Les boissons fortement alcoolisées et sucrées du type Four Loko commencent à faire sentir leurs effets dans la région. La Santé publique signale des cas d’intoxication de jeunes au cours des derniers mois.

Les boissons alcoolisées et sucrées font déjà des ravages

Les boissons alcoolisées et sucrées mettent les autorités de la Santé publique en Estrie sur les dents. On rapporte des cas d’intoxication sévère chez des jeunes de moins de 18 ans.

La Dre Mélissa Généreux, directrice de la Santé publique de l’Estrie, s’est penchée sur le phénomène et elle constate que les dangers sont bien réels et que la mode est en train de s’installer dans la région.

« Il y a définitivement une problématique avec ces boissons qui passent souvent à tort pour des boissons énergétiques », analyse-t-elle, lors d’un entretien accordé à La Tribune. « Le phénomène est bien présent. »

« Selon mes recherches, on répertorie quatre cas de jeunes de moins de 18 ans qui ont été transportés à l’hôpital pour intoxication après avoir consommé ce type de boisson très alcoolisée. On parle de coma éthylique. C’est très grave. Et ce sont seulement les cas qui ont pu être répertoriés. Il y en a probablement d’autres. »  

Au cours des dernières semaines, des intervenants en santé ont sonné l’alerte ailleurs au Québec.  On parle notamment du contenu des canettes de boisson Four Loko. En boire deux équivaut à huit verres de vin. Elle est offerte en différents parfums sucrés et a une teneur élevée en alcool, soit 11,9%, en plus de contenir l’équivalent de 13 cuillerées à thé de sucre. En boire une équivaut à consommer quatre verres d’alcool standard.

« Elle a tout ce qu’on ne veut pas d’une boisson alcoolisée», lance Mme Généreux.

« La canette est colorée pour attirer les jeunes. La boisson est sucrée, ce qui masque le goût de l’alcool. C’est après qu’on ressent l’effet. En plus, elle est en vente à bas prix, soit environ 4 $. »

Selon elle, les jeunes ont tendance en plus à la consommer de manière non responsable, soit en faisant cul sec. « Ils en sont souvent à leur première expérience avec l’alcool et n’ont pas tendance à la consommer de façon responsable comme un adulte », déplore-t-elle.

« Le coma éthylique, c’est dangereux. On perd connaissance et on peut s’étouffer, tomber et se blesser à la tête par exemple. Les jeunes consomment ça pour le fun, mais ils n’ont pas de fun. Ça altère le jugement. C’est là qu’il peut y avoir agression sexuelle. »

La boisson Four Loko tire son nom des quatre principaux ingrédients qu’elle contenait lors de sa mise en marché aux États-Unis en 2005, soit l’alcool, la caféine, la taurine et le guarana, lisait-on récemment dans La Presse. Elle a hérité de différents surnoms dont « liquid crack » (crack liquide) et « blackout in a can » (perte de connaissance en canette), tellement son effet est virulent.


Mélissa Généreux

Four Loko avait été retirée des tablettes avant de réapparaître dans une version sans additifs « stimulants », mais avec une teneur en alcool toujours aussi élevée, précisait-on.

Mélissa Généreux demande aux parents d’être sur leurs gardes. « Il faut en parler, les sensibiliser », plaide-t-elle.

« La problématique est en émergence. La consommation grimpe partout. »

La direction de la Santé publique en Estrie continue d’examiner ce qui se passe sur son territoire concernant la consommation de ces boissons à forte teneur  en alcool. Mme Généreux veut continuer de colliger des données sur le phénomène. « Il faut continuer de collaborer avec les travailleurs qui interviennent auprès des jeunes pour en savoir plus », souligne-t-elle.

« Il faut savoir aussi s’il s’agit d’une mode passagère. »