L’expert ferroviaire Stephen Callaghan a répété, jeudi, au palais de justice de Sherbrooke, que beaucoup de trains laissés sans surveillance sont à risque de dérive à cause d’une pratique généralisée dans l’industrie de se fier sur le serrage des freins à air.

Les freins à air, une pratique généralisée

La pratique de laisser un train sans surveillance avec les freins à air fonctionnel, comme l’a fait Thomas Harding le 5 juillet 2013 à Nantes avec le convoi de la Montreal, Maine & Atlantic (MMA), s’était généralisée dans l’industrie ferroviaire.

L’avocat de Thomas Harding, Me Thomas Walsh, a fait établir ce fait par l’expert ferroviaire Stephen Callaghan qui poursuivait son contre-interrogatoire, jeudi, au procès de trois ex-employés de la MMA au palais de justice de Sherbrooke.

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Thomas Harding, le contrôleur de la circulation ferroviaire (CCF) Richard Labrie et le directeur de l’exploitation Jean Demaître sont accusés de négligence criminelle causant la mort de 47 personnes à la suite du déraillement ferroviaire du 6 juillet 2013 à Lac-Mégantic.

L’expert Callaghan a reconfirmé une affirmation qu’il avait fait dans son rapport selon laquelle « la dépendance sur l’air fait en sorte que beaucoup de trains laissés sans surveillance sont à risque de dérive s’il y a une panne qui compromet le fonctionnement des freins à air et qu’il n’y a pas suffisamment de freins à main pour tenir le train immobilisé ». L’expert répète que seule une immobilisation complète et bien faite va assurer un train laissé sans surveillance contre le mouvement.

À la question de Me Walsh s’il était toujours d’accord avec son affirmation selon laquelle « les rames de wagons laissées sans surveillance présentent toujours un risque de dérive s’ils ne sont pas adéquatement immobilisés. Lors de manœuvres, il y a l’habitude dans l’industrie de se fier sur un serrage des freins à air, en serrage à fond ou en urgence, pour retenir les wagons en place », l’expert Callaghan a répondu : « C’est encore valide. Tout le temps ».

Ce dernier a aussi convenu que les chemins de fer avaient leur part de responsabilité, mais qu’ultimement la responsabilité d’immobilisation en conformité avec la réglementation revenait à l’employé. « Mais il faut que ces employés soient bien informés des risques et il appartient aux chemins de fer de bien évaluer les risques partout sur leur réseau et de bien former et diriger les employés avec des politiques d’immobilisation saines. »

Moyens de défense

Stephen Callaghan a témoigné sur les différents « moyens de défense » pour les compagnies ferroviaires pour leurs convois, dont ceux administratifs que représente la réglementation et ceux mécaniques.

« Il est reconnu que des erreurs peuvent se produire à chaque niveau de gestion, des cadres supérieurs jusqu’à la première ligne. On tente de bâtir des défenses qui peuvent arrêter la chaîne d’erreurs et empêcher un accident », explique Stephen Callaghan.

Se basant sur la théorie du « fromage suisse », Me Thomas Walsh a tenté de démontrer avec l’expert ferroviaire qu’un accident « peut attendre de se produire » lorsqu’une série de conditions s’alignent.

« Il est hautement probable qu’un accident va se produire dans ce cas-là », a mentionné M. Callaghan en référant à un accident ferroviaire qui s’était produit en Angleterre où une série de circonstances s’étaient alignées.

Se basant sur les instructions générales d’exploitation de la MMA, l’expert ferroviaire a indiqué que Nantes n’était pas identifié comme un endroit où le risque qu’un train parte à la dérive était élevé.

L’expert ferroviaire a affirmé que la MMA n’avait reçu aucune autorisation directe pour opérer ses trains avec un seul conducteur « one-man crew ».

« La MMA avait présenté un profil détaillé à Transports Canada pour décrire ses intentions sur la façon de procéder (...) Étant donné la structure de la réglementation, aucune autorisation n’était requise » témoigne M. Callaghan.

Le procès devant jury présidé par le juge Gaétan Dumas de la Cour supérieure se poursuivra lundi.

Me Thoms Walsh et Me Charles Shearson discutent avec Me Gaétan Bourassa.