Les écoles de la région ne seront pas automatiquement équipées de naloxone, ce médicament utilisé dans le cas de surdose de fentanyl.

Les écoles se préparent contre le fentanyl

Les écoles de la région ne seront pas automatiquement équipées de naloxone, ce médicament utilisé dans le cas de surdose de fentanyl. La Direction de la Santé publique (DSP) de l’Estrie émet un avis sur cette question au milieu scolaire, tout en rappelant aux intervenants la nécessité de déclarer les cas de surdose à toute drogue de rue.

C’est ce qu’a expliqué à La Tribune la directrice de la DSP, Dre Mélissa Généreux, lorsque interpellée sur la préparation du milieu scolaire face à cette problématique.

Une journée de réflexion sur la question des opioïdes a eu lieu il y a quelques semaines, à laquelle les intervenants du milieu scolaire étaient présents. Le milieu scolaire s’est notamment informé pour obtenir du naloxone afin d’intervenir. « Ce n’était pas une demande formelle, mais plutôt un questionnement, à savoir s’il y aurait accès », soutient Dre Généreux. Les opioïdes regroupent des drogues comme l’héroïne et le fentanyl.

Même si on a beaucoup entendu parler de la crise des opioïdes au pays, la région n’est pas en crise, explique Dre Généreux. La DSP suit toutefois la situation de très près.

La DSP a lancé une enquête épidémiologique afin de surveiller la situation. Mesure exceptionnelle, elle demande aux intervenants de déclarer les cas de surdose, comme ce serait le cas pour une maladie à déclaration obligatoire (MDO). « On veut être à l’affût et détecter les problèmes avant qu’ils soient trop présents en Estrie. »

Dre Mélissa Généreux

Une grande partie du travail est de rappeler aux différents intervenants qu’ils doivent déclarer les cas de surdose. « Le réflexe n’est pas encore là », dit-elle en ajoutant qu’on ne comprend pas toujours l’obligation de déclarer ces données à la suite de la directive de la DSP.

« Dans un premier temps, il n’y a jamais eu de cas d’intoxication au fentanyl dans les écoles au Québec. Ce n’est pas là que les cas de surdose arrivent. » Mélissa Généreux ajoute du même coup que la position de la DSP pourrait évoluer en fonction de la situation.

La DSP veut aussi voir comment elle peut outiller les infirmières scolaires. Celles-ci sont autorisées à prélever des échantillons d’urine dans le cas d’ITSS (infections transmissibles sexuellement et par le sang). La DSP regarde la possibilité que ce personnel de la santé puisse prendre des échantillons, avec l’accord de l’élève, afin de détecter ce que les jeunes ont consommé. La Santé publique de l’Estrie doit aussi se tourner vers le Centre de toxicologie du Québec pour certaines analyses, elle souhaite maintenant être en mesure de procéder à celles-ci, par exemple pour la détection du fentanyl.

Il arrive que des personnes font des surdoses de fentanyl après avoir pris cette substance de façon volontaire. Un phénomène émergent inquiète particulièrement les autorités, c’est-à-dire que le fentanyl est mélangé à d’autres drogues et les personnes ignorent qu’elles en consomment. Le fentanyl est 100 fois plus puissant que la morphine.

Un premier cas de décès lié au carfentanil est survenu à Cowansville en janvier dernier. Cette substance est 10 000 fois plus toxique que la morphine. La municipalité se retrouve sur le territoire du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Dre Généreux rappelle du même coup que le naloxone est gratuit et facilement accessible. Elle souligne du même coup qu’il n’est pas l’antidote à tout. « On s’est assuré que tous les ambulanciers en aient », note-t-elle.

« La préoccupation est encore plus marquée dans le milieu communautaire, et avec raison : ce sont les premiers interpellés », renchérit Dre Généreux.