Selon nos informations, un résident de Villa-Bonheur aurait été hospitalisé après avoir été maltraité par une infirmière.

Maltraitance d’un aîné: une infirmière sous enquête

Un résident du CHSLD Villa-Bonheur repose à l’hôpital de Granby depuis quelques jours après avoir subi, selon nos sources, des traitements inappropriés par une infirmière. Un des bras de la victime aurait été fracturé durant une intervention, survenue dans la nuit du 22 au 23 février. Le nonagénaire aurait été laissé dans d’atroces douleurs pendant des heures avant d’être transporté par ambulance pour traiter ses blessures.

Les détails de l’épineux dossier se sont répandus comme une traînée de poudre au sein des effectifs du centre d’hébergement. Plusieurs membres du personnel ont confié à La Voix de l’Est être outrés par le manque d’éthique de l’infirmière en question, qui provient d’une agence de placement.

« Comme infirmière, ou même comme préposée, on a le devoir de donner les meilleurs soins aux patients et d’assurer leur sécurité. Pas de les maltraiter. On ne parle pas de bétail. Ce sont des êtres humains. Vraiment, ce que cette infirmière a fait ne reflète pas du tout notre profession », a déploré une de nos sources.

Selon nos informations, corroborées par de nombreux membres de l’équipe du CHSLD, l’intervention est survenue peu après 1 h, le matin du 23 février. « Le patient était agité. L’infirmière a laissé l’homme couché sur le dos pour lui rentrer de force une pilule dans la bouche pour qu’il se calme.

Pendant que le résident se débattait, l’infirmière a exigé qu’une préposée lui tienne les mains, même si c’était une intervention risquée », a résumé une collègue.

L’infirmière aurait fait fi de l’avertissement de la préposée, qui aurait entendu le bras de l’homme se fracturer. « Pendant que l’homme hurlait [de douleur], l’infirmière a dit à la préposée que des personnes âgées, ça craque de partout. Qu’il n’y avait rien de grave », a déploré une de nos sources.

Dissimulation

Vers 6 h, soit près de 5 h après l’incident initial, la préposée aux bénéficiaires est retournée dans la chambre du patient. « Elle s’est aperçue qu’il avait le bras bleu et complètement déformé », nous a indiqué une membre de l’équipe. Elle a donc informé une chef de département de la situation.

Cette dernière a immédiatement appelé les services d’urgence, qui sont arrivés sur les lieux à 6 h 45.

« L’infirmière [fautive] a tenté de faire passer ce qui est arrivé comme un accident. Elle voulait faire croire que l’homme s’était blessé en se cognant sur une ridelle (côté du lit en métal). Quand elle a vu qu’il n’y avait pas de porte de sortie, elle a insulté ses collègues parce qu’elles ont dénoncé l’événement. »

Antécédents

Plusieurs membres du personnel du CHSLD ont souligné que l’infirmière qui aurait posé des gestes inappropriés n’en était pas à ses premières frasques.

« L’infirmière, une dame de 67 ans, est à risque, a confié l’une d’elles. Elle n’était pas concentrée sur ce qu’elle fait et sur les besoins des patients. Il est arrivé plusieurs événements déplorables à Villa-Bonheur la concernant. »

Toutes nos sources ont assuré que la direction de l’établissement était consciente de la « dangerosité » de l’infirmière.

« À plusieurs reprises, on a dénoncé ses agissements à la chef de service de Villa-Bonheur. Si la direction avait agi rapidement, parce qu’il s’agissait de la sécurité des patients, l’homme n’aurait pas été maltraité, a clamé l’une d’elles. On ne peut pas tolérer quelque chose comme ça. Même s’il y a une pénurie de personnel, on ne peut pas jouer à l’autruche en gardant une pomme pourrie. »

Investigation

La présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin, n’était pas au courant du dossier, mercredi.

« Comme professionnelle en soins, on est obligés de dénoncer la situation à nos gestionnaires. Le CIUSSS doit prendre ses responsabilités et s’assurer que cette personne ne revienne pas dans un de ses établissements. Mais après, c’est le néant pour le suivi parce que ce n’est pas un de ses employés », a-t-elle fait valoir en entrevue.

« Ce sont des mesures extrêmes d’avoir recours à des agences, a ajouté la présidente syndicale. Ce sont des gens de passage qui, malheureusement, ne connaissent pas le milieu. »

Retrait

L’infirmière provenant de l’agence n’est plus en poste depuis mardi, a confirmé le CIUSSS de l’Estrie, précisant qu’une enquête interne est en cours. « Notre premier mandat est de s’assurer de la sécurité des personnes. Tant qu’on n’aura pas fait la lumière, la personne ne reviendra pas sur le plancher », a indiqué la porte-parole de l’organisation, Annie-Andrée Émond.

Celle-ci a dit ne pas être au fait des prétentions de nos sources voulant que l’infirmière n’en soit pas à ses premières fautes dénoncées à la direction de Villa-Bonheur.

Selon la porte-parole, toutes les entreprises de main-d’œuvre indépendante ayant des contrats avec le CIUSSS doivent valider les antécédents de leurs effectifs, qui sont sujets aux mêmes sanctions que les employés du réseau public.