C’est en constatant les nouveaux événements où Jonathan Guillemette-Jetté a frappé huit personnes au hasard sur la rue que ses proches, dont sa sœur Roxane Jetté, ont appris ses nouvelles frasques, mais ont surtout retrouvé sa trace.

« Les individus comme mon frère sont remis trop tôt dans la rue »

« Les familles des personnes qui commettent des gestes violents en raison de leurs problèmes de santé mentale ne savent plus quoi faire. »

C’est en constatant les nouveaux événements où Jonathan Guillemette-Jetté a frappé huit personnes au hasard sur la rue que ses proches, dont sa sœur Roxane Jetté, ont appris ses nouvelles frasques, mais ont surtout retrouvé sa trace.

« Mon frère est retourné trop vite dans la rue... encore une fois. Il se promène entre Sherbrooke et Québec où il fait la navette entre la psychiatrie et le système de justice. Les gestes qu’il a commis sont graves et on ne sait pas jusqu’où il va aller. Cependant, il est déclaré apte et risque encore une fois de se retrouver dans la rue », craint Roxane Jetté.

Jonathan Guillemette-Jetté a de nouveau été confié au département de psychiatrie légale du CHUS, vendredi, cette fois pour déterminer sa responsabilité criminelle au moment des faits qui lui sont reprochés.

La juge Julie Beauchesne de la Cour du Québec a consenti à ce que l’accusé subisse cette évaluation psychiatrique en vertu de l’article 16 du Code criminel.

Portes tournantes

Ancienne policière au Service de police de Sherbrooke, Roxane Jetté a constaté de visu les portes tournantes fréquentes entre le département de psychiatrie du CHUS, le palais de justice de Sherbrooke, le centre de détention puis la rue où le cycle recommence.

« Un cas comme celui de mon frère ne semble pas avoir sa place nulle part. Les intervenants se renvoient la balle. Qu’est-ce que nous allons attendre avant de le placer? Les individus comme mon frère sont remis trop tôt dans la rue. Lorsque les fils se touchent, mon frère n’est plus contrôlable. Ce n’est pas vrai qu’en sept jours d’évaluation il redevient apte à bien se comporter en société », soulève la sœur de l‘accusé.

C’est à la suite d’un accident où Jonathan Guillemette-Jetté a été gravement blessé, à l’adolescence, que sa descente aux enfers a commencé. Il ne s’est jamais remis de la collision à vélo commise par un individu en état d’ébriété. Il est ensuite tombé dans l’alcool et la drogue.

La seule fois où la famille a noté des progrès significatifs, c’est après un long séjour à l’Institut universitaire en santé mentale Robert-Giffard de Québec, puis en réhabilitation dans en centre spécialisé.

« Il y a de moins en moins de place dans les centres spécialisés pour les cas comme mon frère. Le gouvernement doit arrêter de couper en santé mentale et garder les patients plus longtemps. Ce n’est pas vrai qu’on peut les remettre dans la rue et qu’ils vont continuer à prendre leur médication », signale Roxane Jetté.

Affectée au centre-ville de Sherbrooke comme policière, Roxanne Jetté a constaté cette hausse importante des interventions en santé mentale au cours des dernières années.

Depuis le début de 2018, le SPS a ouvert 669 dossiers liés à la santé mentale. Ce type de dossier a connu une hausse de 43 pour cent par rapport à la moyenne des trois dernières années.

« J’ai déjà arrêté un individu qui faisait du pouce avec des ciseaux dans les mains pour attaquer les automobilistes. Le lendemain, il était de retour dans la rue. Les policiers n’ont pas juste ça à faire de superviser les injections des personnes remises dans la rue après un séjour en psychiatrie », souligne l’ancienne policière.

Roxanne Jetté et sa famille ont déjà été menacées de mort par son frère.

« Il manque de suivi par le système de justice pour les victimes. Il y a une gradation dans ses crimes et je ne sais même pas où il peut se trouver. C’est triste pour nous, triste pour lui et toutes les familles qui se trouvent dans une situation comme la nôtre. Étant donné qu’il est majeur, il est même difficile pour nous d’avoir accès à son dossier médical pour notre propre sécurité », déplore Roxane Jetté.