurtre de Michel Boulianne qui date de 1985.

Meurtre de Michel Boulianne en 1985: des souvenirs ravivés

Trois-Rivières — Michel Levasseur n’avait que 24 ans à l’époque, mais il était déjà chauffeur de taxi. Trente-quatre ans plus tard, il se souvient très bien de la mort de Michel Boulianne. Les policiers lui avaient demandé de vérifier le taximètre de la voiture dans lequel le père de famille de 36 ans avait été retrouvé mort. Il se rappelle de la lourde banquette qui était très endommagée et du sang.

«C’est l’événement le plus tragique qui s’est produit dans le milieu du taxi à Trois-Rivières», déplore-t-il.

La division des disparitions et des dossiers non résolus de la Sûreté du Québec tente de faire progresser l’enquête de ce meurtre datant de 1985. Elle a tenu un poste de commandement, toute la journée jeudi, dans le stationnement du Super C du boulevard du Saint-Maurice, à Trois-Rivières, dans l’espoir de recueillir de nouvelles informations qui permettront de ne pas laisser ce crime impuni. «On va à la rencontre des gens, et on espère qu’on va découvrir la clé qui va faire avancer le dossier et l’amener à une autre étape», explique la sergente Éloïse Cossette, porte-parole de la Sûreté du Québec.

Michel Boulianne avait été appelé au bar Le Gitan très tard dans la nuit du 25 août 1985. «C’est le dernier voyage qu’il aurait fait», mentionne M. Levasseur. En effet, après cet appel, c’est le néant. «Il s’était rendu au bar Le Gitan au courant de la nuit de travail du 25 août 1985 pour aller chercher des clients, et par la suite, les gens étaient restés sans nouvelles de lui. Ce n’est que deux jours plus tard qu’il a été retrouvé inanimé dans son véhicule stationné dans la cour d’une école sur la rue Saint-François-Xavier. À l’époque, l’expertise de la scène avait conclu à un homicide», raconte la sergente Cossette.

M. Levasseur se souvient d’avoir sillonné les rues à la recherche du taxi de M. Boulianne. Il a été surpris à l’époque d’apprendre qu’il avait été retrouvé le matin du 27 août sur la rue Saint-François-Xavier. «Saint-François-Xavier et Saint-Maurice, ce sont des rues où on passe régulièrement. Je ne peux pas croire qu’il a passé deux jours dans la cour d’école. Il n’était pas caché, il était le premier sur le bord du trottoir.»

Ce crime avait évidemment causé une commotion chez les chauffeurs de taxi. «C’était un gros drame. On se demandait ce qui s’était passé. On se disait que ça ne se pouvait pas. Ça avait traumatisé le monde.»

M. Levasseur était alors mandataire de la Commission des transports. Il validait les taximètres. Les policiers lui avaient demandé de venir vérifier le taximètre de M. Boulianne. «Quand j’ai vu le siège de l’auto penché... je le vois encore. C’était quand même une Oldsmobile 98. Le siège avait peut-être dix, douze pouces d’épais. On voyait qu’il avait été forcé», raconte-t-il. Selon les articles du Nouvelliste de l’époque, le père de famille aurait reçu une vingtaine de coups de couteau. Le vol pourrait être le mobile.

Michel Levasseur, ancien chauffeur de taxi, se souvient de la commotion qu’avait suscitée la mort de Michel Boulianne.

M. Boulianne conduisait la voiture numéro 15 pour Taxi Coop. Ce numéro a été retiré à la suite du drame.

L’article du Nouvelliste sur les funérailles relatait que quelque 150 voitures de taxi avaient pris part au cortège funèbre.

La relance de l’enquête a ravivé les souvenirs de M. Levasseur, qui a été dans le domaine du taxi pendant 37 ans et président de Taxi Coop pendant 15 ans. «Quand j’ai entendu parler de ça, ça m’a secoué. Ça me rappelle des souvenirs. Trente-cinq ans plus tard, c’est comme si c’était hier. Je revois l’auto. Ça fait penser à beaucoup de choses», raconte-t-il.

Il se rappelle de Michel Boulianne qui était chauffeur de taxi depuis quelques mois seulement, selon son souvenir. «C’était un gars toujours bien habillé, toujours avec un veston. C’était quelqu’un de très, très en forme. C’était un bon travaillant. Il travaillait beaucoup et il travaillait de nuit.»

34 ans plus tard

Pourquoi relancer un dossier vieux de 34 ans? La sergente Cossette explique que les techniques d’enquête et les avancées scientifiques permettent d’espérer de voir débloquer des dossiers coincés dans des culs-de-sac depuis des années. «Avec toutes les nouvelles technologies, les nouvelles techniques d’enquête, les méthodes scientifiques, le dossier de Michel Boulianne est passé en revue, et on espère qu’avec toutes les nouveautés dont on dispose dans notre travail, on puisse solutionner ce dossier.»

Selon Mme Cossette, ces sorties médiatiques et la présence du poste de commandement ont un impact. «La population répond très bien à nos demandes d’aide dans ce genre de dossiers non résolus. Beaucoup de gens se souviennent de ce crime en 1985, un père de famille, un chauffeur de taxi. Les gens veulent vraiment nous aider et ils répondent bien à l’appel, et c’est pourquoi on n’hésite pas à tenir un poste de commandement.»

L’équipe de la division des disparitions et des dossiers non résolus est composée d’une trentaine d’enquêteurs spécialisés.

Michel Boulianne

La famille est évidemment au courant des démarches de la Sûreté du Québec. «Pour tous les dossiers non résolus, c’est rassurant pour les gens de savoir que les dossiers ne sont jamais fermés, que les enquêtes demeurent actives. Du travail est fait, donc il ne faut pas perdre espoir», souligne la sergente Cossette.

Toute information sur ce dossier peut être transmise à sa centrale d’information au 1-800-659-4264.